Actualité. Iran – USA – Europe

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À l’issue de l’accord entre l’Iran et la ‘Commission du plan d’action compréhensif », c’est lourd, c’est dit, le JCPOA, un organisme émanant de cet accord et supervisé par l’agence internationale de l’énergie atomique (IAEA) et l’ONU, a mandaté des experts internationaux indépendants pour contrôler les activités d’enrichissement d’uranium en Iran. Le JCPOA a été signé en Juillet 2015 entre l’Iran et les E3/EU+3, c’est-à-dire la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie, la Grande-Bretagne et les USA. Il a été mis en application en Janvier 2016. Selon les termes de cet accord l’Iran s’engage à limiter ses activités d’enrichissement d’uranium, à se débarrasser de son stock d’uranium enrichi au delà d’une teneur en isotope 235 supérieure à 4 % et de limiter ses activités ultérieures de stockage d’uranium enrichi à 4 % pendant les 15 prochaines années.

Le Président iranien Hassan Rouhani a prévenu les signataires du JCPOA hors USA le 8 mai 2019 que s’ils ne prenaient pas de mesure pour protéger l’économie de l’Iran contre les sanctions décidées par les USA unilatéralement sans consulter les autres signataires du traité son pays reprendrait ses activités d’enrichissement au delà des limites autorisées par le traité et au delà d’un délai de 60 jours sans action de ces signataires. La position du gouvernement iranien avait au moins le mérite d’être claire. D’ailleurs Rouhani a prévenu hier 5 juillet 2019 que dès le 7 l’Iran reprendra ses activités d’enrichissement « autant qu’il le faudra ». Le Haut commissaire aux affaires internationales européen, les ministres des affaires étrangères de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne ont déclaré qu’ils restaient toujours en faveur du traité et de son application scrupuleuse par l’Iran. L’attitude des dirigeants Iraniens à l’égard de l’Europe est claire : ils veulent que l’Union européenne agisse rapidement.

Selon les termes de l’accord JCPOA il est interdit à l’Iran de détenir plus de 300 kg d’uranium (équivalent métal mais sous forme d’oxyde) enrichi à 4 % or le 17 juin dernier l’Organisation de l’Energie Atomique iranienne a prévenu que ses stocks dépasseraient cette limite le 27 juin. L’agence de presse iranienne ISNA a confirmé ces derniers jours que cette limite avait été dépassée. Les représentants de la JCPOA se sont donc réunis le 28 juin pour appeler l’Iran à respecter les termes de l’accord et à discuter d’une procédure pour contourner les sanctions imposées par les USA sans avoir consulté les co-signataires de l’accord JCPOA. La réunion était présidée par le secrétaire aux affaires extérieurs européennes Helga Schmid mandatée par le Haut Commissaire européen Federica Mogherini. Elle comprenait l’Iran, la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie et la Grande-Bretagne.

Sur le site du Ministère des Affaires Etrangères de Russie, le vice-ministre des affaires étrangères Sergey Ryabkov a déclaré que le retrait des USA du JCPOA était regrettable, qu’il mettait en danger le processus d’application du traité et que ce retrait était en claire violation de la résolution 2231 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Ce retrait constituait un sérieux coup pour la sécurité régionale (au Moyen-Orient) et mondiale.

Ryabkov a ajouté qu’il était du devoir des autres signataires de trouver des mesures pratiques pour que l’Iran puisse exporter son uranium enrichi ainsi que ses stocks d’eau lourde en dépit des sanctions américaines. Il a ajouté que l’IAEA était le seul organisme autorisé à faire appliquer par l’Iran ses obligations dans le cadre du JCPOA et qu’il était d’une extrême importance que l’IAEA remplisse scrupuleusement sa mission de contrôle des activités nucléaires iraniennes. La « commission conjointe » a également précisé que selon le paragraphe 8 des dispositions mises en place lors de la réunion des ministres du 6 Juin 2018 il était du devoir des pays signataires de mettre en place des mesures concrètes afin de maintenir des conditions de normalisation des relations économiques et commerciales avec l’Iran. Après la réunion de la dernière semaine de ce mois de Juin passé, les déclarations ont clairement signifié qu’il était du devoir des signataires (hors USA) d’oeuvrer pour préserver la stabilité et la paix dans la région moyen-orientale. Dans le même temps il était du devoir de ces derniers d’oeuvrer de telle sorte que les sanctions US soient levées, sanctions pour lesquelles ils exprimaient leur vif regret …

