Le crabe bleu sur les côtes du sud de l’Europe, un mal mais aussi un bien !

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Extrêmement vorace et sans prédateurs le crabe bleu originaire de la côte est des USA (Callilectes sapidus) a été observé pour la première fois en 2012 dans le delta de l’Ebre en Espagne. Depuis lors sa population s’est accrue exponentiellement, éliminant systématiquement les espèces natives dont les poissons et les batraciens. Ce crabe a probablement été embarqué dans les eaux de ballasts de navires marchands qu’ils rejettent à la mer en arrivant à destination. Cette pratique permet de diffuser toutes sortes d’espèces marines d’un point du globe terrestre à l’autre et elle n’est que très difficilement contrôlable.

Cette déduction a été renforcée par les observations du Docteur Carmen Barbera du Centre de recherches marines de l’Université d’Alicante car les ports de Castellon et Barcelone sont justement infestés par ces crabes bleus. Sur la côte est des USA les crabes sont totalement inactifs pendant les mois d’hiver alors que sur les côtes espagnoles la température de la mer descend rarement en dessous de 10 degrés. De plus il existe de nombreuses lagunes d’eau saumâtre le long de cette côte et les femelles y trouvent un biotope de choix pour leur cycle reproductif favorisé par la présence d’eau douce nécessaire à ce cycle. Selon le Directeur du parc national du delta de l’Ebre ces crabes ont remonté la rivière et se multiplient de manière hors de tout contrôle. En effet durant la vie d’environ deux ans une seule femelle peut pondre jusqu’à 8 millions d’oeufs dont la gestation dure une quarantaine de jours au cours de laquelle les jeunes dévorent tout ce qu’ils trouvent y compris leurs congénères.

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Le seul prédateur sérieux de ce crabe est le poulpe, encore faut-il qu’il soit suffisamment gros pour venir à bout des puissantes pinces de ce crabe. Dans le delta de l’Ebre les mollusques tant sauvages que produits dans des fermes marines sont décimés par ce crabe qui se répand le long des côtes et par voie de conséquence la production de coques a ainsi fortement diminué. Probablement disséminé aussi par eaux de ballasts des navires ce même crabe a été localisé en Tunisie et il s’attaque aux filets de pêcheurs pour dévorer les poissons capturés mais les pêcheurs tunisiens ont capturé en six mois quelques 1450 tonnes de crabe bleu exportées en Asie et leur rapportant tout de même 3 millions d’euros.

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Dans le delta de l’Ebre c’est maintenant près d’une tonne de crabes qui est récoltée chaque jour dans des pièges appropriés. En 2018, année qui vit le début de l’organisation à grande échelle pour nettoyer le delta qui est classé patrimoine mondial, 53 tonnes ont été capturées en quelques mois pour une valeur marchande de 136000 euros. Finalement, réchauffement climatique ou non, ces crabes se sont fort bien adapté à des conditions climatiques plus favorables et si réchauffement climatique il y a, il en sera de même pour les êtres humains qui utiliseront ces modifications pour réaliser des profits inattendus.

Source et illustrations : The Guardian

7 réflexions au sujet de « Le crabe bleu sur les côtes du sud de l’Europe, un mal mais aussi un bien ! »

  1. Ces crabes colonisent des écosystèmes infiniment plus agréables que leur écosystème d’origine. On notera que l’homme n’est pas directement responsable de la réduction de la biodiversité dont ces espèces invasives sont responsables.
    Cela me rappelle l’histoire du « crabe royal du Kamtchatka », originaire de l’est de la Russie et de l’Alaska, qui a été introduit volontairement cette fois-ci par des scientifiques russes en mer de Barents pour lutter contre la pauvreté et les famines des population russes de cette partie du territoire dans les années 60.
    Ce crustacé qui pèse plus de 10 kg et dont l’envergure dépasse le largement le mètre (c’est un sacré bétail ce truc, pour l’avoir vu dans un reportage de Thalassa sur France 3), se vend très bien, compte-tenu de ses qualités gustatives remarquables. Les asiatiques en raffolent (il supporte les voyages et peut survivre plus de 30 heures hors de l’eau, ce qui facilite son exportation).
    Bien entendu, cette espèce très invasive (chaque femelle pond chaque année plus de 35000 oeufs) a migré vers l’ouest sans difficulté jusqu’en Norvège et apprécie les eaux plus chaudes que celles de son habitat naturel. Du coup, il fait le bonheur des pêcheurs scandinaves qui en tirent de très gros revenus (sans se plaindre par ailleurs de la réduction de la biodiversité qu’entraîne ce crabe, appelé aussi « le crabe de Staline »).

    • Ce même crabe qui ressemble plutôt à une araignée de mer est l’un de mes plats préférés. J’en ai dégusté plusieurs fois au FisherMan’s wharf à San Francisco un grand régal. C’est une espèce native de toute la partie nord de la côte ouest des USA. Par contre la capture systématique du crabe de cocotier (un autre vrai régal que j’ai dégusté au Vanuatu) pourrait bien précipiter sa disparition des les îles du Pacifique sud.

  2. Je n’ai pas encore goûté de crabe bleu mais la technique de pêche semble être standard et simple (casiers avec morceaux de mulet comme appâts frais)…ici, on est en Floride :

  3. À propos de réchauffement climatique, un livre à lire absolument : «Comment l’empire romain s’est effondré» de l’historien américain Kyle Harper (la traduction française vient d’être publiée par La Découverte). C’est l’Optimum Climatique Romain qui a permis l’extraordinaire efflorescence de Rome. Et sa chute coïncide avec le petit âge glaciaire de l’Antiquité tardive. Il y a aussi d’autres informations dans ce livre, notamment sur l’état de santé déplorable des habitants de Rome.

  4. Ah bon ? La prolifération des crabes bleus en Espagne ne serait donc pas due au réchauffement climatique anthropique ???
    Mais voyons, toutes les « catastrophes » environnementales en proviennent (c’est les médias, les réseaux sociaux et internet qui le disent, donc ça doit être vrai !!!)
    Comment ? certains arrivent à en tirer parti en faisant des bénéfices ?
    Mais voyons, TOUT ce qui résulte du RCA (et donc la prolifération des crabes bleus, on vadire quand même) est mauvais « pour la Planète ».
    JH fréquenter votre blog de « hérétique » va finir par être dangereux (copyright Corinne Lepage)

    • Je suis en verve ce soir (il est 23h25 à Tokyo) et je réponds d’abord à Didier. La chute de l’empire romain a été effectivement provoquée par un brutal refroidissement général. Ce refroidissement, combiné aux moeurs dégradées et à la corruption généralisée, a catalysé les invasions venues de l’est de l’Europe car plus on s’éloigne de l’océan atlantique plus il faisait froid, ce qui est encore le cas aujourd’hui. Ces faits historiques ont été parfaitement documentés. Certains ont accusé le plomb qui tapissait les aqueducs pour en assurer l’étanchéité. C’est faux car le plomb, au contact de l’eau, s’oxyde superficiellement et devient inoffensif. On a recherché en vain des éruptions volcaniques cataclysmiques, en vain, en dehors de celle du Vésuve, qui eut lieu bien avant la décadence de l’empire romain.
      Maintenant pour « pastille verte », restez attentif car je prépare un billet sur les agissements de l’industrie financière au sujet des « green bonds ». C’est tout à fait ahurissant …

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