Depuis 75 ans le dilemme américain c’est le dollar

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En lisant une interview de Paul Craig Roberts, à l’occasion du 75e anniversaire de la signature des accords de Bretton Woods, et qui fut l’un des principaux conseillers économiques de Donald Reagan, j’ai compris quel était le problème des Etats-Unis d’Amérique, un problème sans solution dans lequel tous les pays occidentaux sont plongés. Ce problème est le maintien de la puissance impériale américaine. Cette puissance est, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, basée sur deux pivots, le dollar et l’OTAN. L’OTAN qui n’a plus lieu d’être en théorie ne sert qu’à asservir l’Europe mais le dollar est le principal fondement de la suprématie américaine sur le monde entier.

Le billet vert fut, après la deuxième guerre mondiale, institué comme la monnaie de référence – et de réserve pour les banques – dans toutes les transactions commerciales. La demande en dollars n’a donc jamais cessé d’augmenter et pourtant il était adossé à l’or, mais la disponibilité en or physique est par essence limitée. En 1971 Richard Nixon, d’un trait de plume, rompit le contrat tacite de Bretton Woods qui liait le dollar à l’or et avait conféré au billet vert le statut de monnaie de référence mondiale. Depuis lors les pays ont accumulé des dollars en commerçant avec les USA et en commerçant entre eux en libellant leurs transactions en dollars. Naturellement, et n’importe quel économiste avisé aurait pu le prédire, le dollar perdit donc sa valeur de 35 dollars l’once (avant 1971) pour ne devoir aujourd’hui qu’environ 1400 dollars pour une once. Ce n’est pas l’or qui s’est renchéri mais le dollar qui s’est dévalué.

Ce qui a maintenu le statut de référence du dollar dans le monde est que la plupart des pays occidentaux ont cru bon de « coller » leur monnaie au dollar après sa déconnexion avec l’or. Ces pays ont donc également choisi la perte de valeur de leur monnaie, c’est paradoxal mais pourtant vrai !

La majorité des principales monnaies dans le monde, livre sterling, yen, euro, et dans une certaine mesure le yuan, sont maintenues par les banques centrales dans un étroit intervalle de change avec le dollar. Ceci évite d’exposer les économies de ces pays à ce que l’on pourrait appeler des risques de change dans les transactions commerciales. Après la crise des sub-primes américaine de 2008, une crise domestique exportée par les banques américaines qui ont inondé les marchés de titres sans valeur mais supposés à haut rendement dans le but de maintenir la dépendance des autres pays au dollar, la réserve fédérale américaine n’a pas eu d’autre choix que de renflouer ses propres banques en créant de la monnaie à partir de rien. La conséquence perverse de cet état de fait a conduit les banques centrales des autres pays, Europe, Grande-Bretagne et Japon, à également créer de la monnaie « papier », ne mâchons pas les mots, pour aider leurs banques à se refinancer puisqu’elles avaient toutes été piégées par l’escroquerie américaine des sub-primes.

En d’autres termes les USA ont exporté leur fraude dans l’ensemble des pays occidentaux et ont fait payer à ces derniers un lourd tribut, tout simplement parce que le dollar est resté la monnaie de référence internationale. Pour les grands argentiers américains le problème de l’or n’avait pas perdu de son actualité depuis 1971 et c’est toujours le cas aujourd’hui. Il ne faut surtout pas que la valeur de l’or, libellée en dollars, ne monte trop haut. Comme la disponibilité en métal jaune est limitée, la réserve fédérale américaine a autorisé les transactions sur l’or non plus physique, mais papier, une autre escroquerie organisée par l’administration américaine à l’échelle mondiale, escroquerie pire encore que celle des sub-primes. Il s’agit du marché des « futures » sur l’or, le Comex Gold Futures, qui autorise les acteurs de ce marché à vendre jusqu’à 60 fois une once d’or. Dès lors le prix de l’or, théorique naturellement, reste relativement stable alors qu’en réalité, avec ce système frauduleux il aurait du atteindre si la loi basique de l’offre et de la demande n’était pas détournée une valeur d’environ 85500 dollars pour une once ! Faites vous-même le calcul 1425 x 60 = l’escroquerie américaine.

Pourquoi est-ce une escroquerie organisée par la FED et naturellement par l’administration américaine ? Tout simplement parce que les « futures » sur l’or, contrairement au marché des actions ou des obligations ne doit pas nécessairement être adossé sur une contre-partie physique : les positions « short » sur l’or n’exigent pas que la transaction soit « physique », l’administration américaine a réalisé là la plus incroyable escroquerie de tous les temps, la dématérialisation de l’or. L’or est devenu du papier au même titre que le dollar, l’euro ou encore le yen, sans valeur aucune, du moins aux yeux des Américains. Par voie de conséquence toutes les monnaies occidentales sont profondément surévaluées artificiellement par rapport à l’or. La conséquence est naturellement une perte du pouvoir d’achat tant du dollar sur son marché domestique qu’également au niveau international, chute qui entraine aussi toutes les autres monnaies liées au billet vert. Cette situation semblerait être paradoxale pour l’homme de la rue puisqu’il n’a pas encore ressenti les effets pervers de l’inflation, conséquence normale d’une perte de valeur de la monnaie. Que ce dernier se détrompe car il ne voit que le bout de son doigt quand son banquier lui montre la lune, c’est-à-dire, revenons sur Terre, le prix de son chariot de courses au supermarché. Ce prix est aussi manipulé au détriment de la qualité des produits proposés à la vente, mais le consommateur ne s’en rend pas encore compte. Cette qualité suit la dégradation de celle de la monnaie !

Un autre facteur de fragilisation de la suprématie du dollar réside dans la mise en oeuvre de l’extraterritorialité de la loi américaine s’appliquant à l’usage qui est fait du dollar hors du territoire américain. Toute entreprise non américaine côtée à la bourse de New-York, toute entreprise non américaine utilisant le système SWIFT de paiement en dollar US est tenue de se conformer à la législation américaine. Il s’agit d’un corollaire à la domination du dollar comme monnaie d’échange mondiale. Si les USA ont utilisé cet outil terrifiant pour faire respecter leurs prises de position politique à l’égard de certains pays il bafoue tous les traités internationaux. Cette attitude peut être comparée à de la piraterie : au XVIIIe siècle les pirates rançonnaient les navires marchands pour renflouer le Trésor britannique …

Cette extraterritorialité des lois américaines est le signe évident d’une fin de règne du dollar qui va s’accélérer dans les prochaines années avec la « dédollarisation » des économies de nombreux pays, à commencer par la Chine et la Russie. Le fait que ces pays, suivis – et c’est significatif – par l’Inde, le Qatar ou encore la Turquie, mettent en place des mécanismes de swap entre leurs monnaies nationales, va inexorablement affaiblir le dollar, d’autant plus rapidement que ces mêmes pays achètent tout l’or disponible sur les marchés afin d’adosser leurs transactions sur le métal jaune. Dès lors la suprématie du dollar s’effondrera et l’or, cette monnaie « primitive », retrouvera son statut d’étalon international.

Comme l’a déclaré récemment le Ministre des finances français Bruno Le Maire : « L’organisation de Bretton Woods telle qu’on la connait a atteint ses limites. À moins d’être capables de réinventer un nouveau Bretton Woods, les Nouvelles Routes de la Soie pourraient devenir le nouvel ordre mondial. Alors les standards de gouvernance chinois, les aides de l’Etat, l’accès aux contrats gouvernementaux, la gestion de la propriété intellectuelle … pourraient devenir les nouvelles règles globales« .

Il faut ajouter pour conclure ce billet que le vice-ministre des affaires étrangères de Russie Sergeï Ryabkov a enjoint il y a quelques jours les pays « non-alignés » à adhérer à l’initiative INSTEX, pleinement opérationnelle depuis quelques jours seulement. L’INSTEX est une chambre de compensation, alternative au SWIFT, initialement créée pour faciliter les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Iran, pays étranglé par les sanctions américaines unilatéralement décidées par la Maison-Blanche. Cet organisme siège à Paris et ses trois actionnaires créateurs, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, sont en théorie ouverts à l’adhésion d’autres pays. Si Monsieur Ryabkov a fait cette déclaration, cela veut signifier que Moscou est prêt à collaborer avec les autres pays signataires du traité de contrôle des activités nucléaires de l’Iran et le mécanisme INSTEX pourrait être la porte ouverte à une dédollarisation accélérée de l’économie mondiale. Il reste à espérer que le Président français et le nouveau locataire du 10 Downing Street oeuvreront dans ce sens mais ce n’est pas tout à fait acquis.

