L’Europe va plonger avant la fin de cette année dans une crise économique majeure

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Alors que l’Iran a déposé un recours auprès de la Cour de Justice Internationale (organisme dépendant des Nations-Unies) pour obtenir la suspension des sanctions US contre ses exportations de pétrole, l’Union Européenne se prépare au choc économique qu’elle devra subir lorsque les sanctions américaines seront entièrement appliquées le 4 novembre prochain. Les intentions américaines sont claires : réduire à zéro les exportations de pétrole iraniennes et mettre à genoux l’économie et la finance iraniennes. La conséquence sera une augmentation du prix du pétrole et les décisions de la Maison-Blanche affecteront les économies de bien d’autres pays. Les pays de l’Union Européenne encaisseront le choc ou bien se battront-elles contre les USA ?

L’Iran est le troisième plus important producteur de pétrole de l’OPEP après l’Arabie Saoudite et l’Irak avec une production quotidienne de 4 millions de barils. En ce moment de vastes régions du monde, Amérique du Nord, Europe et Asie du Sud-Est entrevoient une embellie économique qui a eu pour conséquence une augmentation de consommation de pétrole de 1,5 millions de barils par jour depuis 2017, augmentation qui a eu pour effet une augmentation du prix du pétrole. Comme l’Iran l’a déjà signalé, s’il est contraint de réduire ses exportations à zéro (l’objectif de la Maison-Blanche) l’OPEP ne pourra pas faire face à la demande des pays importateurs. La conséquence sera une tension sur les prix qui aura pour effet d’entraver la croissance économique de tous les pays importateurs. Les USA doivent donc s’assurer, avant de mettre en place leur embargo sur le pétrole iranien, que le marché mondial du pétrole soit approvisionné. Mais à la vue de la demande actuelle en pétrole cet objectif n’est qu’un voeu pieux car les exportations du Vénézuela s’effondrent et l’OPEP a conclu un accord avec la Russie pour réduire de 1,8 millions de barils par jour la production par rapport à celle de 2017.

Les firmes pétrolières occidentales cessent déjà leurs opérations en Iran et les sanctions américaines atteignent les pays alliés des USA en particulier l’Union Européenne. Le bloc européen est dépendant des importations de pétrole à hauteur de 98 % et avec un euro qui commence à se déprécier par rapport au dollar, une augmentation du prix du pétrole ne pourra qu’aggraver la situation économique de l’Europe. Un pétrole plus coûteux va tout de suite compliquer la situation de l’économie allemande, fer de lance de l’ensemble de l’économie européenne. La politique exportatrice de l’Allemagne est en effet très sensible aux chocs économiques extérieurs. Les commandes de produits manufacturés allemands ont déjà considérablement réduit et selon des enquêtes récentes réalisées auprès des entreprises allemandes celles-ci indiquent qu’une augmentation du prix du pétrole sera gravement dommageable pour l’ensemble du tissu industriel allemand.

Si l’Europe doit craindre un effet négatif des sanctions contre l’Iran, la législation extra-territoriale américaine doit être également redoutée par les entreprises européennes : en se retirant du marché iranien elles vont de facto perdre des dizaines de milliards de dollars en raison des accords d’investissements sur le long terme ayant été conclus depuis la mise en place du traité qui a été dénoncé par les USA. Le cas de Total est emblématique. Cette société a signé un accord pluriannuel de 5 milliards de dollars avec l’Iran pour l’exploitation de l’immense gisement gazier de South Pars. Aujourd’hui Total se bat pour désinvestir en Iran avant la date du 4 novembre 2018. Dans cette perspective Total et Shell viennent de cesser toute importation de pétrole iranien. Les autres raffineurs européens ont également sensiblement réduit leurs achats de pétrole iranien alors que les gouvernement des pays européens tentent d’imaginer un statut de blocage des sanctions américaines pour protéger les entreprises européennes actives sur le sol iranien. Jean-Claude Junker a par exemple déclaré que « c’est une devoir pour l’Union Européenne de protéger le marché en Iran en particulier des petites et moyennes entreprises européennes ». Cette décision est entrée en vigueur le 7 août mais elle n’est pas claire car Bruxelles négocie toujours une protection de ces entreprises de taille moyenne. La décision européenne n’est pas seulement une résistance de principe mais elle repose sur une nécessité économique.

