USA : la « beauté » du gaz de schiste pour sauver le climat est un leurre

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Avec 52 dollars le baril à la bourse de New-York et un prix du gaz naturel parallèlement en chute libre les industriels du pétrole et du gaz de roche mère (schistes) aux Etats-Unis sont aux abois. Déjà criblés de dettes (qui ne seront jamais remboursées à moins que l’Iran bloque le détroit d’Ormuz) ils sont condamnés à brûler le gaz naturel qui jaillit mélangé à du pétrole des forages pratiqués dans le Bakken et les schistes permiens. En effet il n’existe pas d’infrastructures pour transporter ce gaz par gazoduc vers les usines de liquéfaction situées au Texas, sur la côte du Golfe du Mexique. Pour les trois premiers mois de l’année 2019 quelques 660 millions de pieds-cube de gaz ont été tout simplement brûlés et les fumées répandues dans l’atmosphère.

Pour les non-spécialistes dont je fais partie un pied-cube représente 0,0283 mètre-cube mais dans l’industrie gazière il représente le nombre de molécules de gaz naturel étant entendu que ce gaz – dont le gaz de schiste – ne contient pas nécessairement que du méthane. La cotation en bourse du gaz naturel s’exprime sur la base du million de pieds-cube dont le symbole est MMcf ou millier de milliers de pieds-cube. Dans les conditions standard de pression et de température (288 °K et 101,56 kPa) un pied-cube contient 1,198 gramme de molécules de gaz naturel. Dans le bassin permien plus de 20 % du gaz provenant des forages a été brûlé en 2018. Dans l’Etat du Dakota du Nord les autorités ont fixé une limite à cette pratique qui est selon la loi de 15 % du gaz provenant des forages. Or toutes les entreprises ont outrepassé cette limite dès l’année 2016, un fait qui a mis en émoi la section locale du Sierra Club. La totalité du gaz brûlé dans le Dakota du Nord par les exploitants du Bakken durant le mois de mars 2019 aurait suffi à assurer le chauffage de toutes les habitations de cet Etat pendant 10 ans !

Plus incroyable encore, comme l’Etat dépend pour ses revenus des taxes sur le pétrole recueilli, limiter les extractions pour limiter le brûlage du gaz aurait également réduit les ressources financières et par conséquent les autorités laissent faire … De ce fait les statistiques parvenant à l’Environmental Defense Fund sont toutes fausses. Enfin pour aggraver le tableau déjà franchement déplorable, si le gazoduc reliant les champs gaziers et pétrolifères tant de Bakken que du Permien n’est toujours pas terminé le simple fait que les cours du gaz naturel pratiqués au hub de Waha où se trouvent des unités de liquéfaction sont chroniquement dans une zone négative. en d’autres termes le « gaz naturel de schiste » provenant de ces bassins d’une manière ou d’une autre comme par exemple compressé est loin d’être rentable : il vaut bien mieux le brûler sur place …

La « beauté » du gaz de schiste est donc un leurre, du moins aux USA où les infrastructures de transport sont cruellement inexistantes. Chaque mois le gaz naturel brûlé représente la consommation mensuelle de trois pays comme Israël, la Colombie ou la Roumanie, ça laisse rêveur.

Source : Oilprice.com

18 réflexions au sujet de « USA : la « beauté » du gaz de schiste pour sauver le climat est un leurre »

  1. On n’entend guère les écologistes sur ce sujet… Il paraîtrait raisonnable d’imposer l’utilisation de quelques turbines à gaz d’Alstom, pardon de General Electric pour éviter cette situation burlesque. Cela paraît totalement surréaliste…

  2. Les hydrocarbures aux US ou ailleurs, c’est comme l’immobilier ou le chômage en France : tout le monde ment et il est difficile d’avoir des chiffres non trafiqués.
    Il semblerait cependant que le seuil de rentabilité de ces produits de schistes soit relativement élevé (pour le pétrole de schiste américain de mauvaise qualité, ce serait 60 USD le baril).
    Pour le moment, au vu des taux d’intérêts nuls et bientôt négatifs, se re-financer indirectement via la FED est quasiment gratuit et lever des millions à Wall Street reste encore possible du fait que les obligations pétrolières sont les rares à offrir du rendement, et les fonds de pension n’hésitent pas à jouer l’argent des futurs retraités.
    En 2016, le journal « Les Echos » estimait que cette industrie perdait rien qu’aux USA la bagatelle de 350 millions USD par jour, soit 130 milliards de pertes annuelles. Sans compter le fait qu’à Bakken par exemple, il reste de moins en moins de fossiles à extraire, ce qui aggrave mécaniquement les pertes.
    La récession qui arrive fera plonger durablement les cours et les taux commenceront à exploser. L’issue sera donc fatale pour ce secteur qui n’a jamais dégagé un centime de profits, à moins qu’il ne bénéficie d’un « bail-out » étatique comme pour les banques dont les comptes étaient tous vérolés en 2008…si Trump par exemple décide que les gaz et pétroles de schistes américains sont une cause nationale.
    On est pour le moment dans une fausse course à l’échalote où la règle est « qui perd gagne ».
    Et la protection de l’environnement dans tout ça ? Le problème ne se pose évidemment pas puisque quand il faudra payer pour les dégâts que cette industrie aura causé, les sociétés concernées n’existeront plus.

