Réflexions éthiques très personnelles

Réflexions éthiques très personnelles

Il y a quelques jours ma fille m’apprenait qu’elle s’était liée d’amitié avec de nouveaux voisins de sa rue, un couple avec des enfants à peu près du même âge que mes derniers petits-enfants. L’un d’eux présente de graves troubles du comportement et de la compréhension basique de son entourage. J’ai fait remarquer à ma fille qu’avec sa mère nous avions eu trois enfants en bon état apparent à la naissance et qui avaient confirmé au cours de leur croissance cette santé tant physique qu’intellectuelle, et nous avions été chanceux. Je m’étais posé cette question avec mon épouse, question que tous les couples en âge de procréer doivent à un moment où à un autre se poser : quel choix faire devant un nouveau-né visiblement mal formé ou handicapé ? Je crois que ce fut la seule occasion où avec la mère de mes enfants nous arrivâmes à un accord spontané puisqu’elle me répondit, pensive : « on prendra un oreiller et … »

Si je fais part à mes lecteurs de cette réflexion c’est tout simplement parce que j’ai entrevu dans la presse qu’une sage-femme avait été accusée d’avoir fait passer de vie à trépas beaucoup de nouveaux-nés durant sa carrière et qu’il fallait que la société la punisse. J’avoue que je n’ai pas suivi la suite de ce fait-divers mais il m’est revenu un autre évènement en mémoire. Je devais avoir 13 ou 14 ans et ma mère, qui fut infirmière dans sa jeunesse, recevait à la maison une amie intime, sage-femme de son état. Je me souviens, pour l’anecdote, qu’elle était très belle et que j’étais comme transi d’admiration sous le charme et la douceur qui se dégageaient de ses traits et de son regard, sensible comme je l’étais, alors en pleine puberté, à l’attrait féminin, une sensibilité qui ne me quitta d’ailleurs jamais, mais je m’égare …

Au cours d’une conversation avec ma mère dont les moindres détails restent encore aujourd’hui gravés dans ma mémoire tant je fus effrayé par ses propos cette dame avoua que durant sa carrière elle avait probablement occis proprement et sans état d’âme au moins (mais certainement beaucoup plus) une centaine de nouveau-nés qui pour elle, grande connaisseuse en la matière puisqu’elle en avait mis au monde des milliers, ne méritaient pas de vivre. Ils seraient une charge pour leur parents durant des années. Pour cette dame (je ne sus jamais si elle exerçait encore à l’époque son métier de sage-femme) rien de plus simple que d’étouffer un nouveau-né quelques minutes après la naissance, un enfant qui comme elle se plaisait à le dire « ne méritait pas de vivre ».

Ce souvenir resta enfoui dans ma mémoire jusqu’à la lecture de ce fait-divers. Quand j’y repense, non pas au fait-divers mais aux propos tenus par cette amie de ma mère, il me paraît possible de tolérer une telle attitude puisque les critères de « sélection » – si on peut dire les choses ainsi – qu’avait choisi cette sage-femme étaient, en apparence uniquement, la conséquence d’un déficit moteur détecté par l’absence de réflexes traduisant donc une souffrance cérébrale préjudiciable au développement de l’enfant. Il ne s’agissait certainement pas d’eugénisme mais d’un simple « devoir » professionnel bien compréhensible. Quoi de plus insupportable pour une telle personne, devant sa conscience, que d’avoir permis à un enfant de vivre handicapé à vie ? Aujourd’hui les règles de l’éthique et la justice interdisent ce genre de pratique. Mais ne correspond-t-elle pas à une attitude instinctive répandue dans le monde animal dont, je le rappelle, nous faisons partie ? Quand une chatte met bas sa portée, il lui suffit de quelques heures pour détecter celui ou ceux de ses chatons qui ne sont pas en bon état de santé. Elle les élimine promptement pour ne pas porter préjudice non pas à sa vie future – ce qui est le cas dans le propos de ce billet – mais à la portée de chatons dont elle doit s’occuper activement. Certes, je ne me permettrai pas d’établir un parallèle entre les humains et les chats (ou les chiens et bien d’autres mammifères) car une telle démarche entacherait mon propos de zoomorphisme. Ce qui en réalité différencie l’homme et l’animal est la notion de morale et de respect de la vie.

Ce dernier point soulève naturellement toutes sortes d’interrogations. Peut-être que la biologie moderne permettra de trouver une solution sans bousculer les règles fondamentales de l’éthique. Car en définitive, qu’une femme se soumette à un avortement thérapeutique parce qu’elle porte un enfant porteur d’une grave mutation, n’est-ce pas une démarche ressemblant à celle de cette sage-femme qui était convaincue, en définitive, de remplir pleinement son devoir, j’oserai dire humanitaire …

9 réflexions au sujet de « