La politique monétaire européenne a atteint une limite inimaginable il y a encore seulement 5 ans.

Altice_logo.png

Les banques centrales des pays européens, chapeautées par la Banque Centrale européenne, ont choisi une politique non-conventionnelle afin d’éviter toute dépression économique. Les taux d’intérêts rétribuant la prise de risque des investisseurs lorsqu’ils achètent des obligations sont devenus proche de zéro au cours des années passées pour inciter les entreprises à investir et les particuliers à s’endetter pour consommer. Les Etats ont suivi ce mouvement pour maintenir une apparente croissance économique en investissant non pas pour l’avenir mais pour le présent, en d’autres termes dans le fonctionnement des Etats. C’est en effet la préoccupation des politiciens qui n’ont plus aucune vision sur le long terme : ils ne pensent qu’à leur prochaine réélection en faisant croire aux citoyens qu’il y a bien une croissance économique, et donc que tout va bien.

Puisque l’argent est « facile » et ne coûte rien (en intérêts) les entreprises empruntent pour racheter leurs actions afin de faire gonfler artificiellement le cours de ces dernières sans pour autant investir. Si la Bourse « va bien » cela doit signifier que l’économie se porte bien. Et tout les citoyens le croient qu’ils aient ou non des actions ou des obligations dans leur porte-feuille patrimonial. Donc tout va bien dans le meilleur des mondes financiarisés possibles …

Ce n’est malheureusement pas le cas pour la grande majorité des pays européens, mises à part la Suisse qui ne fait pas partie de l’Union européenne et la République d’Irlande qui tire vers le haut son économie en accueillant de nombreuses entreprises multinationales opérant dans l’Union Européenne grâce à une politique fiscale accommodante. D’ailleurs pour acheter des obligations de l’Etat suisse il faut payer un droit d’entrée. Cette exception suisse se retrouve maintenant, et c’est invraisemblable, au niveau d’autres pays européens au sein desquels des entreprises émettent des obligations sur les marchés. Il faut désormais payer pour acquérir certaines obligations libellées en euros. Et la BCE soutient cette politique. Selon l’agence Bloomberg le volume de telles obligations atteint aujourd’hui 12800 milliards d’euros et de citer 14 entreprises émettant des obligations « payantes » ! Les investisseurs peuvent toujours rêver de revoir un jour le principal, leur investissement, mais ils ne verront jamais la couleur des intérêts. Bloomberg classe ces obligations dans la catégorie des « junk-bonds » ou obligations pourries comme par exemple :

Adragh Packaging Finance plc / Ardagh Holdings USA Inc., Altice Luxembourg SA, Altice France SA, Axalta Coating System LLC, Constellium NV, Arena Luxembourg Finance Sarl, EC Finance Plc, Nexi Capital SpA, Nokia Corp., LSF10 Wolverine Investments SCA, Smurfit Kappa Acquisitions ULC, OI European Group BV, Beckton Dickinson Euro Finance Sarl et WMG Acquisition Corp.

Il est complètement illogique de posséder une obligation qui a demandé un investissement de 1 euro et qui vaudra nominalement 99 centimes dix ans plus tard. Il semble pourtant que les investisseurs préfèrent ce type de placement. Les 14 entreprises citées plus haut sont donc des entreprises zombies. La Banque des Règlements internationaux a bien analysé ce phénomène dès septembre 2018 ( https://www.bis.org/publ/qtrpdf/r_qt1809g.htm ) :

« L’augmentation du nombre de firmes appelées « zombies », c’est-à-dire des firmes qui sont incapables d’assurer le service de leur dette à partir de leurs profits réalisables sur une période étendue, a attiré l’attention des analystes politiques et académiques. En analysant les résultats d’entreprises réparties dans 14 pays à l’économie avancée, il est apparu une évidente augmentation de la prévalence de « zombies » depuis la fin des années 1980. Notre analyse suggère que ce phénomène est lié à la pressions financière réduite qui se traduit par des taux d’intérêt peu élevés. Nous constatons aussi que ces entreprises zombies pèsent sur les performances économiques parce qu’elles sont moins productives et parce que leur existence même encourage les autres entreprises à réduire leurs investissements et la création d’emplois.« 

Cette sorte de non-sens économique n’a pu exister qu’avec l’encouragement des banques centrales qui ont manipulé les taux d’intérêt. C’est totalement contre-productif et si ces entreprises zombies existent toujours ce n’est que grâce à ces taux d’intérêt proches de zéro ou négatifs. La force fondamentale du capitalisme réside dans le fait que les entreprises non viables disparaissent pour laisser la place à l’innovation et à de nouveaux modèles. Et pourtant les banquiers centraux, la FED, la BCE, la Banque de Chine, etc.., veulent garder ces entreprises en vie. De ce fait la zombification augmente. Que va-t-il se passer quand une récession sévère arrivera ?

