L’évolution à venir du prix du pétrole : de quoi être inquiet …

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Le premier janvier 2020 les bateaux devront réduire l’utilisation de fuels lourds riches en soufre d’une teneur de 3,5 % à seulement 0,5 %. Il s’agit d’une décision de l’Organisation Maritime Internationale (IMO) dont l’objectif est de réduire les émissions d’oxydes de soufre dans l’atmosphère. Cette décision prise au début de l’année 2017 pourrait avoir de graves conséquences sur l’ensemble de l’économie mondiale, conséquences qui n’ont pas été mesurées par le monde politique ni naturellement prévues par l’ensemble de l’industrie pétrolière ni par les transporteurs de fret maritime. Quand on sait que plus de 80 % des marchandises sont transportées par mer et que les moteurs des bateaux brûlent du fuel lourd visqueux présentant des propriétés lubrifiantes indispensables pour le bon fonctionnement de ces moteurs diesel deux-temps l’ensemble de ces deux professions, armateurs et pétroliers, vont devoir prendre des dispositions particulièrement lourdes financièrement.

Les gaz de combustion des bateaux peuvent être équipés de scrubbers pour piéger les oxydes de soufre. Il s’agit d’installations injectant des produits neutralisant les oxydes de soufre comme par exemple de la chaux et cette opération peut être effectuée en milieu humide ou semi-humide. Il faut cependant stocker les condensats aqueux qui devront ensuite être traités à terre. Tout celà a un coût. Modifier les moteurs pour qu’ils puissent fonctionner avec des distillats plus légers ayant une teneur en soufre conforme aux directives de l’IMO va non seulement occasionner des surcoûts pour les compagnies maritimes mais également poser un réel problème pour les raffineurs car non seulement ils ne sauront plus comment disposer de ces huiles lourdes riches en soufre dont le principal marché – à plus de 60 % – est le transport maritime mais elles ne disposent pas des capacités de raffinage pouvant assurer un approvisionnement suffisant pour les quelques 45000 bateaux sillonnant les mers dans le monde.

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L’autre solution encore plus coûteuse pour les affrêteurs est d’utiliser du gaz naturel liquéfié comme combustible. Or cette solution nécessite de revoir l’ensemble des systèmes de propulsion des bateaux. Autant dire que même Maersk, le plus gros affrêteur du monde, ne peut pas se permettre d’envisager des investissements aussi conséquents. La situation présente est donc la suivante : attendre de voir ce qui va se passer dans la réalité après le premier janvier 2020 car il sera difficile de contrôler tous les bâteaux individuellement et il n’existe pas à l’heure actuelle de systèmes de détection satellitaires fiables pour suivre les émissions des bateaux sur toutes les mers du globe.

Quelles vont être les conséquences sur l’économie mondiale ? Elles vont être tout simplement catastrophiques et dévastatrices. Tout d’abord le transport maritime va entrer en directe concurrence avec les autres marchés du fuel léger pauvre en soufre, les trains, les véhicules automobiles et les petites centrales électriques d’appoint qui sont tenues de par la loi d’utiliser ce genre de combustible. Il va donc y avoir un renchérissement conséquent du prix du fuel léger puisque la demande sera divertie vers le transport maritime, secteur économique qui utilise près de 5 % du pétrole extrait dans le monde.

Malgré la désaffection des consommateurs, en particulier européens, pour la motorisation diesel, les capacités de raffinage seront loin d’être suffisantes pour répondre à cette demande. Dès le début de l’année 2020 tous les distillats de pétrole, qu’ils soient légers ou lourds, verront leurs prix augmenter substantiellement. Les compagnies pétrolières et les raffineurs chercheront à s’approvisionner en pétroles pauvres en soufre comme le WTI (West Texas Intermediate), le LLS (Light Louisiana Sweet) ou encore le Brent de la Mer du Nord. Il en résultera une augmentation généralisée du prix du baril de pétrole mondial qui, selon certains analystes, atteindra au moins 200 dollars. (Source : pkverlegerllc.com)

D’autres études dont celle de la Columbia University sont plus optimistes mais cette dernière insiste sur le fait qu’en moyenne 20 % du contenu d’un baril de pétrole ne trouvera plus d’acheteur, justement ce fuel lourd, soufré et visqueux utilisé aujourd’hui pour la propulsion maritime. Les raffineurs ne disposent pas de capitaux pour aménager des installations de cracking, de purification et de raffinage ultérieur de ces fractions lourdes et ils devront stocker ces résidus en attendant des jours meilleurs car les technologies n’existent tout simplement pas aujourd’hui … Il faut donc s’attendre à un renchérissement de tous les produits pétroliers ce qui ne va pas être très favorable à une économie mondiale déjà en perte de vitesse.

