Philosophie et réchauffement climatique : En ces temps de crise climatique combien d’enfants faudra-t-il avoir ?

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Les religieux, toutes confessions confondues, se lamentaient car il n’y a plus de prophètes. De ce fait l’engouement pour une religion s’estompe en particulier dans les sociétés occidentales modernes. Mais heureusement que nous avons tous, presque dans le monde entier, l’écolière suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, qui a été l’invitée d’honneur du récent Forum de Davos, pour nous enseigner la « bonne parole ». Lors d’une conférence elle a clamé que si nous ne faisions rien pour sauver le climat ce serait l’apocalypse :

 » Les adultes répètent sans cesse : nous devons donner de l’espoir aux jeunes. Mais je ne veux pas de leur espoir, je ne veux pas que vous ayez de l’espoir. Je veux que vous paniquiez, je veux que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours. Et puis je veux que vous agissiez » ( sic, https://youtu.be/RjsLm5PCdVQ ).

Un certain nombre de philosophes ont pris son message à coeur et soutiennent désormais que la réponse appropriée au changement climatique ne consiste plus à avoir moins d’enfants mais à n’en avoir aucun. Il est difficile d’évaluer à quel point ce mouvement est répandu. Le dernier numéro de la revue bisannuelle Essays in Philosophy vient de consacrer une étude répondant, en regard de la crise climatique, à la question : « La procréation est-elle immorale ? » ( lire par exemple : https://commons.pacificu.edu/eip/vol20/iss1/4/ ). Selon les auteurs de 4 articles abordant ce sujet la réponse est OUI. C’est la question la plus urgente de notre époque moderne. Le Professeur Sarah Conly, éditeur de la revue citée plus haut déclarait dans son ouvrage paru en 2016 « Un enfant : avons-nous le droit de faire plus ? » que : « nous n’avons pas le droit d’avoir plus d’un enfant lorsque le monde est en danger de dégradation de l’environnement : contrairement à nos parents avoir autant d’enfants que nous le souhaitons n’est plus viable. Compte tenu des données dont nous disposons maintenant, ce n’est tout simplement plus une option acceptable. Nous sommes menacés par plus de population que la planète ne peut en supporter …« .

Les autres contributeurs à ce dernier numéro de Essays in Philosophy ont des idées plutôt novatrices au sujet de la lutte contre le « comportement irresponsable » qu ravage la planète. Anca Gheaus de l’Université Pomeu Fabra à Barcelone observe que le fait d’avoir des enfants est clairement garanti par les documents relatifs aux droits de l’homme, mais avoir plus d’un enfant pourrait être dangereux. Sa solution est d’augmenter le nombre de parents de chaque enfant : « multiparenter, c’est-à-dire trois, quatre ou peut-être davantage d’adultes élevant le même enfant ou les mêmes enfants est une solution envisageable sinon souhaitable. La multiparenté peut être moralement requise« .

Le philosophe Gerald K. Harrison de l’Université Massey en Nouvelle-Zélande adopte une position plus misérabiliste. La vie est un cadeau, observe-t-il, mais c’est un cadeau au sens ou donner de l’héroïne à vie à une personne est aussi un cadeau. Il est convaincu que mises à part des circonstances exceptionnelles les actes de procréation humaines sont probablement mauvais. Trevor Hedberg de l’Université de Floride du Sud estime que l’obligation de réduire les émissions de gaz à effet de serre limite le nombre d’enfants que l’on peut avoir : aucun enfant c’est parfait mais la limite supérieure absolue est deux enfants. Pour ce philosophe il est clair que chaque fois qu’un couple dépasse le taux de fécondité de remplacement il contribue activement à la croissance démographique et à la croissance associée de notre empreinte carbone collective. Aucune interprétation raisonnable de l’obligation de limiter son empreinte carbone ne peut permettre un tel comportement.

L’argument de loin le plus intéressant est celui du Professeur Leonard Kahn de l’Université Loyola de la Nouvelle-Orléans. En tant qu’acte utilitariste il est convaincu que tous les actes non-optimaux sont moralement interdits. Cela le contraint à tirer une conclusion farouchement logique en ce qui concerne la procréation. Un enfant dans un pays riche utilise beaucoup plus de ressources qu’un enfant dans un pays pauvre. Par conséquent la procréation est non optimale et moralement répréhensible pour les riches. Pour Kahn beaucoup de femmes, sinon la plupart, vivant dans des pays économiquement riches sont moralement tenues de se faire avorter si elles se retrouvent enceintes, en d’autres termes nous ne sommes pas moralement tenus de nous reproduire dans un pays riche, c’est-à-dire de ne pas avoir d’enfant.