Sources : Bloomberg et BIS (Banque des règlements internationaux)

12 réflexions au sujet de « La politique monétaire européenne a atteint une limite inimaginable il y a encore seulement 5 ans. »

  1. En fait, si ces taux sont négatifs c’est bien parce qu’en 2008 tout avait été entrepris pour éviter que les banques dites trop grosses pour faire faillite, fassent faillite, puis il est apparu que si ces taux remontaient, ben, les banques trop grosses feraient faillite.
    Mais là le plus amusant c’est que les taux négatifs risquent de mettre en faillite ces mêmes banques.
    D’une certaine façon, maintenant, que ça monte ou descende c’est du pareil au même, les banques trop grosses pour faire faillite failliront quoi qu’il se passe.
    Ce que je trouve savoureux dans cet article c’est qu’il se disait la même chose, quasiment en pourcentage, des sociétés du bloc du pacte de Varsovie et, surtout de l’U.R.S.S., dans les années 80.

  2. Ces infos issues de Bloomberg et de la BIS apportent une réponse à la question : pourquoi les entreprises rachètent-elles leurs actions ? «Afin de faire gonfler artificiellement le cours de ces dernières».
    Il faudrait aussi ajouter cet élément : et afin de protéger leur valeur.

  3. La croissance ( même molle) est une illusion puisqu’elle est inférieure à la quantité de fausse monnaie crée chaque année et que ( pour la France) on ajoute 100 milliards € à la dette ( déficit) chaque année.En fait, on est en récession et ceci va s’accélérer si les politiques persistent dans leur façon de faire.L’Europe fait en plus venir des millions d’immigrés qui ne produisent aucune richesse et qui coutent beaucoup. Ceux qui produisent des richesses vont se décourager et alors, ce sera l’effondrement à la soviétique.

  4. En résumé, un signe avant-coureur alarmant du « Crac, boum, hue » général autant qu’infernal qui nous attend, sans savoir vraiment quelle forme va prendre le « Hue » final ! Le refrain était plus souriant (et rassurant) quand il se contentait de ponctuer les célèbres Playboys de Jacques Dutronc 😉
    Au passage, on comprend mieux ainsi l’empressement actuel du système bancaire à faire disparaître l’argent liquide du paysage, condition sine qua non de la poursuite du Monopoly géant…

  5. Plusieurs fois j’ai pu entendre de la bouche de professionnels: « Il y a l’économie monétaire et l’économie réelle… », chacun d’entre-vous ayant pu, dans telle ou telle vidéo écouter le même discours.
    Or, qu’entend-il en tant qu’économie réelle sinon celle industrielle, agricole, minière et commerciale?
    Ce que ces quidams auraient pu préciser.
    Mais s’il y a une économie réelle, cela voudrait-il dire que celle monétaire est une économie irréelle?
    Dès que cette question est posée, nous ne pouvons que considérer, en toute bonne logique, que la seule économie qui vaille ne peut qu’être que réelle, n’est-ce pas?
    Dès lors, d’en déduire que nos difficultés proviennent de celle-ci deviendrait cohérente et que, de ce fait et en raison des délocalisations multidécennales, il ne s’agit pas seulement de mécanismes d’appauvrissement de la France et de l’union-européenne, mais bien plutôt d’une désindustrialisation d’échelle mondiale, évidemment déflationniste, se répercutant naturellement sur les processus spéculatifs, dont ceux monétaires.
    Dont l’origine se trouve en l’appauvrissement continuelle des populations européennes, sans que les pays fabriquant n’en aient pu en avoir une part de richesse suffisamment représentative au niveau de ces nations, pour qu’elles puissent vendre ces biens créés à l’intérieur de leurs frontières.
    Il en est même de la Chine qui dut, pour soutenir sa consommation intérieur (preuve que les chinois ne gagnent pas encore suffisamment pour acheter ce que le pays produit), mettre une partie de ces richesses dans la spéculation immobilière en créant des villes fantômes, comme en Espagne avant 2008, générant un énorme ensemble de bulles spéculative dont elle essaie de se sortir par la même planche à billet qui a lieu chez-nous.
    Sachant que elle aussi délocalise.
    Il n’est plus question maintenant de faire repartir une machinerie économique mondiale vacillante mais juste d’en retarder l’inéluctable éboulement par cette hyper-création monétaire.
    De fait, les états aujourd’hui ont deux choix, soit rembourser des dettes qui, pour la plupart, n’auraient pas de raison d’être si les industries étaient restées sur place, d’où les taux négatifs qui sont une sorte d’inflation, ce qui veut dire que les banques centrales savent, plus ou moins confusément, que l’économie réelle se délite gravement, ce qui permet, de plus, de générer des crédits par les particuliers et les entreprises, ce qui leur permettrait, momentanément, d’acheter.
    Mais cela affaiblit les banques en diminuant leurs marges bénéficiaires.
    Soit de remonter les taux, mais en ce cas les crédits aux intérêts variables deviennent irremboursable par les créditeurs, ou si ces crédits sont à taux fixe les banques perdent un bénéfice égale à cette remonté.
    Tout cela a d’origine unique de vouloir sauver des banques qui, en 2008, auraient dû fermer boutique, ce qui aurait certes généré une crise, mais celle-ci aurait été infiniment plus faible que celle qui arrive dorénavant qui ne pourra qu’être d’une violence inouïe.
    Les britanniques, une partie de leurs élites, moins cons, ont parfaitement compris cela, d’où la baisse de la livre sterling, accompagnant le brexit, pour faire revenir les entreprises chez-eux.
    Les Amériques de Trump tentent la même chose sans pouvoir dévaluer leur devise, piégé par Breton Wood, d’où leur agressivité.
    La question de l’immigration ne venant que d’un imaginaire humaniste en vérité profondément doudouiste, soit un racisme inconscient, qui ne voit que comme pauvre le noir ou l’arabe en ne pouvant concevoir que des blancs puissent l’être, d’où la violence policière envers les gilettistes qui fut égale au traumatisme narcissique qu’a subi ces trois quarts des classes-moyennes les plus hautes en s’apercevant que leurs semblables pouvaient être insolvables, et ceci de leur faute, en en entrainant une part représentative des classes-moyennes intermédiaires.
    Nous vivons les derniers instants de ce système devenu totalement irrationnel, il ne peut que cesser de fonctionner à un moment donné, personne ne pouvant en définir la date.
    Quand cela arrivera, nous devrons faire face à des difficultés immenses, généralement ce genre de phénomène entraine une série de perturbations qui, dans les premiers temps, ne seront pas ou mal gérées au vu des bras cassés qui nous gouvernent, ceci d’autant plus qu’il est à remarquer une désorganisation de certaines institution de la société, des banques notamment.
    C’est pourquoi il est préférable de prévoir par avance les effets les plus sensible de cette catastrophe et de s’y préparer au mieux.
    J’adore quand je fais, comme ici, le plein d’optimisme.

