Il n’y a plus d’antibiotiques pour soigner la chtouille …

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Les maladies contagieuses sexuellement transmissibles sont les plus répandues dans le monde. Les dernières statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sont éloquentes : plus de 350 millions de personnes dans le monde souffrent d’une quelconque de ces maladies, soit 1 million de nouveaux cas par jour dont 210000 cas de blennoragie (primo-infection ou récidive). Si les dizaines de milliards de dollars consacrés à la mise au point de thérapies adaptées au virus du SIDA (AIDS) ont porté leurs fruits, ainsi que la mise au point d’un vaccin dirigé contre l’hépatite C, il en est tout autrement avec les redoutables bactéries provoquant la blennorragie, le gonocoque (Neisseria gonorrhoeae) et la syphilis (Treponema pallidum) qui sont en recrudescence constante y compris dans les pays de l’OCDE (voir note). Alors que l’incidence de la blennorragie avait diminué de plus de 90 % avec la découverte de nouveaux antibiotiques les médecins, tenus dans beaucoup de pays du monde de déclarer officiellement les cas de blennorragie aux autorités, se trouvent confrontés à une résistance aux antibiotiques qui est devenue préoccupante pour ne pas dire alarmante. Trois cas de blennorragie réfractaires à tous les antibiotiques connus viennent d’être décrits récemment, en Espagne, en France et au Japon.

En Afrique, le continent le plus touché par la blennorragie, l’incidence est de 5,68 cas pour mille adultes, femmes et hommes, et tous les pays de la zone Pacifique-Ouest et Asie du Sud-Est sont également touchés. Mais comme cette maladie ne présente le plus souvent pas de symptômes chez les femmes les données rassemblées par l’OMS sont largement sous-estimées. Les symptômes de la blennorragie chez l’homme sont également ambigus dans la mesure où une autre maladie sexuellement transmissible peut conduire à une erreur de diagnostic. Il s’agit des chlamydioses (Chlamydia trachomatis) également asymptomatiques chez la femmes et l’une des premières causes de cécité dans les pays en développement, en particulier en Afrique. La situation est donc compliquée et ce d’autant plus que le corps médical s’était habitué au traitement – pour la blennorragie – efficace à l’aide d’une dose unique de céphalosporines modifiées de dernière génération. Or ce type de protocole de traitement a tout naturellement favorisé l’apparition de résistances.

Aujourd’hui (voir le lien) l’OMS tire la sonnette d’alarme à l’échelle mondiale car il n’existe plus aucun antibiotique efficace contre le gonocoque. Cette bactérie est difficile à cultiver dans un laboratoire de bactériologie hospitalier courant afin de procéder à un diagnostic et de déterminer les éventuelles résistances aux antibiotiques. L’OMS préconise la généralisation du diagnostic directement avec l’ADN de la bactérie qui est très rapide mais nécessite un équipement coûteux, en particulier pour les pays en développement. À ce diagnostic du gonocoque peut être facilement adjoint celui des chlamydia. Cependant comme la résistance aux antibiotiques est portée par ce que l’on appelle des plasmides, des petits ARNs le plus souvent circulaires que les bactéries se transmettent entre elles très rapidement, l’équipement permettant un diagnostic rapide de l’une ou l’autre bactérie (ou les deux) mentionnées ci-dessus ne peut pas analyser ces plasmides.

En dernier ressort et avant qu’une nouvelle molécule soit découverte l’OMS préconise l’utilisation d’un cocktail de plusieurs antibiotiques à défaut d’autres alternatives mais ce protocole reste délicat à mettre en oeuvre. Reste le bon vieux préservatif mais le Vatican en interdit l’utilisation …

Note. Au cours de la période 2013-2014 34 pays africains ont signalé des cas de syphilis à l’OMS mais également 9 pays de l’Union européenne dont la France.

Source : Plos Medicine, doi : 10.1371/journal.pmed.1002328.t001 Illustration : Neisseria gonorrhoeae

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