La crise du beurre français, un mauvais roman

Au mois d’octobre dernier la France a connu une « crise du beurre » qui fut provoquée par une conjonction tout à fait inattendue d’évènements mondiaux. Il paraît invraisemblable qu’un pays comme la France qui dispose de régions entières où la production laitière est prédominante puisse se retrouver en quelques jours totalement à court de beurre et pourtant c’est ce qui est arrivé. Quand la Commission européenne a supprimé les quotas laitiers en 2015, la surabondance de lait a encouragé les éleveurs à diminuer d’eux-mêmes leur production, diminution qui a atteint rapidement 3 % dans l’Union européenne, zfin de maintenir un niveau satisfaisant du prix du lait. Or comme les sociétés de production de beurre, ni plus ni moins un sous-produit de la crème elle-même un sous produit du lait semi-écrémé dont les consommateurs son friands pour je ne sais quelle raison, travaillent à flux tendu alors le prix du beurre s’est mis à augmenter mais pas suffisamment pour que les éleveurs puissent maintenir leur niveau de revenu. D’autre part la pression de la grande distribution pour maintenir un niveau de prix acceptable – pour eux et leurs profits mais pas nécessairement pour le porte-monnaie du consommateur – a encouragé les producteurs de beurre (et non pas de lait qui resteront toujours les dindons de la farce) à rechercher d’autres débouchés plus lucratifs en terme de profit.

Et comme la Nouvelle-Zélande venait de souffrir durant l’été austral 2016-2017 d’une sécheresse exceptionnelle et que ce pays est le premier exportateur de beurre dans le monde les cours internationaux du beurre ont augmenté. Ce début de crise s’est aggravé avec une réduction sensible des exportations de beurre par les USA qui eux aussi, dans le même temps voulaient maintenir un certain équilibre de leur marché national du beurre. Du coup, subissant la pression des grands groupes de distribution d’une part et faisant face à une production de lait en diminution les fabricants de beurre français, entre les mains de quelques trois ou quatre grosses sociétés qui s’entendent entre elles sur les prix de gros, se sont tout simplement tournés vers l’export.

Et ce qui devait arriver arriva : plus de beurre sur les linéaires réfrigérés des supermarchés. En France quelques petites coopératives laitières se sont spécialisées dans le beurre haut de gamme mettant en avant la région d’origine, l’AOP, ou la teneur en matière grasse. Sur ce dernier point la teneur en matière grasse est inversement corrélée à la teneur en eau résiduelle du beurre, c’est donc un argument de marketing en trompe-l’oeil mais tous les consommateurs se laissent piéger gentiment. La question que devraient se poser les producteurs de lait français afin de sortir de leur marasme financier est l’opportunité de se réunir en petites coopératives et de produire un beurre de qualité tenant compte par exemple de la couleur, donc de la richesse en carotène, ou encore de produire un beurre à partir de lait fermenté ou enfin de produire du lait à partir d’un cheptel de race bien précise comme la Jersey ou la Grisonne situé dans une zone géographique restreinte. Mais je dois rêver debout …

En effet, la complexité administrative existant tant au niveau européen qu’au niveau national (France mais aussi le fait d’autres pays européens) rend toute initiative innovante vouée à l’échec. De plus les grandes firmes de production de beurre et de dérivés laitiers n’accepteront jamais que des éleveurs marchent sur leurs plate-bande avec leurs godillots bouseux ! On en est là et ce sont encore une fois les petits producteurs de lait qui trinquent … Les Américains, beaucoup plus libéraux dans le domaine agricole, ont fait preuve de créativité comme le montre l’illustration en tête de billet où seule figure pour la France le beurre de baratte d’Echiré qui se vend très bien à l’étranger via Amazon et Zabar, merci pour eux ! L’avenir des producteurs de lait ressemble à celle de ces petits brasseurs de bière qui apparaissent partout et qui commencent (microscopiquement encore) à concurrencer les monstres mondiaux de la bière industrielle.

Source et illustration : Bloomberg

2 réflexions au sujet de « La crise du beurre français, un mauvais roman »

  1. Billet très intéressant…qui confirme une règle générale du business : « plus on est proche du client, et plus on se gave »…donc les producteurs de lait qui sont loin du client final sont condamnés à faire les marges les plus faibles.
    On assiste ainsi à une réduction de la production de lait en France (et dans l’UE).
    Conséquence directe ou indirecte : le marché du beurre est structurellement décroissant :
    en effet, la France importe 200,000 T de beurre par an et en exporte deux fois moins.

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