Géopolitique : avec les sanctions US contre la Corée du Nord, l’Iran et la Russie qui va sortir gagnant ?

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Pour se faire une idée du vent de folie qui souffle sur Washington il suffit de constater le vote des deux chambres en faveur des sanctions économiques qui ont pour but d’isoler la Russie, l’Iran et dans une moindre mesure la Corée du Nord du marché économique mondial puisque c’est le dollar qui est utilisé pour la très grande majorité des échanges commerciaux dans le monde. Un vent de folie à Washington devenu caricatural avec l’affaire de l’interférence russe dans le processus électoral américain, une psychose montée de toutes pièces par la CIA avec le concours inconditionnel des médias pour satisfaire la doctrine des néoconservateurs à savoir maintenir l’hégémonie américaine sur les sources d’énergie mondiales. Les conflits soigneusement organisés par les USA en Irak puis en Libye et enfin en Syrie n’étaient motivés que par ce souci géopolitique de maintien de cette hégémonie américaine sur le pétrole et le gaz de ces pays. La levée de façade des sanctions contre l’Iran, un autre pays très riche en hydrocarbures, à la suite de l’accord relatif au programme nucléaire iranien, a donc été remise en cause par le Congrès et le Sénat américains dans un vote unanime (moins 5 voix) digne d’un pays totalitaire, c’est presque risible. Ce n’est pas la première fois que les USA dénoncent ignominieusement des accords passés et c’est déplorable, plus aucun pays ne peut leur faire confiance.

Il n’y a plus de démocratie aux USA, c’est le complexe militaro-industriel et l’intelligentsia néoconservatrice qui dirigent le pays. Le président Trump a été relégué au rôle de marionnette et il ne dispose dorénavant d’aucun pouvoir. Ce vote l’a réduit au silence et il a signé, un couteau sous la gorge, la décision de Capitol Hill. Il lui reste trois ans et six mois à faire les cent pas dans le bureau oval …

Mais qui va bénéficier de ce coup stratégique foireux américain ? De toute évidence les deux pays les plus friands en hydrocarbures, la Chine et l’Inde, vont tout naturellement se tourner vers la Russie. Il existe déjà des accords de swap yuan-rouble et les exportations de pétrole et de gaz russes vers la Chine ne passeront pas par la case dollar. Il est évident qu’il va en être de même avec l’Inde dans un très proche avenir. Le projet en cours de réalisation de la nouvelle route de la soie ne bénéficiera pas à l’Europe qui se trouvera de plus en plus isolée et vassalisée par Washington. C’est aussi ce que veulent les néocons américains : que l’Europe, incontestablement la première puissance économique mondiale, ne porte pas ombrage à la « Grande Amérique Démocratique » montrée en exemple à tous les pays du monde. Quelle mascarade !

Restent les mesures de rétorsion que peut décider Vladimir Poutine. Il y a par exemple le titane : Boeing importe plus du tiers du titane nécessaire à la construction des avions depuis la Russie. L’uranium (voir note en fin de billet), c’est encore plus critique puisque les capacités d’enrichissement américaines ne suffisent tout simplement pas à assurer le rechargement des réacteurs nucléaires et les USA importent du combustible enrichi made in Russia. Le zirconium et le tantale font également partie des exportations russes vers les USA comme les diamants industriels, la Russie étant le premier producteur de diamants noirs du monde. Plus de diamants, plus de trépans, plus de forages pour le fracking, plus de gaz, plus de pétrole de schiste … Il se trouve qu’Airbus et Areva ou encore Total en France vont également souffrir d’un embargo sur les exportations russes vers l’Europe et des sanctions contre l’Iran. Les médias n’ont retenu que la première mesure prise par Poutine, à savoir expulser des diplomates américains, ce n’était qu’un rideau de fumée car si Poutine décide d’un embargo total vers l’Europe sur de nombreuses matières premières essentielles pour l’économie européenne et en particulier allemande, le prochain hiver va être très rude, surtout sans gaz naturel !

Finalement c’est Poutine – le pragmatique – qui sortira gagnant dans cette histoire. Quant à imaginer un conflit nucléaire nul n’y songe vraiment car en quelques heures seulement l’humanité, les grenouilles, les hirondelles et les pandas seraient totalement anéantis.

Source et illustration : inspiré d’un article de Pepe Escobar paru sur le site informationclearinghouse.com .