4 réflexions au sujet de « Depuis 75 ans le dilemme américain c’est le dollar »

  1. Dans ma jeunesse, le monde entier semblait tourner autour du conflit Israël Palestine, soit un lieu et une population somme toute minuscule. Au moindre nouveau paradigme mondial apparaissant, les média appelaient leur correspond à Beyrouth pour avoir son avis sur l’effet au conflit…

    Une sorte d’instance de modèle à tout faire, pratique parce que connu universellement et apparemment concernant intimement le reste de la Terre. C’était le problème de tous…

    Aujourd’hui, c’est l’Iran qui est le centre du monde économique et stratégique. 80M d’habitants soit un quasi quadruplement depuis les années 60, une économie népotique en difficulté, mais on veut nous faire croire encore une fois que leurs problèmes est le nôtre.

  2. C’est bien ce qu’il me semblait, les étasuniens ne peuvent pas faire comme les britanniques pour se réindustrialiser: dévaluer leur monnaie.
    D’où l’agressivité de Trump à l’international, celui-ci n’a pas d’autre choix que celui-là, les U.S.A. sont au bord de la ruine.
    L’autre problème de ce pays c’est la désorganisation institutionnelle, perceptible dès l’ère Obama où il était sensible que certaines administrations, l’état profond, prenaient leur indépendance du pouvoir fédéral, Trump ayant des difficultés à les maintenir en y arrivant qu’à et avec peine, mais aussi, maintenant, où les entreprises aéronautiques militaires et civiles n’arrivent même plus à fabriquer un avion conforme.
    A ce sujet, les U.S.A. n’ont plus les capacités de concevoir et de fabriquer des armes lourdes, ni même des navires de combat de grand tonnage.
    L’autre difficulté provient de son oligarchie qui se trouve, pour une majorité d’entre-elle, dans la plus absolue incapacité de percevoir la situation plus que déplorable de ce pays et qui agit comme si tout allait bien.
    Bien que Trump ait réussi à stabiliser le chômage réel, aux alentours de 102 millions, entre le moment où les entreprises reviennent et sa baisse significative, il y a une marge temporelle qui est loin d’être franchie.
    A tout ceci déjà pas très réjouissant, le taux d’usage de drogue, parfois fourni par la médecine, y est très important, ceci sans compter le nombre de S.D.F..
    Même la production de son pétrole de schiste commence à baisser.
    L’empire U.S., que certains disent hégémonique, peut-être bien avec raison, ne tient plus que grâce à son dollar qui en réalité ne vaut plus rien, dollar qui l’empêche de se réindustrialiser rapidement, il ne se vide plus de ses forces vives mais ne retrouve pas vraiment celles qu’il a perdu.
    Les monnaies ainsi que les bourses et les banques européennes, sud-américaines et canadienne sont intimement liées à lui, si Tonton Sam éternue ce sont toutes ces nations qui s’enrhument.
    N’oublions pas que Trump a vécu plusieurs faillite et qu’il s’en est relevé, s’il a l’intelligence que je lui prête, bien qu’étant d’une solide vulgarité, il renversera la table en mettant son pays en banqueroute, mais pour cela il lui faut attendre les prochaines élections, sauf à vouloir faire un coup d’état, ce qui est possible, mais pour cela il lui faut s’assurer de son armée.
    D’où aussi ma question de savoir quel y est le pourcentage de communistes.
    Une autre solution serait de mener une banque européenne à la cessation de paiement.
    Je ne sais pas dans combien de temps cet empire ultime disparaîtra sous une forme ou une autre, ce qui fait que même si celui-ci fonce vers le gouffre sans s’arrêter, même s’il ralenti un peu, prévoir sa chute finale est impossible.

