Nouvelles de Tokyo (Shibuya)

Après l’Arabie Saoudite où le Prince héritier, préparant les purges exceptionnelles auxquelles il devait penser, avait octroyé il y a une dizaine de jours la citoyenneté officielle à un robot, peut-être pour remplacer tous les « corrompus » du Royaume par des robots bien propres, c’est maintenant au tour de la ville de Shibuya, en réalité un quartier de Tokyo bien connu des touristes, de franchir le pas et de déclarer citoyen à part entière un robot. Il s’agit d’un enfant de sept ans dont le minois est le résultat de la synthèse de centaines de visages de passants parcourant le célèbre Shibuya Crossing (voir le lien) pris en photo pour créer le visage de cet enfant ressemblant à s’y méprendre à n’importe quel enfant de cet âge au Japon.

Il ne risque pas de souffrir d’allergies ni de tabagisme passif et il sera dédié à la prise de photos et à l’observation minutieuse des passants, un robot espion ? Dans un deuxième temps il prodiguera des conseils d’un voix suave aux résidents du quartier dans le cadre d’une mission consistant à servir d’interface entre eux et la mairie centrale de Tokyo, tout un programme !

Source et illustration : BioEdge et pour les curieux : http://www.youtube.com/watch?v=_9pavMzUY-c

6 réflexions au sujet de « Nouvelles de Tokyo (Shibuya) »

  1. Une vingtaine d’années passées au sein d’une entreprise japonaise en France et une demi-douzaine de séjours effectués, professionnellement pour la plupart, sur l’archipel, m’ont appris à aimer ce pays et son exceptionnelle civilisation, à apprécier la civilité au quotidien ainsi que l’obstination (frisant parfois l’entêtement, leur principal point faible peut-être) de ses habitants et à envier leur stoïcisme.
    Pionnier et précurseur dans le domaine de la robotique, le Japon semble encore l’être largement, et ce jeune garçon-robot Mirai, cyber-citoyen de Shibuya, en apporte une preuve souriante.
    Il n’en reste pas moins que pour un esprit formé au moule des humanités classiques, cette évolution prométhéenne du monde a quelque chose de terrifiant…

    • Mon fils est allé ce dimanche présenter mon petit-fils aux dieux de l’Olympe shintoïste. La tradition veut que après un certain nombre de mois sur Terre il faut aller faire des dévotions. Je viens de séjourner trois semaines à Tokyo et je suis toujours aussi étonné par l’amabilité et le respect constants des Japonais en particulier ma belle-fille et mes petits-enfants à qui a été inculqué ce respect et ce sens du devoir dont devrait s’inspirer l’Education nationale française si tant est qu’on peut encore parler d’ « éducation » dans les écoles. Tout se passe avant dix ans chez un enfant.
      Je connais le Japon depuis maintenant plus de dix ans et j’admire les « vieux » de plus de 80 ans qui travaillent encore. Il y a un blanchisseur dans une rue piétonne près de la maison de mon fils et je me demande si la vieille maison en bois où il a sa petite entreprise et à l’étage de laquelle il habite vraisemblablement ne va

  2. C’est vrai, l’expérience de l’harmonie partagée et de la cohabitation acceptée par quasiment tous les japonais a quelque chose d’assez vertigineux pour le voyageur européen, à fortiori français, qui découvre ou revient au Japon. Le retour au pays d’origine est d’ailleurs toujours assez brutal, la replongée dans la goujaterie (au moins pire) quotidienne sitôt franchies les portes de la zone de bagages de Roissy s’avérant toujours assez déprimante !
    Les esprits chagrins disent parfois que cette apparente harmonie n’est que l’expression d’une simple nécessité démographique, compte tenu de l’exceptionnelle densité de population du pays. Mais je pense pour ma part que cela relève plutôt d’une philosophie de la vie bien plus profonde, ancrée au coeur du peuple et peut-être liée à la fragilité sismique du territoire, partagée en permanence par ses habitants.
    Pays de contrastes et de paradoxes, le Japon reste avant tout -et par bonheur encore- l’espace d’un art de vivre, raffiné et séculaire. On imagine souvent le Japon sous la seule forme des métropoles gigantesques et grouillantes qui le constituent, c’est exact sur la bande côtière, mais le territoire recèle d’étonnantes zones de campagne fort peu peuplées. Je garde le souvenir de plusieurs voyages sur l’île de Kyūshū, et à moins de 50 kilomètres de Kumamoto de m’être retrouvé au milieu de paysages ruraux de moyenne montagne n’ayant rien à envier à ceux de notre Jura ou de notre Auvergne. Et là, comme à Tokyo ou à Osaka, s’exprimait dans la façon d’être et de recevoir l’étranger la même attention et la même respectueuse et toujours souriante (parfois un peu forcée sans doute) déférence.
    Puissent les divinités Shintô préserver encore longtemps ce joli miracle japonais…

