La forêt amazonienne et le climat : encore une « fake-news ».

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Chaque minute l’équivalent de la surface de 3 terrains de football de forêt amazonienne disparait pour laisser place à des cultures agricoles à haut rendement comme le palmier à huile, la canne à sucre, le sorgho ou encore, à l’extrême limite, l’élevage. Le nouveau dirigeant du Brésil a compris que la forêt amazonienne était un atout immense pour le développement de l’économie du pays, mais à quel prix ?

Il est évident que l’attitude des dirigeant brésiliens ayant donné leur feu vert pour une déforestation intensive émeut la communauté mondiale bien-pensante. Celle-ci met en avant les arguments classiques : mépris de la biodiversité, destruction du « poumon » de la planète, véritable génocide des populations amérindiennes natives, conséquences inimaginables sur le climat global, augmentation catastrophique du CO2 atmosphérique, disparition de centaines de milliers d’espèces vivantes encore inconnues, etc, etc …

Mais qu’en est-il au juste ? Il est nécessaire de garder l’esprit froid et si possible clair pour analyser cette situation devant laquelle Bolsonaro a mis le monde entier. Je pense que mes lecteurs vont croire que j’ai l’esprit dérangé en lisant les lignes qui suivent mais j’insiste même si je vais heurter les âmes sensibles. Le bilan carbone de la forêt amazonienne est nul. En effet la biomasse totale de ce système, considérons ici les végétaux, est constante, il n’y a donc pas de fixation nette de carbone. Si tel n’était pas le cas il y aurait dans toute l’Amazonie des centaines de mètres de végétaux accumulés à la surface de cette partie de la Terre qui finiraient pas se transformer en une sorte de tourbe ou à l’extrême limite en lignite. Un enfant de 7 ans pourrait comprendre cela. Toute cette biomasse végétale disparaît donc au fur et à mesure qu’elle se forme. Où va-t-elle ? Elle se transforme lentement mais sûrement en CO2 et en méthane.

Alors, deuxième point, il est soigneusement fait abstraction de la production massive de méthane provenant des fermentations de toute cette matière organique sur le sol amazonien. Et si on est un adepte convaincu de la théorie de l’effet de serre intense du méthane alors en toute logique raser trois terrains de football de forêt chaque minute pour créer des cultures vivrières à haut rendement devrait être considéré comme bénéfique pour le climat. Un terrain de football mesure 7500 m2 arrondissons donc à un hectare cette unité de mesure pour simplifier le raisonnement. Combien de tonnes de bois un hectare de forêt tropicale humide peut-il produire chaque année ? La réponse est simple : très peu, peut-être une tonne, deux tonnes au mieux – chaque année – si on gère cet hectare de forêt de telle façon que la production annuelle soit constante dans la durée et que le bois extrait soit renouvelé également chaque année. Encore faudra-t-il que le bois soit exploitable, c’est-à-dire qu’il ait une valeur commerciale.

Par contre si on plante des palmiers à huile, en quelques années ces arbres vont produire, avec un minimum d’intrants, 5 à 6 tonnes d’huile par hectare tous les ans. On ne peut qu’en déduire que le bilan carbone est alors très positif, peu importe quel sera ensuite l’usage de cette huile et où elle sera utilisée. Pour la canne à sucre – le Brésil est le premier producteur de sucre de canne du monde – la fixation de carbone est encore plus incroyable (la canne est une plante « C4 ») puisque chaque hectare produit environ 60 tonnes de canne. Cette quantité de canne, toujours par hectare, produit 8 tonnes de sucre ou par fermentation 4,2 tonnes d’éthanol. On retrouve donc à peu près le rendement du palmier à huile si ces deux cultures sont destinées à produire du carburant dit « vert » et par définition renouvelable chaque année. Seules certaines céréales comme le blé, dans des conditions de culture optimales, par exemple dans la plaine de Beauce en France, atteignent des rendements comparables à ceux de la canne à sucre en termes de fixation de carbone. La production de blé dans ces régions très favorables est de l’ordre de 9 tonnes par hectare.

Donc, procéder à une déforestation d’au moins une partie de l’Amazonie ne changera rien au bilan carbone de la Terre, ne modifiera en rien la teneur en oxygène de l’atmosphère et les conséquences sur le climat global de la Terre seront négligeables voire inexistantes sinon bénéfiques. Ce dont on est en droit de se soucier est le désastre des écosystèmes uniques que forme la forêt amazonienne. Il est donc justifié de se préoccuper de cet aspect de la déforestation de la forêt amazonienne mais certainement pas de ses conséquences sur le climat.

Le combat des protecteurs du climat de « Gaïa » contre la politique agricole du Président Bolsonaro est donc sans signification et n’a pas lieu d’être, ceci d’autant plus que de nombreuses régions de cette forêt sont impropres à la culture car elles sont inondables ou souvent inaccessibles en raison de la présence d’eau, elles ne seront jamais affectée par ce programme d’extension de l’agriculture brésilienne … encore une « fake-news » !

Illustration : champ de canne au Brésil.

