La « sécurité sociale » en Espagne : on nage dans le surréalisme.

Je n’ai pas à me plaindre, je suis globalement en excellente santé et je ne suis pas un consommateur compulsif de consultations médicales ni de médicaments. La dernière fois que je me suis administré un médicament celui-ci avait été prescrit par un ophtalmologue que j’avais consulté à titre privé (100 euros non remboursés par le système étatique espagnol) au sujet d’une blépharite récurrente. Il s’agissait d’un antibiotique qu’on administre à un cheval plutôt qu’à un être humain normalement constitué. Il ne fut suivi d’aucun effet sur l’infection oculaire dont je souffrais car j’interrompis le traitement qui provoqua très rapidement des dérangement digestifs dont je garde un souvenir très vif. En dehors de l’huile essentielle d’arbre à té, excellent traitement pour la blépharite, de l’huile de tamanu, de l’ashitaba et de mes levures fraîches chaque jour, sans oublier la glycine, je suis ne prends plus aucun médicament et je suis en excellente santé, en apparence.

Il y a quelques mois je suis allé consulter mon médecin généraliste par laquelle (c’est une femme) je dois obligatoirement passer pour n’importe quel rendez-vous auprès d’un spécialiste. C’est normal, c’est ainsi. Si on ne passe pas par le circuit normal on paye, ce que j’avais accepté avec cet ophtalmologue – 100 euros ici c’est plus de dix heures de travail pour un salarié au minimum local qui est de 700 euros par mois. Bref, mon médecin, constatant que je ne m’étais pas soumis à une analyse sanguine depuis près de 5 ans me plia à ce pensum, c’est-à-dire attendre au moins deux heures à jeun (pour la glycémie) dans un local bondé d’une foule bruyante utilisant sans retenue son téléphone portable, un calvaire !

J’attendis deux semaines pour reprendre un rendez-vous avec Magdalena (j’ai changé le prénom) qui a eu la surprise d’apprendre que mon taux de cholestérol s’était effondré alors qu’il atteignait 5 ans plus tôt un seuil alarmant, à tel point qu’elle m’avait alors prescrit des statines que j’avais véhémentement refusé. Je lui soulignai dans mon espagnol approximatif qu’il s’agissait d’un effet bénéfique de l’ashitaba. Je pense qu’elle crut comprendre que je parlais chinois. Dépitée de ne pouvoir me prescrire un autre poison elle me fit remarquer que mon taux de PSA était trop élevé et qu’il fallait que je consulte un urologue. Le système informatique de la protection santé espagnole consiste à donner au patient un rendez-vous « fictif ». Il appartient au patient de se mettre ensuite en contact par téléphone avec un robot qui va gérer la demande de rendez-vous. Ma pratique de l’espagnol étant limitée, au téléphone elle est pratiquement nulle et je dus faire appel à un ami français résidant depuis des années ici pour réaliser cette opération. Aujourd’hui, après 3 mois, je suis toujours inscrit sur la liste d’attente pour montrer mon service trois pièces à un urologue qui fera probablement une échographie plutôt que de mettre son index dans mon anus et me dire que tout va bien au sujet de ma prostate.

Quant au traumatologue pour lequel j’avais sollicité auprès de ma généraliste dédiée un rendez-vous, l’histoire est encore plus surréaliste. Je souffre depuis je ne sais plus combien d’années de deux hernies discales. Pour les curieux une hernie L4-L5 et une hernie L5-S1 qui provoquent régulièrement des douleurs parfois insoutenables voire handicapantes. De plus, lorsque je n’étais pas encore trop vieux pour qu’une assurance maladie privée soit abordable financièrement, il y a plus de 10 ans, je me soumis à deux imageries par résonance magnétique nucléaire qui montrèrent que outre ces deux hernies, je souffrais également des effets inattendus mais très malfaisants d’un kyste de Tarlov. Quand je présentais le compte-rendu du radiologue de la clinique privée ma toubib référente se précipita sur internet pour comprendre ce que je lui racontais. Elle me conseilla donc de prendre un rendez-vous avec un traumatologue. Je suppose qu’en France il s’agit d’un rhumatologue, bref, un spécialiste des os et des osselets variés. Ce lundi 16 septembre je suis allé donc consulter le traumatologue car j’avais selon le document dont je disposais rendez-vous à 16h45.

L’horreur ! Je n’avais pas réalisé que j’avais un rendez-vous le 16 septembre 2020 à la même heure. J’avais tout simplement mal lu le papier. Si je devais faire à nouveau appel à une compagnie d’assurance-maladie privée il m’en coûterait environ 500 euros par mois de cotisation. Je pourrais avoir un rendez-vous dans la semaine avec n’importe quel spécialiste y compris pour des examens radiologiques les plus sophistiqués. À mon âge, trois quart de siècle, il faut choisir, ou bien je continue à griller 30 cigarettes chaque jour, à picoler de la bière et du whisky, à me nourrir avec des trucs interdits par le corps médical comme par exemple un litre de lait entier chaque matin et des fromages très français ou de la charcuterie, trois cafés par jour et j’en passe pour les délices terrestres (non, j’ai oublié mon abstinence prolongée d’exercices physique horizontaux) alors je me plierai à l’inertie invraisemblable du système de santé local quitte à en mourir plutôt que d’enrichir une compagnie d’assurance-maladie privée pour justement moins profiter de la vie.

