L’histoire génétique de la laitue

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La laitue est le légume le plus répandu sur la table de salle à manger. C’est une composée de la famille des Asteracées et l’ancêtre des variétés cultivées est la Lactuca serriola. Elle fut déjà cultivée 2500 ans avant l’ère présente en Egypte et en horticulture seules les variétés à feuilles abondantes sont cultivées à quelques exceptions près. En Asie certaines laitues sont cultivées pour leur tige florale qui est comestible et en Egypte d’autres variétés sont appréciées pour l’huile de leurs graines. Pour y voir un peu clair dans l’évolution des variétés de laitue les ADNs de 260 cultivars de laitue ont été séquencés et la localisation sur l’ensemble des 10 chromosomes de la plante, depuis l’ancêtre L. serriola à ne pas confondre avec la scarole qui est une chicorée et non une laitue, de plus de 1 million de mutations ponctuelles (SNPs) ont été identifiées et 506821 d’entre elles ont été ultérieurement analysées. Le génome de la laitue, comme d’ailleurs celui de beaucoup de végétaux est plus complexe que celui de l’homme puisqu’il comporte 4,7 milliards de bases alors que le génome humain n’en comporte que 3,3 milliards dont 22300 gènes. Et pourtant celui de la laitue ne code que pour 22039 gènes.

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Chaque cultivar (par exemple pour la laitue romaine 31 spécimens ont été analysés) forme un sous-groupe génétique. Il y a 9 groupes distincts de cultivars comprenant également la laitue cultivée pour ses graines et la laitue dite atypique proche de la romaine. L’analyse des SNPs a permis de remonter dans le temps. C’est ainsi que la laitue a été domestiquée pour la première fois 10829 années avant l’ère présente dans le « Croissant Fertile » c’est-à-dire que la laitue faisait partie des premières plantes domestiquées par l’homme. Les premières divergences génétiques sont apparues 1922 ans avant l’ère présente et correspondent à l’apparition de la laitue en Chine. La romaine, la laitue frisée et la laitue-beurre ont divergé environ 500 ans avant l’ère présente. Aujourd’hui pour les 30 millions de tonnes de laitues produites chaque année (Europe : 2,4 millions de tonnes) tout ceci paraît anecdotique mais ce qui est intéressant de retenir est l’extrême stabilité de l’ensemble des gènes codant pour le métabolisme des flavonoïdes, certains de ces composés chimiques présentant des vertus médicinales et conférant parfois à la laitue son goût légèrement amer ainsi que les gènes impliqués dans la synthèse des anthocyanes comme par exemple pour « la feuille de chêne » ou la romaine rouges.

Source : doi : 10.1038/s41467-017-02445-9

Je n’ai pas trouvé les noms communs en français des cultivars représentés dans cette étude et donc j’ai traduit les noms  anglais. Mes lecteurs s’y retrouveront. Illustration : looseleaf = laitue à feuilles détachables, butterhead = laitue-beurre, crisphead=laitue croûtée ou frisée, oilseed=laitue oléagineuse, romaine=laitue romaine sont des cultivars de la laitue Lactuca sativa. L. saligna et L. virosa sont des ancêtres de L.sativa.  Prochain article dans cette même rubrique : la pomme de terre.

6 réflexions au sujet de « L’histoire génétique de la laitue »

  1. Découvrir ainsi que, vu sous l’angle de la génétique, la laitue arrive, en quelque sorte, à « mettre minable » l’espèce humaine a finalement quelque chose d’assez rassurant et ne peut que renforcer notre besoin vital d’humilité !
    Bon, au final, il semble bien que pour le moment nous conservions le dessus puisque, jusqu’à preuve du contraire, c’est l’homme qui croque la laitue et non l’inverse (quoiqu’en y réfléchissant à deux fois…).

    P.S. Factuellement, « l’ère présente » est encore et toujours l’ère chrétienne, et il ne me semble donc pas inconcevable de continuer à utiliser les repères « avant et après J.C. » et cela quelle que soit la vigueur actuelle du « croissant fertile » 😉

    • Les Anglo-saxons utilisent l’abréviation BP (before present) pour avant JC et pour l’ère présente n’utilisent pas d’autre indication du moins dans les articles scientifiques. Je me plie donc à cet usage

      • Les Anglo-saxons sont habiles et sournois, ne l’oublions pas.
        Une raison, arbitraire certes, mais suffisamment valable, du moins à mon sens, pour ne pas se soumettre à leurs injonctions fussent-elles du seul ordre langagier, car le diable (décidément !) se cache souvent dans les détails 😉
        Mais bon, je ne vais pas en faire toute une salade…

  2. Encore une plante qui apparaît, enfin ici on dit « domestiquée » dans le croissant fertile ! Ancien jardin de l’Eden ! Exactement la ou la civilisation reparaît en premier après le prétendu déluge !
    Il faudrait se poser la question d’un design intelligent ou d’une importation extraterrestre !
    Bien souvent, lorsqu’on compare le génome de la plante sauvage avec l’équivalent « domestiquée », on observe simplement que le nombre de chromosomes est différent, cas par exemple du riz, de l’olivier …. je ne connais aucune espèce qui gagne ou perd des chromosomes par croisement et sélection et lorsque c’est accidentellement le cas c’est stérile !
    Que pensez vous d’un design intelligent ?
    Dans le cas de l’olivier la mythologie grecque semble aussi le confirmer !
    Il existe toutefois une technique pour améliorer les plantes et leurs génomes … il s’agit de traiter les graines avec de la colchicine, l’on obtient des « individus » polyploïdes, lorsqu’on traite 1000 graines … 998 donneront des « monstres » inutiles 2 pour cent des « monstres » utiles qui seront alors sélectionnés pour leurs avantages … Cette méthode fut largement utilisée pour « améliorer » nos plantes domestiques dont le cannabis mais je pense aussi les céréales …
    Serait il possible que nos anciens connaissaient cette méthode ?

    • Je doute que les « anciens » aient eu vent de cette technique qui s’appelle mutagenèse. Il y a d’autres techniques comme l’irradiation, un programme financé par l’Agence internationale de l’énergie atomique. Pour une origine extra-terrestre, j’émets de sérieux doute au sujet de cette hypothèse car l’étoile la plus proche du Soleil est proxima centauri et se trouve tout de même à 4,6 années lumière (de mémoire).
      Maintenant si nous, primates intelligents, sommes différents des bonobos c’est tout simplement un autre facteur mutagène constant et omniprésent : la radioactivité naturelle à laquelle il faut ajouter les rayons cosmiques, qui a permis des accumulations de mutations et le temps a fait le reste.

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