Sources et illustrations : https://www/pkverlegerllc.com/assets/documents/180704200CrudePaper.pdf et energypolicy.columbia.edu

11 réflexions au sujet de « L’évolution à venir du prix du pétrole : de quoi être inquiet … »

  1. La date de la décision internationale n’est pas précisée. Les constructeurs de moteurs ont probablement eu le temps de se retourner ? L’étude du bilan des grands transporteurs maritimes et des principaux raffineurs devrait être significative et montrer qu’ils ont pris le virage du traitement du soufre. Malgré les difficultés on ne peut que se réjouir de la lutte contre le soufre dans le carburant.

    • L’IMO a arrêté sa décision en 2016, de mémoire. Il aura fallu donc trois ans aux grands constructeurs pour amorcer un virage dans la motorisation des bateaux. Les sociétés comme Maersk n’ont commandé que très peu de scrubbers : il n’y a eu que 250 commandes de ce type d’équipements pour l’instant car il faut réaménager les soutes pour qu’elles reçoivent des réservoirs de stockage des eaux produites par le scrubber. Tout ça est coûteux. De plus brûler du fuel léger (utilisé pour les moteurs diesel des voitures et camions) nécessite également la mise en place à bord d’un équipement de lubrification supplémentaire avec centrifugeuses pour éclaircir les huiles, encore un surcoût que les armateurs ne peuvent pas envisager.
      Le passage au carburant diesel léger va entrainer une augmentation astronomique du carburant pour les automobiles diesel et pour le chauffage domestique. Dans l’hypothèse la plus radicale le prix du litre de diesel pourrait atteindre 10 euros. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles l’industrie automobile a entrepris une reconversion vers la voiture hybride ou électrique que je ne pense pas motivée par le fameux « dieselgate ». Enfin il est peu probable que les raffineurs soient prêts à créer de novo des installations susceptibles de traiter le DTS-5% qui est un produit « poubelle » du raffinage et dont ils se verront privés de leur clientèle traditionnelle. Il me semble que les cimenteries sont autorisées à utiliser ce produit car les fours sont déjà munis de scrubbers et de dépoussiéreurs dans la mesure où elles brûlent en particulier des pneus dont la matière est riche en soufre. Il reste que l’impact sur les prix des produits pétroliers et du transport maritime portera un sérieux coup à l’économie mondiale …

  2. Ces précisions sont utiles pour comprendre. Comme pour d’autres sujets on voit mal qui est derrière des décisions internationales qui apparaissent trop brutales pour être appliquées. Si c’est pour limiter les exportations chinoises c’est raté car les routes de la soie sont bien parties ! Il faut pourtant se réjouir de la diminution du soufre dans les carburants. Allergique aux produits soufrés je ne peux que me réjouir de leur réduction dans nos pratiques, les volcans en cracheront toujours bien assez !

  3. Ces précisions sont utiles pour comprendre. Comme pour d’autres sujets on voit mal qui est derrière des décisions internationales qui apparaissent trop brutales pour être appliquées. Si c’est pour limiter les exportations chinoises c’est raté car les routes de la soie sont bien parties ! Il faut pourtant se réjouir de la diminution du soufre dans les carburants. Allergique aux produits soufrés je ne peux que me réjouir de leur réduction dans nos pratiques, les volcans en cracheront toujours bien assez !