    • Quel beau commentaire !
      La belle-famille de mon fils est originaire de Shikoku et il adore cet endroit. Maintenant pour suivre vos précédentes remarques au sujet des robots je ferai trois remarques. Tout d’abord les voitures sans chauffeur : il s’agit d’une sorte de robot qui ne veut pas dire son nom. Je considère que c’est un non-sens technologique qui ne se développera jamais, une lubie de Google qui veut réaliser des profits avec toutes les mémorisations (Google street) dont disposent ses ordinateurs pour les vendre au prix fort aux constructeurs. Il y a quelques semaines une voiture sans chauffeur a écrasé un enfant à Miami et ce simple fait divers révèle la totale incongruité de cette technologie. La deuxième application des robots ce sont les drones que l’on peut également considérer comme des machines automatiques encore pilotées de loin par des humains comme un ordinateur programmé par l’homme pilote des robots le long des chaines de montage des voitures ou des réfrigérateurs ou encore des smart-phones. Là encore, du moins pour les drones militaires, il y a une sorte de déviance en ce qui concerne ce type de machine. Enfin, le troisième type de robot est le smart-phone lui-même qui peut être équipé de toutes sortes d’accessoires et d’applications pour effectuer des analyses sanguines, des tests bactériologiques, la qualité de votre rythme cardiaque et bientôt détecter des tumeurs ou des pathologies naissantes, Kétaï (japonais) qui vous conseillera de prendre rendez-vous avec un spécialiste en urgence … mais aussi de décider à votre place quel est l’endroit approprié pour faire du shopping ou vous indiquer le meilleur endroit du coin pour manger un ramen. Avec un portable on peut maintenant tout faire et n’importe quoi ! Et ce type d’objet est tout à fait effrayant, du moins en ce qui me concerne.
      Pour l’anecdote j’ai un smart-phone, il est éteint et rangé dans un placard. Je n’en trouve aucun usage satisfaisant …
      Ma petite-fille a un kétaï mais elle ne peut qu’appeler sa mère, sa grand-mère et son père et en cas d’urgence la police et être appelée par ces derniers. À la maison c’est à qui entre son frère et elle qui se servira de l’iPhone du père ! Là où il y a un réel danger c’est la façon dont cette génération émergente et baignée dans l’électronique omniprésente (ma petite-fille utilise une tablette pour apprendre les kanji connectée à l’école avec son professeur) arrivera à gérer cette invasion des I Tech dans sa vie quotidienne. Comme pour l’avenir de la biologie moléculaire et de ses applications je n’arrive pas à imaginer comment mes petits-enfants vivront dans 20 ou 30 ans …

  3. Bonjour,
    Je n’ai malheureusement ni la formation, ni la compétence scientifique requise pour apprécier la validité réelle des dernières avancées de la technologie et en particulier des systèmes de gestion automatisés qui fleurissent un peu partout aujourd’hui. Mais je partage totalement votre point de vue sur l’inanité des voitures sans chauffeur. Sauf à interdire autoritairement la circulation des automobiles actuelles pour laisser le champ libre aux « nouvelles venues » (vaste programme !) et à barder simultanément l’ensemble des piétons et cyclistes d’un attirail connecté permettant leur détection constante (vaste programme N°2, même si, vous avez raison le smartphone représente une première avancée dans ce sens), comment organiser de façon efficace la cohabitation apaisée de tous ces éléments mobiles sans créer un gigantesque chaos ? Les plus puissants calculateurs s’y casseraient probablement les dents !
    Reste que l’évolution fulgurante des techniques a tout de même quelque chose de fascinant ; amateur de moto, je suis resté bouche bée face au prototype de deux roues auto-stabilisé que Honda a présenté récemment >> https://www.youtube.com/watch?v=fWEOXuiDqh4 . Je ne sais si le plaisir tenant de l’acrobatie que procure normalement ce style de véhicules sera ainsi préservé, mais la performance est tout de même bluffante.
    Quant à l’emprise quasi-carcérale que les téléphones dits « intelligents » exercent dans notre mode de vie moderne, je vous rejoins là aussi Je pense profondément que l’homme a, ou en tout cas avait jusqu’à présent, besoin de la fragilité et des incertitudes qui marquent son existence pour se construire et s’accomplir. Et je ne suis pas certain que le contrôle permanent dont il fait désormais l’objet soit compatible avec ce besoin quasi-viscéral de liberté.

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