Les kava-bars reviennent à la mode … à New-York

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Lorsque j’habitais à Port-Vila (Vanuatu) j’avais été sollicité par une petite société pour mettre en place un laboratoire d’analyses chimiques pour certifier la qualité du kava (Piper methysticum) qui était exporté vers l’Europe et les USA. Outre le tourisme c’était la seule activité locale rapportant des devises à ce petit pays, les anciennes Nouvelles-Hébrides, rare condominium franco-britannique issu de l’ « Entente Cordiale » mise en place entre le Royaume-Uni et la France au début du XXe siècle. Le kava, un arbuste de la famille du poivrier, présente une richesse d’alcaloïdes particuliers dans ses racines, tous très amers et dont l’un est de couleur jaune intense. Etant le seul biologiste présent dans ce pays j’avais acquis une certaine notoriété auprès des exportateurs de kava et j’avais été reçu par le Ministre de l’Industrie locale pour me féliciter de mon activité bénéfique pour le pays.

J’avais au cours de cet entretien situé dans les anciens locaux de l’hôpital français de Port-Vila mis en garde le Ministre au sujet de la dégradation de la qualité du kava – ce nom signifie « amer » dans la langue des Îles Marquises – exporté vers l’Europe. Bien que les racines séchées au sol provenaient d’arbustes sains des exportateurs peu scrupuleux bâclaient ce séchage pour augmenter leurs profits puisque la matière était facturée au poids. Il en résultait au cours du transport, bien qu’aérien, l’apparition de moisissures et il arriva ce qui devait arriver : plusieurs personnes consommatrices régulières de kava moururent à la suite de graves problèmes hépatiques provoqués par la présence d’aflatoxines ou d’autres mycotoxines produites par ces moisissures. Le kava fut donc interdit en Europe et les « kava-bars » parisiens ou allemands, pâles reproductions des nakamals du Vanuatu disparurent au grand dam des amateurs qui prisaient les vertus relaxantes de ce breuvage (photo, source AFP).

Les alcaloïdes du kava furent incriminés à tort car la consommation quotidienne d’une décoction des racines de cette plante répandue des Marquises jusqu’en Nouvelle-Calédonie, un gros consommateur de kava du Vanuatu, n’a jamais été décrite comme toxique pour le foie. La presse à grand tirage s’accapara de cette affaire et l’interdiction du kava fut entérinée alors qu’aucune base scientifique ne pouvait appuyer une telle décision. Jamais le rôle des aflatoxines ne fut évoqué dans cette histoire déplorable. Comme j’étais moi-même exportateur de kava avec mon associé local je finis par plier bagages à la suite de cette interdiction.

J’avais pourtant mis au point une technique de préparation d’extraits secs de kava qui servaient à fabriquer des petits gâteaux genre sablés en remplaçant une partie de la farine avec cet extrait. Chaque petit gâteau contenait l’équivalent en kavalactones d’une bolée du jus amer préparé par simple macération des racines broyées dans de l’eau et l’effet amplifié par la présence de beurre, un excellent « solvant » des kavalactones, avait pour un temps seulement assuré ma subsistance à Port-Vila car ma production avait remporté un vif succès auprès des touristes australiens ou néo-calédoniens mais aussi des consommateurs locaux de kava. C’était pour l’anecdote.

Depuis lors le Vanuatu, le plus gros exportateur de kava, en particulier vers la Nouvelle-Calédonie et l’Australie, a mis en place dès l’année 2002 un contrôle strict de la qualité des lots exportés. Aux USA, la FDA a mis en garde les consommateurs de kava à propos de l’éventuel effet hépatotoxique du kava. Cette plante est tolérée et la mode des « kava-bars » a récemment refait surface à New-York. Il est important pour les curieux d’ajouter que les kavalactones présentent le même effet pharmacologique global que le valium mais ne provoque pas d’accoutumance comme cette benzodiazépine. Ceci explique sa popularité soudaine à New-York et il serait intéressant qu’en France, le plus gros consommateur d’anxiolytiques d’Europe les kava-bars réapparaissent et proposent des bolées ou des petits sablés contenant ces principes actifs du kava. Note : les aflatoxines sont des substances produites par certains champignons du genre penicillium qui outre le fait qu’elles sont cancérigènes provoquent une nécrose du tissu hépatique par ingestions répétées à des doses infinitésimales de l’ordre de quelques dizaines de parties par milliard.

Source très partielle et illustration : AFP

7 réflexions au sujet de « Les kava-bars reviennent à la mode … à New-York »