Ce billet, humoristique mais relatant des faits bien réels, met en évidence le vrai coût de la protection santé. C’est exactement la même situation dans la majeure partie des pays européens. Quand l’administration prend la main, le système devient très rapidement insupportable et proprement inimaginable pour les patients, ces citoyens normaux qui paient leurs impôts pour, justement, profiter de cette protection santé qui coûte une véritable fortune. Ici en Espagne et en particulier dans l’archipel des Canaries, je ne paie aucun impôt. La France prélève un certain pourcentage de ma retraite qu’elle transfère à l’Espagne pour ma protection santé. J’ignore le montant de ce pourcentage mais je ne paie pas de CSG, cet impôt universel qui ne dit pas son nom : il paraît qu’il s’agit d’une contribution et non pas d’un impôt … J’ai donc le droit de profiter du système de protection maladie local. Mais j’ai tout de même été surpris quand la jeune femme de la réception du centre de santé où je me trouvais ce lundi après-midi m’a conseillé d’aller aux urgences de l’hôpital au cas où …

Conclusion de ce récit : ce sont les services d’urgence des hôpitaux qui se trouvent dans le fait accompli. Le système étatique de santé ne fonctionne pas, quel qu’il soit et quel que soit le pays où on se trouve. Le seul conseil que je me permets de livrer à mes lecteurs : restez en bonne santé !

11 réflexions au sujet de « La « sécurité sociale » en Espagne : on nage dans le surréalisme. »

  1. Sans vouloir critiquer nos amis ibères, le système de santé français, bien qu’étant devenu l’ombre de lui-même, me paraît fonctionner de façon largement meilleure que le système espagnol.
    En ce qui concerne notre système de santé qui a été brillant, depuis l’arrivée de Chirac au pouvoir en 1986- nos différents gouvernements ont eu la conviction que ce système peut être géré comme un centre de profits…cette idée néo-libérale totalement farfelue fait des dégâts considérables, souvent irréversibles à court-terme.
    La santé, c’est comme l’éducation, la sécurité, la défense ou l’énergie : ce sont des centres de coûts dont le niveau de qualité résulte d’un choix de société décidé par les citoyens.
    Pour la petite histoire, on vient de nous fermer le service des urgences dans l’hôpital régional à 5 minutes de chez moi, hôpital qui sera transformé en hospice/service de soins de suite.
    Les autorités de santé nous encouragent à aller soit dans une clinique privée locale qui fonctionne à l’américaine (on présente sa carte de crédit en même temps que sa carte Vitale), soit au CHU le plus proche.
    Problèmes : la clinique privée fait n’importe quoi aux urgences car c’est un service qui ne lui rapporte pas d’argent et elle essaie volontairement de dissuader les gens de venir. C’est largement réussi. Autre souci, le CHU est à 30 mn de route quand il n’y a pas de bouchons. Je signale que j’habite à 30 km au nord de Paris, et pas au fin fond de la Lozère.

    • PS : sur le volet de la prise en charge des urgences, pour la petite histoire, mon ex médecin généraliste, un médecin formidable de la vieille école qui m’a sauvé la vie deux fois, et qui était en retraite, a eu un infarctus il y a 4 ans. Par manque de place, les pompiers l’ont mis dans un hôpital surchargé et sous-financé qu’il faut éviter à tout prix (Sarcelles dans le sud du Val d’Oise et ville qui compte parmi les endroits les plus mal fréquentés de France)…les petits jeunes internes n’ont rien trouvé de mieux que de lui faire faire un test d’effort. Il est mort sur le banc de test. Ils ont été incapables de le réanimer. Un ami cardiologue à la retraite qui a travaillé avec le Pr Cabrol, m’a expliqué qu’ils ont fait du grand n’importe quoi…ce dont je me doutais un peu.

      • Commencez-vous à comprendre pourquoi j’affirme qu’à un moment donné nous aurons à accomplir un travail colossal pour tout rebâtir?
        Parce que pour l’instant le système tient toujours et personne ne peut dire dans combien de temps il cessera tout fonctionnement.

  2. ATTN JH; oui, le « C » de CSG veut bien dire « Con tribution.
    Pour la sémantique juridico-fiscale, et d’après de brumeux souvenirs, il y a effectivement une différence entre Impôts, taxes et contributions ou redevances.
    De mémoire(…) les impôts sont non affectables (ils vont dans le budget général, lequel est divisé entre les ministères, les taxes je ne sais plus (on parle bien de taxes dans le mot TVA, et c’est bien un impôt !, quant aux contributions, c’est affecté à une dépense bien précise, ici sécurité sociale, et enfin une redevance, correspond au paiement d’un service rendu, et est donc de facto affectée.
    Continuez votre mode de vie « sanitaire »… à votre âge, si je puis me permettre, pas de « régime »… sauf pour des raisons médicales, bref, vous faites comme il vous semble le mieux 🙂

    • « vous faites comme il vous semble le mieux »
      .
      À l’issue de sa consultation, un patient entre deux âges questionne son médecin, après que ce dernier lui ait fait quelques recommandations.
      — Docteur, si je ne fume pas, si je ne bois pas, si j’arrête de courir le guilledou, pensez-vous que je vivrai plus vieux ?
      — Plus vieux… je ne sais pas, répond le médecin… Mais ça vous paraîtra plus long ! 😉

  3. PS : la pratique de « sport horizontal avec partenaire », c’est surement pas très bon pour vos hernies discales… je dis ça, je dis rien 🙂

  4. Les gens sont en verve, ce matin !
    L’accès aux soins de santé (médecins, hôpitaux, urgences, etc.) sont les mêmes partout. Et ce, qu’ils soient payants (USA), gratuits (Canada) ou partiellement gratuits (France).

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