Conclusion Greta Thunberg peut dormir tranquille : les adultes, du moins certains d’entre eux prennent le changement climatique au sérieux. Elle devrait recevoir un exemplaire gratuit de ce numéro des Essays in Philosophy.

Source : BioEdge

13 réflexions au sujet de « Philosophie et réchauffement climatique : En ces temps de crise climatique combien d’enfants faudra-t-il avoir ? »

  1. Si on suit cette logique à la lettre, il faudrait sous peu euthanasier les bébés de sexe féminin à la naissance, puisque ce sont les femmes qui portent les enfants, et comme elles deviennent écologiquement dangereuses, autant les supprimer dès le départ histoire d’économiser à fond les ressources. Il me semble que Hitler utilisait une logique similaire pour d’autres projets…

  2. Pour moi la philosophie consiste à organiser la pensée.
    L’un de ses effets est de ne pas se laisser emporter par les passions, quelles soient individuelles ou collectives.
    Nos sociétés sont malades au sens propre du terme et les élites intellectuelles, politiques et économiques semblent, pour beaucoup, plus atteinte que le reste des populations.
    Laissez-les pérorer, vous verrez comment ils changeront leur discours quand leurs parents et/ou leurs grands-parents disparaîtront quand les médicaments ne leur seront plus fournis.
    Si ça c’est de la philosophie alors Socrate doit bien rigoler, tiens, d’ailleurs, écoutez, on l’entend se marrer.

  3. Il faut absolument encourager les tenantes et tenants de cette doctrine à ne pas avoir de descendants par tous les moyens possibles. Comme l’écrit si bien un autre rédacteur: »mort aux c.. s ». On limitera ainsi espérons le les difficultés de nos descendants, encore faut- il que Darwin ait eu raison !

  4. Dans le temps, en France, il y eut les « parfaits » aka « cathares ».
    les « plus que parfaits » se refusaient d’avoir des enfants, donc des rapports sexuels (ou réciproquement), et la question de leur survivance aurait sans doute été réglée en une ou deux générations.
    De plus pour les « aider », il y eut Simon de Montfort, et sa célèbre formule, bien que sans doute apocryphe « Tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens ».
    De nos jours, vivement un « Tuez les tous, Gaîa reconnaitra les siens », un vrai progrès « écologique » (et responsable, soutenable etc///)

    • Tous les Cathares n’étaient pas des « Parfaits ». Pour donner une comparaison approximative, ces derniers étaient comme les prêtres ou les moines par rapport aux fidèles.

      « Tuez-les tous… » attribué aussi à Arnaud Amalric, légat du Pape. Peut-être pensé très fort, mais aucune preuve.

  5. Ce billet soulève une question intéressante en arrière-plan qui est celle de la relation entre la démographie et la prospérité, à l’aune de la préservation de l’environnement.
    C’est une question complexe car selon les démographes et les économistes classiques, l’accroissement du PIB ne se fait que si on a accroissement concomitant de la population.
    Ceci était valable pour les 30 glorieuses et les pays dits industrialisés, mais plus tellement aujourd’hui.
    Pour les pays en voie de développement, c’est le contraire : trop de démographie tue l’économie. Alors, où est la vérité ?
    Pascal Boniface de l’IRIS résume la situation dans cette vidéo de 6 minutes qui vient de sortir à l’occasion de la publication d’un rapport de l’ONU sur la démographie mondiale en 2019 :

    On voit que les deux futures bombes démographiques qu’il faudra réguler d’ici 2050 sont l’Asie (surtout l’Inde) et l’Afrique. La France, un des pays développés les plus propres du monde, n’est pas concernée sauf à se protéger de futurs flux migratoires non contrôlés.

  6. « Un enfant dans un pays riche utilise beaucoup plus de ressources qu’un enfant dans un pays pauvre. Par conséquent la procréation est non optimale et moralement répréhensible pour les riches. »
    Certes. Mais les gens des pays pauvres souhaitent mener le train de vie de ceux des pays riches. S’il faut limiter la natalité, il ne faut pas oublier les pays pauvres. Qu’en disent ces philosophes ?

    • Les philosophes, je ne sais pas, mais le bon sens populaire dirait qu’il vaut mieux être riche (ou du moins « à l’aise »), intelligent, beau et bien portant que le contraire 😉

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