  1. Le Kava, en plus d’être un mot intéressant au Scrable, est une plante dont j’ignorais tout.
    Vous faites, Jacqueshenry, un travail des plus passionnant, en cela je vous en remercie.
    Tiens, pour le biologiste que vous êtes, je vais vous raconter une petite histoire.
    A maintenant 59 ans, j’ai toujours souffert de tremblements plus ou moins forts suivant les déséquilibres métaboliques du moments, faim, soifs, émotions, fatigue physique, nerveuse ou mentale, tout fait corps, si je puis dire (ce qui, pour boire une tasse de café ou manger des petits-pois me pose, parfois, bien des misères).
    Jusqu’à l’année dernière, j’y donnais une raison purement psychanalytique, mais cela se heurtait au fait que, bon an mal an, j’avais, en trente ans, sut mettre en lumière, et dès lors réorganisé, la multitude de désordres psychologiques qui ponctuèrent mon existence, surtout la plus jeune.
    En 2017 j’appris donc, de la bouche de ma marraine (et oui, je fut baptisé catholique, moi d’une famille communiste anticléricale et le seul à l’ avoir été de mes frères et sœurs, ce que j’appris à 50 ans, vous voyez la difficulté), ma marraine, donc, laissa à ma mère, lorsqu’elle m’attendait, soit en 1958, sa fille malade de la rubéole.
    J’imagine là vos yeux ronds, oui, j’aurais pu naitre aveugle ou débile.
    Mais bon, d’apprendre ça me permis de comprendre pourquoi j’eus tant de difficulté, enfant, à apprendre mes leçons, bien que je mémorise facilement les idées, et pourquoi j’étais incapable de peindre ou crayonner sans déborder de la marge.
    Quand à mon écriture très irrégulière…, je m’aperçus, par la suite, que la raison en était que certains de mes gestes ne pouvais pas avoir la précision requise, un O, par exemple, ne me pose pas de problème, mais un M, un N, un U ou un L peuvent prendre leur indépendance, acquérir une jambe supplémentaire ou dépasser les limites d’une graphisme conforme.
    C’est intéressant, non?
    Si j’écris cela, c’est aussi pour avertir les jeunes femmes, faites-vous vacciner contre la rubéole.
    Pour moi ce ne fus pas grave et, même, par compensation, cela me permis de développer des talents qui, sûrement, n’auraient jamais pu prendre place sinon.
    Même si je dus, pendant des décennies, batailler ferme pour comprendre les déséquilibres qui me taraudaient et même si ma vie affective est un désert.
    Mais songez, mesdames, à ce qu’il vous arriverait si vous vous retrouviez avec un enfant au très fort handicape, de la culpabilité au temps perdu, voire au divorce ou à la séparation.

    • Il me semble que le vaccin contre la rubéole est obligatoire pour les femmes désireuses d’avoir un enfant. C’est le cas au Japon, en Corée et en Espagne et je crois aussi aux USA, GB, Canada. S’il n’est pas obligatoire en France cela veut dire que mon pays natal rétrograde dans un obscurantisme inquiétant, pour le pays de Pasteur ce serait un comble !
      Pour ce qui est de vos remarques personnelles, je ne suis pas médecin mais je suspecte que votre mère a été en contact avec le virus et que votre cerveau en développement a souffert légèrement de la maladie qui est parfois totalement asymptomatique.

      • C’est également ce que je pense.
        Je me sens parfois comme John Dalton analysant les effets de son daltonisme, ce qui est des plus passionnant.
        Mais aussi dans une réflexion sur les théories d’Alfred Adler, médecin-psychanalyste, élève bien moins connu de Freud dont il s’éloigna pour des raisons conceptuelles, au métabolisme fragile, il étudia et développa, entre-autre, le concept de complexe d’infériorité enfant et adulte dû, pour parti, à ce qu’il appelait les désordres organiques.
        Ce qui ouvre une large plage de considérations d’intrications entre la vie sociale et celle, individuelle, de chacun d’entre-nous.
        Quand à l’obscurantisme de nos contemporains, effet de ce que je nomme notre moyen-âge moderne, il pourrait être bien, comme vous le dites, infiniment plus patent en France.
        Bien que, quand nous voyons les décisions politiques et économiques qui se prennent en Chine, en Inde, en Allemagne, aux Etasunis et par ceux qui gouvernent l’Union-Européenne, entre-autre, il me semblerait bien que ce mal soit partagé par un grand nombre de nos contemporains à toutes les échelles sociales de la société.

  2. OMG, nous sommes en France, phare du monde et schizophrène avéré(e), surtout dans les « hautes sphères », médiatiques et politiques, voire scientifiques.
    Si le kava, correctement traité et préparé a les effets que vous décrivez, et je fais confiance au biologiste, attendons-nous à quelques années d’études, comités, rapports, suivisi de débats (pourquoi pas parlementaires ?), expertises, contre-expertises, avis des Hulot, Lepage et tant qu’on y est Yann artus Bertrand (…) et le kava sera, peut-être autorisé sous contrôle médical, bien que non remboursé par la Sécu…
    Bon OK j’arrête mes délires « complotistes »… quoique… 🙂

  3. En parlant de nourriture, vous dites souvent à quel point le gras est bon et le fructose est mauvais.
    Avez vous entendu parler des « keto diets », diètes cétogène en français. Le principe et de supprimer le plus possible les glucides et de les remplacer par du gras.
    Qu’en pensez vous ?

    • J’avoue que je n’ai pas vraiment une opinion précise. Il faut manger sainement et équilibré, c’est le bon sens. Tout excès est préjudiciable pour la santé. J’ai fait une petite expérience il y a quelques années consistant à me nourrir durant 5 jours uniquement avec un litre de lait entier quotidien, deux à trois litres de bière et 20 grammes de levure fraiche en fin d’après-midi. Je n’ai ressenti aucune faiblesse … Coût quotidien : moins de 3 euros, ça laisse rêveur !

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