    • Cinq sur Cinq !
      Je me prépare à faire le plein de bière et de lait et de quelques conserves pour tenir au moins 200 jours.
      Je ne laisse sur mon compte en banque que de quoi payer mon loyer, le téléphone, l’eau et l’électricité.
      Ensuite ce sera l’inconnu …

      • Je vous conseillerais de préparer aussi de quoi faire de menus trocs, si vous ne fumez pas les cigarettes sont très importantes, farine, sucre, huile, chocolat, fruits secs, pâtes et riz, en plus des conserves.
        Vous vivez, si j’ai bien compris, dans une ile où il y a peu d’habitant, l’entraide y sera sûrement infiniment plus efficace qu’à Paris.
        Si vous vous retrouvez au Japon, soyez discret, l’étranger en terre étrangère comme il peut se dire.
        Sinon il serait peut-être bien que vous pensiez à rapatrier votre famille vivant là-bas, le stress social pouvant fort bien d’y réamorcer des réflexes anciens.
        En fait il en est, me semble-t-il, des sociétés des hommes comme pour les milieux écologiques: la richesse génère l’unicité, le manque, l’hyper-concurrence et la spécialisation, la désertification en réduit l’écologie à sa plus simple expression, la juste après crise ce sera le plus primitif qui prendra place et la reconstruction, des êtres non spécialisés et d’une grande adaptabilité.
        Ce qui est le plus étonnant c’est que je me surprends d’avoir des idées en même temps que j’écris.
        Quand nous voyons qui nous gouverne, nous pourrions nous demander si nous serions parvenu, non pas au début de cet effondrement mais, tout à l’inverse, proche de la reconstruction, ou plutôt si cet effondrement ne serait pas annonciateur de l’achèvement de cette crise et le début de la reconstruction.
        La question me paraît bonne à se poser.
        A, j’oubliais, si vous utilisez des médicaments, essayez de vous en procurer d’avance.

    • Sauf que ce n’est pas tant la teneur du CO2, que son rôle exact, et disons exactement quantifié, dans ce fameux « réchauffement », alias dérèglement, bouleversement, climatique

  6. Les gaulois craignaient que le ciel leur tombe sur la tête ! et maintenant ils ont peur que le système monétaire leur explose à la figure. Il y a quelques années c’était la folie des abris atomiques, il faut toujours qu’il existe des peurs irraisonnées ou fantasmées.

    • Pas faux, d’ailleurs le premier président du GIEC, Sir Houghton (orthographe non garantie) disait bien quelque chose comme :
      « Si nous ne faisons pas peur aux gens, on ne pourra rien faire »
      De mon temps (!) on disait que « la peur est mauvaise conseillère », et bien mon bon monsieur, tout fout le camp, et avec leurs bombes atomiques et en plus, leurs avions à réaction « ils » nous détraquent le temps.

  7. Que va-t-il se passer ❓ Un grand « Crac, boum, hue » sous forme de courses de brouettes remplies d’Euros. La zone Euro va se retrouver avec une inflation à 3 chiffres.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s