5 réflexions au sujet de « La forêt amazonienne et le climat : encore une « fake-news ». »

  1. Bravo pour la démonstration. Quand on mélange les sciences et la politique c’est tout le monde, à l’exception de quelques voyous, qui y perd. Il faut inlassablement revenir aux faits… Dur, dur quand on a une formation au raisonnement à la française… Le grand maître est mon berger… Il a ses chiens bien dressés pour suivre la « voie ».

  2. Excellent article.
    Les écolos se trompent de combat. Mais un Trump, cela trompe énormément.
    On dira que si la plantation de palmiers est assez dense, cela ne changera rien au régime des vents.

  3. En la matière , le champion toute catégorie en europe est la betteraves sucrière ; de 100 à 120 t/ha ; jusqu’à 20 t de sucre ha en 9 mois de végétation . La faculté agronomique de Gembloux (BE) a calculé que sous nos latitudes, un ha de betterave produisait 3 à 4 fois plus d’oxygène et stockait 5 à 6 fois plus de carbone qu’un ha de forêt . Les herbages qu’ils soient fauchés ou paturés ont des performances quasi équivalentes . Planter des arbres oui , mais uniquement là où l’agriculture n’est pas possible .

    • J’ai pensé à la betterave qui est le champion toutes catégories de la fixation de CO2 sous forme de sucre mais je n’imagine pas comment il serait possible de cultiver de la betterave dans un environnement tropical humide. De plus la canne s’accommode très bien sur les sols riches en oxyde de fer (les latérites) découverts après déforestation de l’Amazonie. C’est également le cas en Indonésie.

  4. Quand j’ai lu votre commentaire, cher Vic, j’ai ri, mais j’ai ri, j’ai même fais attention de ne pas réveillé mes voisins.
    Bon, soyons sérieux s’il vous plait, je ne me souviens jamais du taux de O² dans l’atmosphère mais il est bien possible que notre hôte, Jacqueshenry, doit avoir dans ses archives le graphique de ce taux au fil des ères et il me semble bien avoir lu, peut-être bien ici, qu’en notre époque, ô combien si troublé, ce taux serait l’un des plus bas, toutes périodes confondues.
    Renouveler l’oxygène, ma foi, soit vous ne vous êtes que très mal exprimé, soit vous êtes humoriste, soit naïf, vous êtes touché infiniment plus que d’autre par la propagande délirante de l’époque.
    Je vous pense jeune, sinon ce serait grave d’avancer cela de cette façon, et moi-même, je l’avoue, vers mes vingt ans, étais facilement empreint des idées de l’air du temps, y croyant dur comme fer.
    Et si je vous disais qu’il y a encore une douzaine d’années je me laissais porter par ces fariboles d’un réchauffement climatique anthropogénique?
    Si, comme je le suppose, vous êtes dans les environs du tiers de mon âge, certains des mots que j’ai écrit ici vous sont sûrement inconnus.
    Ce n’est pas pour me moquer de vous mais, tout au contraire, par respect de votre intelligence puisque vous en comprenez le sens par celui de la phrase, mieux encore, vous en irez chercher la signification dans un dictionnaire.
    Vous n’êtes sûrement pas un agent provocateur d’internet du système, appelé troll sur la toile, leur phraséologie est différente et emploie des termes scientifiques, même s’ils n’ont aucun rapport avec la choucroute (ça c’est une vieille expression de quand j’étais gamin).
    Que je vous explique un truc: la masse des sottises qui sont actuellement proférées, parfois par des personnes ayant un statut d’intellectuel reconnu, est énorme et touche quasiment toutes les dimensions sociales, il est possible que seule la recherche médicale n’en soit pas encore atteinte, et encore, c’est pour dire la situation dedans laquelle nous sommes.
    C’est pourquoi pour m’instruire de manière sérieuse je me plonge de plus en plus dans des ouvrages datant d’avant le début du XXI° siècle, sauf pour des personnalités telles que Emmanuel Todd qui, il est vrai, est à la retraite, bien que la sociologie commence aussi à en souffrir.
    Cependant, si vous avez une âme d’écologiste, ce qui serait tout à votre honneur, vous allez devoir faire la même chose que moi, soit lire tout ce qui touche de près ou de loin à votre sujet d’intérêt, pour moi c’est la politique, et pour comprendre les processus collectifs je me suis même instruit du phénomène de chaos déterministe et de ceux de l’évolution de la vie, parce que les sociétés évoluent aussi.
    Bon, allez bonhomme, au boulot, vous avez un sacré bon bout de pain sur la planche, parce que pour vous l’étude de la physique, de la biologie et celui du monde naturel, comme celui de savoir nommer plantes et animaux, plus d’autres bestioles comme les myxomycètes, ou de savoir comment calculer le P.H. d’un sol, vous seront importants à connaitre.
    Et vous verrez, petit à petit tout cela prendra forme.
    Ne soyez pas comme ces écolos de pacotille qui ne savaient même pas me citer le nom d’un arbre ou d’un oiseau, ou comme cet autre d’un bon niveau social, qui ne voulait pas me croire quand je disais que l’if, dont sa petite gamine détenait une branche dans sa main, est une plante hautement toxique, ceci parce que je conduisais un bus parisien, il m’avait répondu ce clown: « Ce n’est pas dangereux puisque c’est naturel! ».
    Et je vous conte là de mon vécu, je vous retransmets textuellement sa réponse.

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