Blé : la course à la résistance aux phytopathogènes est engagée

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En 2016 la première infection du blé par le champignon phytopathogène Magnaporthe oryzae fut décrite au Bangladesh alors que depuis l’apparition de ce pathogène dévastateur spécifique du blé sa présence n’avait été mentionnée qu’exclusivement en Amérique du Sud. Il fut décrit en 1985 dans l’État brésilien du Parana et ensuite près de Sao Paulo puis au Paraguay réduisant les rendements jusqu’à 32 % malgré deux applications de fongicides. Ce champignon a également fait son apparition en Inde en 2017. On pourrait croire qu’au Bangladesh, et Inde et au Pakistan le blé n’est pas la céréale prépondérante dans l’alimentation. Il n’en est rien car la consommation de blé est en constante augmentation. En Inde par exemple chaque habitant consomme environ 60 kg de blé par an, soit un doublement depuis le début des années 1960. Ce champignon attaque l’épi et les grains sèchent sans atteindre la maturité et la menace se précise en Inde avec depuis 2017 des atteintes confirmées dans les Etats de Maldah, Murshidabad et Nadia à l’est du pays. Enfin d’autres cas sporadiques ont été décrits dans l’ouest de l’Inde et aussi au Pakistan.

Cette menace fongique pourrait atteindre l’Europe et la Russie (plus gros exportateur de blé au monde) et alors ce sera la catastrophe car cette région est la plus importante productrice de blé. Dans la situation idéologique actuelle de réduction de l’usage de pesticides les agriculteurs se retrouveront confrontés à des baisses de rendement d’environ 30 %. Si pour l’instant ce sont les petits paysans de l’Inde, du Bangladesh ou encore du Paraguay qui sont concernés le problème pour les grands producteurs de blé d’Europe sera potentiellement catastrophique. Or le blé n’a jamais fait l’objet d’une quelconque modification génétique par transgénèse. En 2004 un dossier d’homologation pour un blé résistant aux herbicides a été déposé mais il n’y a pas eu de suite. Quant au riz inutile de revenir sur le cas du riz doré dont l’interdiction constitue un véritable scandale planétaire à la suite des campagnes de la propagande honteuses de Greenpeace. Ce riz produit de la provitamine A et est nullement toxique, au contraire.

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Bref les céréales sont délaissées par les grandes firmes impliquées dans la transgénèse végétale et c’est regrettable car la sélection ancestrale consistant à réaliser des hybridations successives qui se sont étalées sur des siècles a abouti à une polyploïdie du génome tout en faisant perdre à ce dernier sa diversité génétique avec pour résultat une grande vulnérabilité aux attaques fongiques. Ainsi la majorité des gènes de résistance aux maladies se sont raréfiés alors que le génome de l’ancêtre du blé, Triticum turgide aussi appelé épeautre contient plus de 300 gènes de résistance identifiés. Dans la figure ci-dessus se trouve l’étape d’identification des gènes de résistance dans l’ancêtre du blé pour ensuite permettre leur son intégration dans le génome du blé moderne. La première étape (figure ci-dessous) consiste à appliquer un agent mutagène ( EMS = ethyl methane sulfonate) et ensuite repérer les gènes mutés ayant induit une susceptibilité, dans le cas présent, au champignon Puccinia graminis qui attaque les feuilles du blé.

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Quand les gènes ont été identifiés puis clonés ils seront réintroduits dans le blé polyploïde « moderne ». Ces gènes codent pour des protéines de résistance qui comportent des séquences riches en leucine (NLR = leucine rich repeat) et les séquences d’ADN codant pour ces protéines comportant des séquences riches en leucine peuvent être suivies au cours de la sélection au niveau moléculaire et non pas au niveau de la plante elle-même (target enrichment).

Au final cette approche de modification génétique n’introduit pas de gènes étrangers mais au contraire elle restaure des caractères génétiques et phénotypiques qui avaient disparu au cours du long processus de sélection par hybridations successives. L’utilisation de l’outil CRISPR-cas9 est alors utilisé pour la réintroduction. L’intérêt de cette approche est qu’elle est rapide mais elle nécessitera des essais en plein champ pour vérifier par exemple la stabilité de la construction en conditions réelles de culture. Il s’agit donc d’un espoir pour les pays dont l’approvisionnement en céréales est critique comme ceux cités plus haut. Il ne fait aucun doute, compte tenu de l’approche expérimentale mise au point, que ces pays autoriseront la culture de ce type de blé résistant aux attaques fongiques. Il y a en effet un caractère d’urgence qui concerne de nombreux pays dans le monde. Compte tenu des immenses enjeux économiques et sociaux il est prévisible que cette nouvelle approche de modification génétique qui n’introduit pas de gènes étrangers dans le génome de la plante sera rapidement homologuée. Il reste à connaître l’attitude qu’adopteront les récalcitrants à tout progrès scientifique ou technique que sont ces écologistes ultra-politisés qui ont déjà sur la consciences des dizaines de millions de morts depuis l’interdiction du DDT puis du riz doré …

Sources. Science magazine et Nature Biotechnology, doi : 10.1038/nbt.3543 article aimablement communiqué par le Docteur Brande BH Wulff

10 réflexions au sujet de « Blé : la course à la résistance aux phytopathogènes est engagée »

  1. Vous avez raison d’attirer l’attention sur ce problème . Mais ce n’est pas tant la découverte de variétés résistantes ou de nouvelles molécules qui inquiètent le monde agricole européen que le retrait massif de matières actives fongicides , herbicides ou insecticides .
    Sans parler des années précédentes ,la seule année 2018 voit 7 MA retirées du marché : thirame , propiconazole ,pymétrozine , diquat ,fenpropimorphe ,flurtamone , glufosinate , et les fameux néonicotinoides.
    Les chlorothalonil, CIPC, mancozèbe, époxyconazole.ainsi que le desmedipham sont sur la sellette en 2019. A ce rythme on court véritablement à la catastrophe et pas seulement en céréales .