Madame Helga Schmid a insisté sur les progrès du mécanisme INSTEX (INstrument in Support of Trade EXchanges), un véhicule spécial mis en place par la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne en janvier 2019 pour faciliter les transactions commerciales avec l’Iran hors dollar. Ces trois pays ont informé les participants au meeting que l’INSTEX était opérationnel, accessible à tous les membres de l’Union Européenne et que les premières transactions étaient en cours de traitement. Ce mécanisme INSTEX est destiné à être ouvert à d’autres pays ne faisant pas partie de l’Union Européenne, selon Helga Schmid.

Les participants ont aussi été informés des progrès effectués dans la mise en conformité du réacteur de recherche iranien Arak ainsi que l’installation de production d’isotopes faisant partie de la conversion de l’usine de Fordow dans le cadre des termes du JCPOA. L’IAEA a confirmé que dans le cadre du JCPOA l’Iran avait déjà exporté vers la Russie 11 tonnes d’uranium métal vers la Russie, démantelé une grande partie des centrifugeuses de Natanz et de Fordow et que le réacteur Arak ne pouvait plus être opérationnel car les ouvertures de la cuve du coeur du réacteur avaient été pratiquées selon les termes du traité JCPOA.

Source : IAEA

Commentaire. Le trio Bolton-Pompeo-Trump se moque des accords internationaux et des résolutions de l’ONU, ce n’est pas nouveau dans l’attitude américaine. Les Américains se croient toujours les maîtres du monde et ils croient également que leur dollar subsistera à leurs turpitudes. Ils considèrent que le « billet vert » leur permettra de dominer le monde. Si les Européens, appuyés par la Chine et la Russie – cette fois-çi c’est un élément nouveau – refusent de « baisser leur culotte », excusez cette expression avilissante, et résistent au diktat américain en implémentant le dispositif INSTEX alors la suprématie du dollar sera détruite de facto. Les Iraniens commerceront en roubles, en yuans ou en or et donc, si les dirigeants européens ont une once de respect d’eux-mêmes, en euros. Reste à savoir quelle sera l’attitude à l’évidence pro-européenne de Christine Lagarde mais aussi, imprégnée de culture anglo-saxonne depuis de nombreuses années, vendue aux intérêts de la politique de la Maison-Blanche (je peux me tromper et je l’espère). Les Allemands à qui a été confiée la responsabilité de co-signer l’accord JCPOA alors qu’ils ne sont pas une « puissance nucléaire » devraient honorer leur engagement. Par contre faire confiance aux Anglais … on n’est plus à l’époque de Churchill ! Bref, sans la pression des Russes et des Chinois, alliés de l’Iran et qui n’ont pas du tout apprécié le revirement de l’administration américaine, si Trump et ses complices « imbéciles » comme le dit si bien Paul C. Roberts ne considèrent pas la réalité de la situation ils récolteront une « dédollarisation » accélérée du commerce international et un rapprochement inévitable entre l’Europe et la Russie et le jeu de poker menteur organisé par la Maison-Blanche s’arrêtera parce que aucun des autres joueurs ne pariera plus sur le dollar.