    • Cher monsieur Theuric
      Je lis toujours vos commentaires avec attention et ils contribuent à l’intérêt de ce blogue. Toutefois permettez-moi d’ajouter mon grain de sel : les États-Unis ne sont pas à l’agonie. C’est un pays qui a du ressort et qui est capable de passer à travers les pires épreuves.
      Votre chiffre sur le chômage réel, que vous évaluez à 102 millions de personnes, m’étonne. Il y a 325 millions d’Américains, soit une population active de 120 millions. Votre évaluation signifierait un taux de chômage d’environ 62 %. Il n’y a pas un tel niveau de chômage aux États-Unis. Ça se saurait et ça se verrait.
      Bien à vous.

      • Cher Monsieur Fessou,
        Je sais que cette idée d’une telle fragilité des États-Unis-d’Amérique peut paraître saugrenu, et que le nombre de ses chômeurs semble faramineux, toutefois ce dernier point je l’ai recueilli sur un site qui a pour nom Businessbourse, ici une page datant d’Avril dernier ( https://www.businessbourse.com/2019/04/14/usa-avec-pres-de-102-millions-damericains-qui-ne-travaillaient-pas-au-31-mars-2019-les-inscriptions-au-chomage-au-plus-bas-depuis-1969/ ).
        Combien même annonçais-je par le passé la disparition prochaine de l’empire U.S. en m’aidant de quelques informations éparses, le nombre de faits de confirmation ne fit que s’accroitre au fil du temps, je comprends toutefois que cela puisse déranger puisque nous sommes abreuvés à l’excès de sa culture qui ne cesse de s’affaisser.
        En voici quelques exemple:
        Ici ( https://www.dedefensa.org/article/profiteurs-de-guerre-et-disparition-du-cmi ) vous trouverez la traduction d’un certain Dmitri Orlov, né dans l’ex U .R.S.S. et installé depuis des décennies aux U.S.A., qui a pu observer dans son pays natal cet effondrement passé et qui, en observant ce qu’il se passe dans celui d’adoption, y perçoit de mêmes nombreux éléments semblables présageant aux Etasunis un même épisode funeste.
        Vous y remarquerez qu’en réalité l’impérium n’est plus en capacité de soutenir une guerre de moyenne intensité.
        Sachez aussi, comme je l’ai écrit plus haut, que certaines des administrations U.S. ont pris leur indépendances et que nombre d’événement dont on accuse Trump est le fait de services spéciaux fédéraux.
        Vous trouverez sur cet autre site une réaction épidermique de son animateur en raison des mensonges éhontés des médiats, sachant que le coup d’état d’Ukraine fut fomenté par des néonazis, oui, les mêmes que l’U.E. a aidé ( http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/07/la-presstituee-dans-toute-sa-splendeur.html ).
        Là, encore sur le site Businessbourse, se fait mention de la baisse d’espérance de vie des blancs aux U.S.A. ( https://www.businessbourse.com/2017/04/06/usa-etude-choc-baisse-de-lesperance-de-vie-hommes-de-classe-moyenne-blanche/ ).
        Enfin, d’un blog pro-russe racontant que Mr. Poutine annonce que son pays ne refuserait aucunement un affrontement directe avec les U.S.A., ce qui montre que la Russie connait sa situation réelle ( https://rusreinfo.ru/fr/2019/07/poutine-annonce-la-doctrine-de-la-confrontation-globale-avec-les-etats-unis/ ).

        Nous sommes tellement habitués à être sous la domination de l’empire U.S. que la simple évocation de sa disparition est angoissante pour une part importante de la population.
        Alors imaginez ce qu’il se passera quand cela arrivera?
        Par nature et observation empirique de l’histoire, tous les empires ont fini par disparaître, pour des raisons des plus semblables: une oligarchie toute puissante détenant avec le temps tous les pouvoirs, ne trouvant plus suffisamment de richesse à acquérir ailleurs, en vient à piller son propre pays jusqu’à ce qu’il disparaisse, c’est ce qu’il se passe en ce moment même outre-atlantique.
        Notre réelle problème c’est que cette disparition mènera à l’effondrement de toutes les monnaies hyper-produites, soit quasiment toutes, quand à la disparition des U.S.A., accompagnée de l’U.E., cela n’a véritablement, à mon sens, que l’importance qu’on y porte, ni plus ni moins.

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