En effet l’Europe va se trouvée confrontée à deux défis avant la fin de cette année : non seulement les sanctions américaines contre l’Iran qui prendront effet le 4 novembre mais fin octobre les sanctions contre le géant russe de l’aluminium Rusal prendront également effet. Ainsi les pays membres de l’UE seront exposés à deux chocs : une raréfaction du pétrole et de l’aluminium, un véritable ouragan pour les indicateurs économiques.

Exactement comme pour l’Iran les USA n’ont pas consulté leurs partenaires européens en mettant en place au mois d’avril les sanctions contre Rusal. Presque immédiatement les marchés de la bauxite et de l’aluminium métal sont devenus chaotiques avec des prix à la hausse qui vont se répercuter sur les consommateurs finaux. Les acteurs du marché de l’aluminium de chaque côté de l’Atlantique ont tenté de rechercher d’autres fournisseurs sans grand succès et les négociants ont accepté d’emblée une augmentation de 20 % de l’aluminium métal. En Allemagne l’autorité Wirtschafts Vereinigung Metalle qui représente 655 entreprises métallurgiques a averti du risque de voir de nombreuses petites entreprises baisser le rideau en raison de l’augmentation du prix de l’aluminium mettant en danger une multitude d’autres petites et moyennes entreprises du pays. Le futur d’une myriade de petites entreprises sous-traitantes de grosses entités industrielles comme Daimler ou Volkswagen qui représentent 13 % de la force de travail européenne pourrait être compromis. Elles représentent, seulement en Allemagne, 60 % des emplois … Avec une augmentation prévisible du prix du pétrole autant dire que l’économie européenne – et allemande en particulier – va vivre une période noire avec des conséquences sur l’emploi incalculables.

La politique commerciale américaine choisie par le Président Donald Trump est clairement en conflit avec les intérêts essentiels des pays membres de l’Union Européenne : le pétrole et l’aluminium sont essentiels pour maintenir la santé de l’économie. Cette rafale de sanctions décidée par la Maison-Blanche doit être prise pour ce qu’elle est réellement : une menace existentielle pour la multitude d’entreprises européennes qui concourent au maintien de l’Union Européenne. Il reste à espérer que les autorités de Bruxelles ne baisseront pas leur culotte devant la Maison-Blanche (l’expression est de mon cru, en anglais « One can hope the Europeans will not waver in their determination to stand up to the White House« ).

Traduction par votre serviteur d’un article de Scott Belinski paru sur le site Oilprice.com il y a trois jours. Les ajouts entre parenthèses ne sont pas de l’auteur mais de votre serviteur pour une meilleure compréhension du texte original.

9 réflexions au sujet de « L’Europe va plonger avant la fin de cette année dans une crise économique majeure »

  1. « Les pays de l’Union Européenne encaisseront le choc ou bien se battront-elles contre les USA ? »

    Des lavettes ne peuvent que baisser la queue et la replier entre les jambes, tenues en laisse par leur bon maître Donald. Qui fera confiance à un accord avec les USA à l’avenir?
    L’Europe, combien de divisions ❓
    La devise US : Ce qui est à toi est à moi. Sacré respect de la propriété privée.

  2. Les U.S.A. jouent leur survie, autant en tant que pays que d’empire.
    Avec ses près de 40% de chômeurs (102 millions pour 325 M. d’habitant, en retirant 20% de personne dans l’incapacité de travailler, faites le compte) il s n’ont pas d’autre choix.
    De plus, à l’image de l’empire romain qui s’était retiré de la Bretagne (Grande-Bretagne d’aujourd’hui), l’empire U.S. se retire de l’Europe, pour les mêmes raisons, ils ne sont plus dans la capacité de défendre leur possession.
    Cerise sur le gâteau, si je puis dire, l’Allemagne taille des croupières économiques outre-Atlantique, il leur faut donc la couler.
    Le seul truc rigolo, si l’Allemagne coule, l’euro disparait, l’Union-Européenne suit, le dollar plonge et l’économie-monde explose.
    Un effet domino, quoi.