  4. enfin, voilà une bonne décision
    nos enfants sont sauvés
    car c’est vrai que toutes ces émissions au milieu de l’océan indien, au milieu de l’atlantique nord, et sud, au milieu de… nulle part, c’est trop important non.
    Paraît que les mouettes ont de l’asthme?
    Et ces oxydes de souffre, ça fait de l,acide sulfurique, qui dissout les coraux,ah non, ça c’est le CO2
    Les zozos verts courent comme des poulets sans tête,et Mme Michu suit sans réfléchir
    J’ai vu un article sur la foire agricole de Libramont:Bruxelles y est pour faire étalage de l’agriculture urbaine, et on note la représentation… des avocats,mais pas du fruit, non, non,

    reste que les gros paquebots de croisière eux, sont concernés au premier chef, mais cela reste marginal, et on peut très bien alimenter les bateaux à quai avec du bon courant… nucléaire
    On vit une époque formidable,voilà qu’il fait chaud… en été, du jamais vu
    Ces salauds de scientifiques de tout poil ont réussi à polluer notre belle planète,et à détraquer le thermostat, qui, c’est bien connu, était sur la bonne t°,avec leurs trouvailles à la con, vivement que l’on revienne au temps béni de l’eden, et en attendant, payons pour nos fautes,repentons nous, et cultivons 3 carottes et 2 navets sur notre balcon

    • Sans rire, poivrons, cornichons et fraises sur un balcon vitré, cela marche d’enfer. Les cornichons ne supportant pas d’être arrosés, expérience inoubliables à Genève … Quelques pesticides (pucerons), et de superbes fraises au gout incroyable. Vivement la chaleur…

  5. Cela a tout d’une guerre commerciale : L’Amérique accepterait-elle de se couper du reste du monde ? L’Australie se retrouve encore plus au sud. Quant à la ville du Cap, cela deviendra le nouvel Ushuaïa, au bout du bout du monde !

    Ce n’est pas le premier objectif / saut dans l’inconnu que les politiques imposent aux sociétés. J’ai même un peu l’impression que c’est un jeu de dupe…

    • Certains cabinets d’analystes financiers prévoient que le baril de pétrole pourrait atteindre 400 dollars au cours de l’année 2020 en raison de cette régulation imposée aux compagnies de transport maritime, une régulation naturellement télécommandée par des ONGs qui veulent sauvegarder l’état de la planète (sans citer de noms) mais les conséquences seront désastreuses. Imaginez un seul instant que le prix du gasoil (diesel et chauffage domestique) soit multiplié par 5 … Puisque ces économistes prévoient une crise économique à venir, je parie gros qu’elle adviendra en 2020 en raison de cette régulation stupide. Je vais vous donner un exemple concret : ici à Tenerife le volcan Teide en sommeil depuis près de 200 ans dégage dans l’atmosphère chaque jour 6 tonnes d’oxydes de soufre et d’hydrogène sulfuré. C’est à peu près ce qu’on gros porteur dégage pour relier Rotterdam à Philadelphie chaque jour. Combien existe-t-il de volcans dans le monde qui fument et émettent des oxydes de soufre tous les jours ?
      Les ONGs, qui veulent que tout le monde régresse et revienne au paléolithique, rêvent complètement. Cette régulation est une pure folie !

  6. C’est très bien. Le coût du transport maritime devrait exploser et donc rendre beaucoup moins intéressants les transports intercontinentaux inutiles qui n’engraissent que les marchands. Les production locales seront privilégiées et c’est tant mieux.

    • Cela va tout de même renchérir des produits utiles, sans oublier les « îliens » qui risquent de voir la fréquence des passages de cargo se diviser.
      L’Afrique est un continent avec un intérieur difficile.
      Quant au bloc Eurasie, je vous renvoie aux nouvelles sur la future « route de la soie » ou Silk road (Cf. commentaire précédent de Louis Monceauxl).

      • Le problème de la route de la soie terrestre n’est pour l’instant pas encore résolu. D’une part il y a des différences d’écartement des rails entre la Chine et la Russie et également entre la Russie et l’Europe occidentale. D’autre part pour que 100 % du fret maritime en provenance de Chine vers l’Europe soit acheminé par voie ferrée il faudrait un train de 1 km de long (standard européen) toutes les heures 24/24 7/7 or ce n’est pas possible puisque de très longues portions des lignes existantes sont à une seule voie. Enfin ces lignes ne sont pas électrifiées en raison des distances et les locomotives sont des diesel … La route de la soie nouvelle version n’est donc pas pour demain !

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