  3. Oh les taches, ils le réinjectent dans un autre puits à quelques centaines de mètres, et ils auront encore plus de pétrole. Les écolos à la noix seront bouche-bée.

  4. Je suis dépité : ce blog, jadis de très bonne tenue, à tourné progressivement à une tribune anti-américaine franchouillarde à laquelle je ne puis souscrire , connaissant assez bien les USA(j’y ai de la famille et m’y rends tous les ans).

    • Je me permets aimablement de rappeler que ma source est un site américain et je ne prends pas position, je ne fais que constater une situation décrite par ce site. En ce qui concerne mon anti-américanisme « primaire » dont certains de mes commentateurs m’ont taxé, il est vrai que contrairement à ce que décrit la propagande main-stream la situation de l’Amérique n’est pas aussi reluisante que ce que cette presse nous sert chaque jour. Je tente de rester objectif mais parfois c’est très difficile …

      • L’industrie de la fracturation chez l’Oncle Sam n’a jamais été rentable et les acteurs principaux continuent depuis plus de 10 ans à jouer à « demain on rase gratis »…dixit par exemple le Financial Times (« US shale boom begins to cool » du 6 septembre 2018) et plus récemment l’IEEFA (article du 1er mars 2019 : « Major questions linger over profitability of oil, gas fracking in Permian basin ») : http://ieefa.org/major-questions-linger-over-profitability-of-oil-gas-fracking-in-permian-basin/
        Evidemment, beaucoup de personnes ont intérêt à vendre l’idée que demain, les USA seront auto-suffisants pour une période d’au moins 50 ans et que tout le monde doit se précipiter pour acheter les actions du secteur de la fracturation hydraulique..
        Comme d’habitude, les conseilleurs ne sont jamais les payeurs et les gogos qui vont se faire plumer sont légions. Ce n’est pas un hasard si le groupe Total a méchamment réduit la voilure dans les schistes bitumineux de l’Alberta et n’a pas mis un kopeck sur le fracking US.

      • La situation en Amérique du Nord n’est pas très reluisante, c’est vrai, mais elle n’est pas non plus aussi catastrophique et aussi épouvantable que, vue de loin, on aurait tendance à le croire. Mais, entre l’esprit critique et l’adulation, autant choisir l’esprit critique. Ce qui rend certains commentaires intéressants !

  5. ben oui voyons, une industrie qui perd des milliards pendant… 10 ans, des gisements vides en quelques semaines, des tremblements de terre, des nappes polluées, des cancers, des ongles incarnés,… certains aux USA n’ont pas digéré le boom des pétroles et gaz non conventionnels, notamment chez les démocrates

    deux sites pour en savoir un peu plus

    https://wattsupwiththat.com/?s=shale

    https://rclutz.wordpress.com/?s=shale

    réjouissez vous, Trump va tenter de libérer la prospection et l’exploitation sur les domaines fédéraux,et pas que pour les shale, mais aussi pour tous les minerais stratégiques<<;

    Gr^ce à cette filière(qui perd de l'argent, qui blablabla) vous pourrez continuer à mettre un peu de diesel dans vos voitures, et faire tousser les marcheurs du climat, dites merci aux ricains, sans cette trouvaille, le prix à la pompe serait de 5 euros le litre, du moins si à Moscou et à Téhéran,on est de bonne composition.
    les allemands ont mis leur destin entre les mains de Vlad, on verra bien

    .