    • Février 2017, la courbe de chômage passe aujourd’hui en dessous des 4,7%.
      Et en juillet 2018 : WASHINGTON (Reuters) – Les inscriptions hebdomadaires au chômage ont reculé de manière inattendue la semaine dernière aux Etats-Unis, à un creux de plus de 48 ans et demi, signe de la robustesse du marché du travail.
      Alors @Theuric d’où tenez vous ce chiffre de 102 millions de chômeurs ?

    • Cher Francis Matton,
      Il y a un petit peu moins de deux ans, j’avais recueilli le taux de chômage U.S., tout compris sur le site Businessbourse ( https://www.businessbourse.com/ ), qui traduit pour le non anglophile que je suis des textes traitant d’économie.
      Vous y trouverez ici ( https://www.businessbourse.com/2018/05/09/usa-un-taux-de-chomage-au-plus-bas-avec-pres-de-96-millions-damericains-en-dehors-du-marche-du-travail-cqfd/ ) leur dernier papier là-dessus datant du moi d’Avril, là ( https://www.businessbourse.com/?s=ch%C3%B4mage+aux+usa ), toujours sur le même site l’ensemble des textes sur ce thème.
      Et enfin, vous trouverez sur mon blog le calcul que j’avais effectué de ce pourcentage ( http://nouvelhumanisme.hautetfort.com/archive/2016/10/15/reflexion-mathematique-sur-le-pourcentage-de-chomeurs-aux-u-5861010.html ) en me basant sur les chiffres fournis sur ce même site.
      Vous connaissez, comme nous tous, comment calculer un pourcentage, une toute bête règle de trois suffit, j’avais appris ça en C.M.1 et vous avoue que j’adorais ça.
      Sachant que règle de trois et fraction sont de même famille.
      Si j’avais refait ces calculs c’est parce que les chiffres et les pourcentages fournis ne cadraient pas avec les pourcentages déclarés.
      Ce qui ne peut qu’être la même chose en France.
      Ce qui me surprends le plus c’est que depuis tant de longues décennies l’empire U.S. nous fait prendre des vessies pour des lanternes et qu-il y ait encore tellement de gens pour tenter de s’éclairer avec.

      • Olivier Delamarche le répète depuis des années, les Américains trafiquent leurs statistiques. S’il y avait le plein emploi aux USA il y aurait par conséquent de l’inflation car la demande serait supérieure à l’offre. Or ce n’est pas le cas : les chiffres de l’inflation sont aussi truqués ! Je prends le cas de l’Espagne, pays où je vis depuis plus de dix ans. Le chômage est d’environ 16 % de la population active. Certes il a baissé mais au prix d’une émigration massive de personnes qualifiées et diplômées qui ne sont donc plus inscrites au chômage. Dans la réalité c’est comme aux USA, des petits boulots de merde le plus souvent au noir car les employeurs potentiels n’ont pas les moyens de payer les charges sociales. Un mois au black et après tu cherches autre chose. J’ai observé ça dans les restaurants. Les serveuses restent rarement plus d’un mois dans le même restaurant. C’est exactement la même situation aux USA et le BLS a l’audace de comptabiliser tous les « small jobs part-time », du coup les statistiques sont biaisées. Au Japon, pays que je connais bien, il n’y a pratiquement pas d’inflation et pour quelle raison alors que ce pays manque cruellement de main-d’oeuvre, le taux de chômage y est en effet de 3 %. Tout simplement parce que comme en Allemagne les salaires sont bloqués exactement comme en Allemagne. Prenez la peine de voir Emmanuel Todd décrire le parallèle entre le Japon et l’Allemagne c’est très instructif !

  3. une autre distorsion des chiffres du chômage US : la population carcérale, non négligeable (2 à 3 millions ?), « exclus » des stats sur la population active, même si ils font un job en prison.

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