Nouvelles du Japon : les prémonitions du Général Ishiwara Kanji

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Je suis plongé dans la lecture d’un livre passionnant que m’ envoyé un vieux copain qui est également un ami de Pierre Sevaistre, un Français ayant longtemps vécu au Japon, auteur de ce livre intitulé « Le Japon face au monde extérieur, une histoire revisitée » paru aux Editions Les Indes Savantes en 2017. L’auteur m’ayant dédicacé cet ouvrage, je pense qu’il ne me tiendra pas rigueur du fait que je cite un passage relatant les opinions incroyablement visionnaires de Ishiwara Kanji, en quelque sorte l’éminence grise de l’Empereur de l’ère Showa plus connu sous le nom de Hirohito. L’Empereur était devenu sous la pression des militaires chef suprême de l’armée japonaise, un long processus parfaitement bien décrit dans cet ouvrage.

Voici le passage relatif aux prises de position d’Ishiwara figurant à la page 144 de ce livre (illustration Wikipedia).

Ishiwara était un personnage tout à fait hors du commun, l’élite de l’élite comme aiment à le dire les Japonais, un intellectuel qui mettait en pratique ses théories. Il venait d’une famille samouraï du nord-est, c’est-à-dire du mauvais côté lors de la guerre du Boshin mais pour sa promotion à l’académie militaire impériale, la vingt et unième, cela n’était plus un problème. Comme beaucoup de ses congénères il pensait que le monde se dirigeait vers la guerre (on était en 1931) mais il allait plus loin que la plupart en prévoyant que cette guerre serait totale et finale et que c’était le destin du Japon à la tête d’un groupe asiatique incluant la Mandchourie, la Corée et la Chine de mener le monde et de lui imposer la paix impériale et l’essence nationale japonaise, le kokutai. Il y avait une base religieuse à cette idéologie puisque Ishiwara était bouddhiste de la secte Nichiren et que l’extension mondiale de cette croyance faisait aussi partie de son credo.

La création d’un Etat marionnette en Mandchourie était le premier pas afin de s’assurer les ressources nécessaires contre l’URSS. Il pensait que la Chine accepterait de se séparer de ce territoire qui était ethniquement différent et c’est pour cela que selon lui, l’armée japonaise ne devait pas aller plus au sud que la Grande Muraille. Avec le soutien des pays asiatiques, la guerre avec l’URSS pourrait durer des dizaines d’années et quant à celle contre l’Occident, et plus particulièrement contre l’Amérique, compte tenu de l’éloignement géographique, elle devrait attendre le développement de nouvelles armes, des bombes dont une seule pourrait détruire une ville entière, une précoce préfiguration de l’arme nucléaire, des avions capables de faire le tour du monde. Avec un mélange de prescience et de naïveté confondante, c’est l’homme qui a lancé son pays dans des opérations armées qui allaient le conduire de façon irrésistible à la guerre, même si c’était par le biais de chemins qu’il n’avait pas prévu.

Note. La guerre du Boshin (1869) fut une guerre civile qui opposa différents clans de samouraïs, les uns fidèles au Shogun d’Edo (ancien nom de Tokyo) et les autres proches de l’Empereur qui résidait à Kyoto. Cette guerre civile fut le point de départ de l’ère Meiji qui vit la fin des clans de samouraïs et pacifia et réunifia le Japon.

Le kokutai est une philosophie politique, culturelle et spirituelle qui englobe une série de notions dont celle d’une seule nation réunie autour de l’Empereur, garant de la morale nationale.

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