Du nouveau dans la lutte contre la malaria

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Depuis que j’ai attrapé le paludisme il y a maintenant 20 ans et que je souffre toujours de crises épisodiques, chaque fois que je trouve un article relatif à cette saloperie je me plonge dans sa lecture. Celui émanant de l’école de médecine de l’Université de San Diego à La Jolla sous la direction du Docteur Elizabeth Winzeler et paru au début du mois de décembre 2018 a attiré mon attention pour plusieurs raisons. D’abord il s’agit de travaux relatifs au Plasmodium vivax ( précisément celui qui vit paisiblement dans mon foie et me dérange parfois) mais surtout la méthodologie adoptée pour trouver de nouveaux médicaments pour tenter de tuer ce parasite à l’état de larve (on dit schizont) dans les cellules hépatiques m’a convaincu qu’il serait intéressant d’en informer mes lecteurs. Il s’agit d’un billet un peu technique mais riche en détails exposant la méthodologie adoptée pour découvrir de nouveaux médicaments. Bonne lecture car l’article original est en accès libre.

D’abord quelques petits rappels. La malaria reste toujours la maladie la plus dévastatrice dans le monde avec, chaque année, plus de 200 millions de cas (P. vivax ou P. falciparum) et près de 450000 morts également chaque année, essentiellement des enfants. Les vecteurs de cette maladie sont des moustiques du genre anophèle qui se chargent de parasites quand ils se nourrissent du sang d’un sujet en crise, c’est-à-dire ayant des parasites circulant dans le sang. Le cycle simplifié de la malaria permet de comprendre les trois étages du cycle, chez le moustique, dans le foie puis dans le sang. Il existe un traitement pour débarrasser le foie des schizonts mais il est dangereux et doit être effectué en milieu hospitalier sous surveillance médicale constante.

Il était donc particulièrement logique d’orienter des travaux de recherche au niveau du foie pour tuer les larves avec l’espoir d’éradiquer ensuite la maladie puisque le nombre de sujets en crise diminuera et les moustiques ne pourront plus répandre la maladie. La technique d’approche a donc consisté à mettre au point dans un premier temps un test in vitro rapide et sensible pour ensuite trier des molécules chimiques automatiquement à l’aide de robots puisque 538273 molécules ont été testées lors de ce programme. Il a d’abord été nécessaire de procéder à des dissections des glandes salivaires de moustique porteurs de sporozoïtes provenant de parasites génétiquement modifiés pour exprimer un marqueur pouvant être suivi par luminescence lors des tests de screening. Les hépatocytes après environ 48 heures de culture ont été inoculés avec des sporozoïtes puis soumis aux composés chimiques. Si les hépatocytes en culture étaient effectivement infectés la bioluminescence se développait et inversement dans le cas contraire. Si au moins 1 % des hépatocytes étaient infectés un signal lumineux pouvait être détecté.

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Une réponse positive des produits testés se traduisant par une bioluminescence supérieure au bruit de fond permit dans une première étape de sélectionner 9989 produits qui furent alors à nouveau testés à trois concentrations différentes pour atteindre finalement 631 produits éventuellement intéressants pour de futures études. Le processus de sélection est schématisé dans l’illustration ci-dessous :

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Pour l’anecdote, si on peut dire les choses ainsi, il fallut 18 mois pour achever le screening primaire des 538273 molécules à raison d’environ 10000 produits par semaine. La partie la plus contraignante fut d’élever les moustiques anophèles infectés et de disséquer les glandes salivaires de 1000 moustiques chaque semaine pour mener à bien l’ensemble de cette recherche. Au final 631 composés ont été alors testés à diverses concentrations et 163 d’entre eux ont montré une inhibition de la croissance des schizonts dans les hépatocytes de plus de 80 % à des concentrations inférieures à 1 nanomole par millilitre, concentration méritant une attention détaillée.

Une dernière étape de sélection a consisté à identifier le mécanisme d’action des molécules « rescapées » par étude du métabolisme global des schisonts et des hépatocytes à l’aide de la technique maintenant entièrement automatisée de détermination du « métabolome » consistant à identifier les variations de plusieurs centaines de métabolites intermédiaires par chromatographie liquide couplée à une double analyse par spectrographie de masse (LC-MS/MS). Les cibles de 18 composés de structures non apparentées ont été finalement identifiées, une partie d’entre elles perturbant la synthèse des pyrimidines au niveau de la dihydro-orotate déshydrogénase du parasite, une étape essentielle de cette synthèse, et l’autre l’activité mitochondriale du parasite au niveau du cytochrome bc1. Il reste maintenant à procéder à des essais cliniques mais organiser une telle approche nécessitera de recruter des patients atteints de malaria de type P. vivax et aussi, préventivement et en parallèle, de tester les éventuels effets secondaires sur des modèles animaux. Cet immense travail débouchera peut-être sur l’éradication de la malaria ou au moins sur la diminution des cas de transmission et de décès.

Source et illustrations. doi : 10.1126/science.aat9446 en accès libre et CDC.

5 réflexions au sujet de « Du nouveau dans la lutte contre la malaria »

    • Effectivement 450000 morts par an c’est beaucoup. D’un autre côté c’est une forme de régulation de la population, en particulier en Afrique, qui plait beaucoup aux écologistes politiques teintés de malthusianisme pour qui il y a trop d’êtres humains sur la Terre. Pourtant le monde n’arrivera à contrôler son taux de natalité que si tous les pays atteignent un stade de développement identique à celui des pays occidentaux où le taux de natalité n’a cessé de chuter depuis les années 1950.
      Pour l’anecdote j’ai proposé au Docteur Winzeler de participer aux essais cliniques qui sont envisagés puisque je souffre de malaria type vivax. J’attends sa réponse à ce jour.

      • Il y a 40 millions de naissances/ an en Afrique :le rôle de la malaria est donc marginal ( environ 1%) .De l’indépendance à 2050 la population en Afrique aura été multipliée par 10 : il est clair que la croissance économique ne peut suivre ce rythme ( malgré les immenses ressources et possibilités de ce continent )et la conséquence en sera la pauvreté et la misère pour beaucoup.Le modèle ( de transition démographique) ne s’applique pas à l’Afrique: malgré l’augmentation de l’espérance de vie et la baisse de la mortalité infantile le taux de natalité reste anormalement élevé et même augmente depuis quelques années dans certains pays pour des raisons culturelles ( refus de la contraception) et religieuses ( volonté de conquête etc..).Il n’y a pas de  » modèle  » qui s’appliquerait à tous, quels que soient les cultures, les civilisations, les ethnies, les pays,les peuples etc.., même si l’ONU en rêve et refuse de voir les réalités. Les Africains ne sont ni des Japonais, ni des Chinois, ni des Européens..

      • Un côté « amusant » de la natalité en Afrique, c’est de prendre en compte, non seulement le nombre d’enfants moyen par femme en âge de procréer (plus de 7 en MOYENNE au Niger), mais par homme, qui, dans le même pays est pratiquement du double, soit 13 enfants…(évidemment l’âge de procréer est plus large chez les hommes…)

  1. Bonjour, vous souffrez de la malaria?? vous pourriez peut-être essayer de prendre de l’artémisia annua en tisanes https://www.altheaprovence.com/blog/artemisia-annua-armoise-annuelle-anti-malaria-et-anti-cancer/
    et en espagnol une petite vidéo explicative https://www.youtube.com/watch?v=HXveUdSTNIM&index=4&list=PLhBX71_0ZZuk7X5XQcgmCj5NW25mAybf4&pbjreload=10
    A condition de ne pas prendre déjà des médocs contenant de l’artemisine

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