  6. Que les États-Unis-d’Amérique soient un empire, où s’y trouve le problème sinon celui d’en être conscient et de réagir en conséquence?
    Que la production de gaz et pétrole de schiste revient plus cher à l’extraction qu’à la vente, c’est logique en raison des infrastructures nécessaires et du peu de production qu’un seul puit génère.
    Cette façon de ne pas vouloir voir la réalité en face est le véritable problème de notre modernité, ses causes en sont complexes et nous sommes allés trop loin pour pouvoir le résoudre avant que ses effets ne génèrent de grandes catastrophes.
    Les deux intervenants critiques ne peuvent que poser question de leur présence ici.
    Il peut s’agir du seul hasard et/ou du fait que les tensions s’accumulant au sein du système mène à ce que ceux-ci cherchent des réponses, tout en n’osant pas s’y confronter en plein, d’où leurs réactions.
    Nous pourrions aussi avoir affaire à ce qui communément, se fait appeler des trolls, soit des employés qui seraient là pour tenter de décrédibiliser ce site.
    Cette troisième possibilité serait intéressante puisque nous sortons de la période des élections, ce qui démontrerait une panique au plus haut de ce système.
    Sachant que leurs patrons en ce cas envisageables ne peuvent que détenir les véritables chiffres des sondages.
    Il faut bien comprendre qu’en même temps ils vivent dans un brouillard conceptuel dedans lequel ils veulent plonger le reste de la population et craignent que ce monde imaginaire leur échappe des main, ce qui le ferait s’évaporer, ce qui, quoi qu’il en soit, arrivera à un moment ou à un autre de par leur confrontation d’avec le principe de réalité.
    En fait, si trolls il y a ils ne servent juste qu’à ralentir ce processus et, sous peu, ils deviendront inutiles.
    Ce brouillard conceptuel est déjà en phase de délitement et tout ce qui est construit tout autour, U.E., réchauffement climatique, théorie du genre ainsi que la longue liste des fadaises de mêmes sortes est entrain de se désagréger devant nos yeux.
    Pour comprendre le pourquoi de cette situation, je vous propose de lire « La dimension cachée » de Edward T.Hall, surtout sa mise en garde page 130 au premier paragraphe, tiens, je vous la donne:

    (…si l’homme continue d’ignorer les faits observés au niveau infrastructurel concernant les conséquences du surpeuplement, il risque de provoquer un équivalent du comportement cloacal, si ce n’est pas déjà fait. L’aventure des cerfs de l’île James évoque l’image macabre de la peste qui anéantit les deux tiers de la population de l’Europe au milieux du XIV° siècle.bien que cette mortalité massive ait été causé par le bacillus pestis, la virulence de ce dernier fut incontestablement accrue par l’état de moindre résistance qu’avait entraîné pour leurs habitants le surpeuplement des villes médiévales et l’état de stress qui en résultait.)

    ( Dans cet ouvrage, il y montrait que dans l’île britannique de James, aux dimensions limitées, des cerfs y vivaient sans prédateur (je ne sais pas de ce qu’il en est aujourd’hui) mais mourraient, pour une partie d’entre-eux par le seul stress dû à leur surpopulation, puisque il y avait encore suffisamment de nourriture pour alimenter tous ces animaux.)

    Comme quoi ce site n’est pas dédié à de l’anti-américanisme primaire, contrairement à nombre de médiats qui font de l’anti-Russie là véritablement primaire.

    • Tout-à-fait theuric 🙂
      Personnellement, je suis un ancien gaulliste qui pense que capitalisme et socialisme ne sont pas incompatibles. Ma culture internationale et mon expérience dans des multinationales américaines me permettent de comprendre les limites du néolibéralisme sauvage américain et ses dérives actuelles (les dernières en date étant le travestissement de l’histoire avec par exemple le fait que 30 millions de russes ont donné leur vie pour permettre aux Alliés de débarquer en 1944 mais la victoire est aujourd’hui présentée par les médias comme celle de l’Oncle Sam…on peut aussi citer le film « The Revenant » où Hollywood a fait croire que le génocide des amérindiens était uniquement de la faute des français et des québécois…on a été assez nul pour filer à ce film de propagande d’une violence inouïe la palme d’or de Cannes).
      Maintenant, si révéler ce genre de vérités c’est faire de l’antiaméricanisme primaire et être un suppôt du socialo-communisme, alors je suis un anti-américain de base et un sale gaucho, et j’assume…LOL 🙂

  7. @jacqueshenry : je ne sais pas si cette source canadienne est très fiable, mais il semblerait qu’un tiers du gaz de schiste de Bakken est volontairement brûlé pour les raisons que vous avez indiquées et que cela coûterait 100 millions USD par mois (ce qui montre que ce genre de productions est difficile à rentabiliser, sans compter les problèmes de qualité liés aux quantités énormes d’H2S contenues dans ces substances fossiles).
    https://www.theglobeandmail.com/report-on-business/industry-news/energy-and-resources/the-hazardous-history-of-the-oil-that-levelled-lac-megantic/article15733700/?page=all#dashboard/follows/

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