4 réflexions au sujet de « Actualité. Iran – USA – Europe »

  1. Il est fort possible que ce soit plus compliqué que ça, me semble-t-il.
    En France les macroniaiseux obéissent au dernier qui parle, Macron ayant montré qu’il est d’accord sur tout avec tout le monde, et l’Allemagne se trouve tiraillée entre les nationalistes et les américanolâtres.
    Quand aux britanniques, ils ont absolument besoin des U .S.A. pour achever leur brexit et j’ai l’impression que du reste ils s’en foutent royalement, ce qui est normal au sein du royaume de sa très gracieuse majesté.
    Ceci d’autant plus que l’Union-Européenne se désagrège.
    Il ne reste plus que les deux poids lourds que sont la Russie et la Chine, avec peut-être bien l’Inde qui doit faire son petit travail en douce, elle qui doit l’avoir mauvaise d’avoir été écarter de cet accord et pour qui l’Iran ne peut qu’être un allié central.
    Sans compter le Japon dont le premier ministre doit avoir le sentiment d’avoir perdu la face de cette affaire du pétrolier visé par un missile tiré par on ne sait qui, ce qui en Asie ne pardonne pas.
    D’ailleurs, en raison de cette histoire ridicule, nombre de chancelleries doivent faire pression sur les États-Unis-d’Amérique d’une manière plus ou moins discrète, ce qui doit mettre Trump en porte-à-faux, s’il lâche il montre de la faiblesse, s’il continue ça risque de flinguer le dollar.
    Il y a une autre possibilité, c’est que tout ça n »est qu’une diversion pour cacher que les U.S.A. remplace les troupes de ses bases par des mercenaires, voire les vide carrément, sur « Chronique du grand jeu » l’un des commentateur y a raconté que les kurdes syriens et irakiens ne sont pas contents pour cette raison même.
    Il est parfaitement possible qu’en ce cas les trois grands, Russie, Inde et Chine, voire même l’Iran, sachent de quoi il en retourne…
    A cela s’y rajoute une solide inflexion du discours tenu au sujet du président U.S. sur je ne sais plus quelle chaîne télé, donc sûrement du gouvernement français.
    Toute cette affaire est donc des plus complexes et, comme l’époque le porte, doit être infiniment plus embrouillé que ce que nous en percevons.
    N’oublions pas que Mr. Trump fit plusieurs fois faillite et que, pour lui, ce pourrait être un recours pour son pays au vu de sa situation économique réelle, qui ne tient plus que grâce à la place privilégiée du dollar dans les échanges internationaux.
    Mais s’il veut mettre les U.S.A. en banqueroute, je suppose qu’il préfèrerait que ce soit une autre nation qui en porte le chapeau, et quoi de mieux qu’une banque allemande ou française qui en soit l’amorce?
    En fait nous nous apercevons que plusieurs scenarii sont possibles et qu’il est facilement imaginable que l’un et l’autre se conjuguent entre eux.

    • En fait, si l’empire U.S. avait à choisir qui couler en premier et étant donné que, pour lui, la disparition de l’U.E. serait un prérequis pour la politique de Trump, de la France à l’Allemagne se serait, à mon sens, le second qui serait visé, ce pays ayant mis l’Union-Européenne sous sa coupe, l’union ne peut que suivre désormais l’évolution de la Germanie, dans un sens ou dans un autre.

  2. UK ?
    Un pétrolier avec une cargaison de brut iranien a été araisonné à Gibraltar.
    Ce n’est plus de la sanction légère.
    Un autre, en panne s’est dérouté (?) à Djedda, en Arabie.
    En repartira-til un jour?
    La tension pourrait monter d’un cran, malgré INSTEX.
    De l’autre coté, l’Iran fait des déclarations agressives débiles sur Israël qui font que ce dernier est légitimé à attaquer.
    Bref, une escalade, sans fin.

    • En plus le pétrolier aurait été arraisonné dans les eaux territoriales espagnoles.
      Les Espagnols sont furieux.
      Les britons chantent, c’est pas UK, c’est Gibraltar… C’est pourtant la Royal Navy qui est intervenue…
      Vous avez trous du culs ❓ On y est.

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