    • Ces interdictions émanent du travail de lobbying intense des écologistes auprès des instances européennes. Il suffit de rappeler le pataquès autour du glyphosate qui est totalement infondé. Ces mêmes ONGs veulent aussi interdire la bouillie bordelaise et après ce sera le tour de l’aldicarb. Si ma mémoire ne me fait pas défaut (il y a bien longtemps que je n’ai plus le Pesticide Manual sous la main) il n’y a pas d’alternative pour l’aldicarb. Allez dire aux agriculteurs canariens de ne plus utiliser ce nématicide dans les bananeraies, ils seront immédiatement en faillite, de même que les betteraviers et les producteurs de pommes de terre. L’action irresponsable des partis écologistes va mener le monde occidental à la catastrophe. Je suis en train de terminer la rédaction d’un billet sur le « mix énergétique » qui est également une lubie des écologistes. Les chiffres fournis par l’OCDE sont terrifiants mais il ne faut pas en parler sinon on se fait insulter par ces mêmes écologistes.

    • Aujourd’hui il y a le fosthiazate ( Némathorin) , qui est utilisé sur les bananes aux Antilles par exemple: c’est moins toxique que l’aldicarbe.

    • Pour faire court , pratiquement plus aucun .Tous les traitements de semences avec un nématocide sont interdits ou autorisés sur des périodes très restrictives et pour certaines cultures uniquement (téfluthrine) notamment betteraves , maïs et chicorées mais dont le spectre d’efficacité est évidemment moins étendu que les néonicotinoides ; nécessitant 2 ou 3 pulvérisations foliaires supplémentaires ( bonjour la réduction des phytos!!) contre par ex les pucerons vecteurs de la jaunisse nanissante en betteraves notamment pouvant provoquer des chutes de rendement de l’ordre de 40% .

  2. A noter qu’il y a eu des variétés issues de transgénèse dès le début des années 80 ( ex: variété Roazon, de l’INRA, qui est le résultat d’une introgression de gènes de résistance provenant d’Aegilops ventricosa).
    Si les firmes s’intéressent peu au blé c’est parce que le marché est tout petit ( comparé au mais) puisque les agriculteurs resèment leurs propres semences ( le blé est homozygote) et que l’INRA ne s’y intéresse plus (ils semblent plus motiver par le réchauffement climatique, la biodiversité ou autres tartes à la crème d’aujourd’hui).

  3. Il est indiqué en début d’article que ce champignon est spécifique du blé: ce n’est pas le cas car Magnaporthe oryzae ( anciennement appelé Magnaporthe grisea) est connu sur le riz ( pyriculariose). Oryzae vient de Oriza ( nom latin du riz) .Il est aussi présent sur gazon et d’autres espèces ( céréales et graminées fourragères).Pour le gazon, voir le lien ci-dessous
    http://cliniquedugazon.fr/index.php/2018/09/06/pyriculariose-du-gazon-point-sur-la-maladie-et-solutions-a-mettre-en-oeuvre/

  4. Petit commentaire tangentiel sur ce billet, non pas sur les politiques actuelles de protection des cultures (qui consistent à supprimer toute la panoplie des médicaments pour les plantes), mais sur les nouveaux objectifs de notre ministère de l’écologie. De Rugy, a rugi une fois de plus et a sorti ses griffes. Attention les yeux : il n’a toujours pas compris que la France est le meilleur élève du monde en matière d’émissions de CO2, mais ce brillant esprit a décidé tout de go, sans faire d’étude de faisabilité, de diviser les émissions françaises de CO2 par 8 en 30 ans et de graver cet objectif héroïque dans le marbre de la loi (pendant que les Gilets Jaunes défilent en expliquant qu’ils n’ont plus rien à manger à partir du 15 du mois).
    Je renvoie à l’excellente analyse de Vincent BENARD, dans Contrepoints.org, qui, à partir de l’équation de Kaya (que Jean-Marc JANCOVICI adore utiliser), démontre que la réalisation de cet objectif cher aux écologistes politiques ne peut se faire qu’en acceptant de diviser la richesse de chaque français par 4 d’ici 2050 : https://www.contrepoints.org/2019/02/18/337392-de-rugy-prepare-une-monstruosite-legislative
    On voit donc clairement que le but de l’écologie politique vise -via la gestion du CO2 qui est un aliment pour les plantes et les traitements phytosanitaires qui en sont les médicaments- à transformer des sociétés post-industrielles comme la France en pays du quart-monde.
    Bonjour l’agenda de merde.
    Est-ce que les adhérents de Greenpeace, WWF et consorts ont conscience d’envoyer leurs enfants -qui défilent sourire au vent dans les rues de Bruxelles- en plein vers le couloir de la mort, avec la bénédiction de leurs parents et le zèle de ministres plus incompétents les uns que les autres ?

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