Note : Dans l’illustration en tête de billet ne figurent que les importations d’hydrocarbures russes par l’Europe. Le cas de l’uranium est pourtant hautement significatif puisqu’il s’agit d’une ressource énergétique au même titre que le gaz naturel et le pétrole ou le charbon. Pour information la Russie est le plus important producteur mondial de SWUs, terme technique acronyme de Single Work Unit ou Separative Work Unit qui se réfère à la quantité d’énergie nécessaire pour produire de l’uranium enrichi à 3,75 % d’isotope 235 et qui fixe le prix de l’uranium enrichi sur le marché. À titre d’exemple le rechargement en combustible d’un réacteur d’une puissance électrique de 1300 MW nécessite 1 million de SWUs par an. La Russie, bien que n’arrivant qu’en sixième position dans le monde pour la production d’uranium naturel sous forme de « yellow cake » loin derrière le Kazakhstan, le Canada et l’Australie est cependant le premier pays du monde pour l’enrichissement et la production d’uranium combustible devant l’Europe (Allemagne, Pays-Bas et Grande-Bretagne), la Chine, la France – pour ses besoins domestiques – et les USA. La Russie contrôle 45 % des SWUs produites dans le monde et les USA importent 90 % de l’uranium combustible de leurs réacteurs nucléaires qui produisent plus de 20 % de l’électricité consommée dans le pays. Pour information également l’uranium extrait au Canada ou au Kazakhstan est majoritairement enrichi en Russie et dans une moindre mesure en Allemagne et aux Pays-Bas. Le vote des deux assemblées de Capitol Hill a été acquis sous le coup de l’émotion entretenue par les médias mais les conséquences risquent d’être très douloureuses pour le secteur énergétique américain. (Source : World Nuclear Association)

5 réflexions au sujet de « Géopolitique : avec les sanctions US contre la Corée du Nord, l’Iran et la Russie qui va sortir gagnant ? »

  1. Nous arrivons à la dernière ligne droite.
    L’effondrement économique mondial actuel, dans une situation de surfusion puisque la production de monnaie est plus rapide que la désindustrialisation, va, en Europe et aux U.S.A., subir un choc, ce choc qui conduira à ce cataclysme financier puis celui de l’économie réelle, ou l’inverse, sait-on jamais.
    Préparez-vous au mieux parce que ces événements risqueraient fort de se développer avec une rapidité effroyables.
    En fait, je soupçonne que ce vote aurait d’origine de faire plonger les bourses pour que quelques énormes banques fassent de juteuses affaires.
    Or, je ne pense pas qu’elles aient saisi la fragilité extrême du système économique globalisé, sinon elles n’auraient pas agi de la sorte en forçant les congressistes étasuniens à une telle violence.
    Tout comme l’empire romain à sa fin, celui U.S. est pris du vertige de l’hybris, et tout comme le premier, il s’effondrera sous peu en emportant tout avec lui.

  2. Ce billet très instructif me rappelle la célèbre pensée d’Alain : « Tout pouvoir sans contrôle rend fou ».
    Je rajouterais modestement deux autres pouvoirs occultes aux USA : le renseignement (CIA, NSA,…), et la grande finance mondiale.
    L’actuel locataire de la Maison Blanche (qui pensait à tort qu’un pays se gère comme une entreprise) doit découvrir maintenant que « sans la maîtrise, la puissance n’est rien ».
    A ce propos, j’ai découvert récemment que le Président des Etats-Unis n’a qu’un accès de 22 (« clearance level ») aux documents classés confidentiels sur une échelle qui en compte 40 environ. Les services de renseignements outre-atlantique estiment en effet que tout président américain n’est qu’un employé temporaire.
    Poutine quant à lui n’a pas l’air d’avoir ce genre de problèmes.

  3. La Chine en profitera plus que l’Inde, grâce au Yuan, monnaie concurrençant le $ qui ne vaudra bientôt plus des cacahuètes. Et encore… même plus son pesant…

  4. A propos d’embargos, il faut savoir que ceux-ci se contournent facilement en faisant transiter les produits via certains pays (moyennant leur ré-étiquetage) qui ensuite sont acheminés en Russie.
    Les Européens doivent se montrer un peu plus malins que la moyenne pour continuer à faire des affaires avec la Russie. Il se produira probablement la même chose pour les métaux en sens inverse et des groupes américains comme Boeing pourront continuer à produire.
    Par contre, pour le nucléaire, ça devient nettement plus compliqué…à moins de monter une filière de marché noir entre Etats concernés.
    Je suppose que c’est pour ça que Trump a signé le décret autorisant les sanctions contre la Fédération de Russie en twittant dans la foulée que cette décision du Congrès américains était une idiotie.

    • Votre remarque sur l’embargo est juste. D’ailleurs la Russie est vendeuse pour l’argent qu’elle fait gagner à ses entreprises.

      Trump en a dit plus qu’une idiotie, puisqu’il a fait un discours où il a distingué la Russie des 2 autres pays, et promis de faire une demande d’avis à la Court Suprême. Et éviter le piège d’un « impeachment » pour haute trahison, en passant !
      On peut lire ce discours sur le site TheDuran : « Trump sidesteps impeachment trap in sanctions law and prepares challenge to Supreme Court »

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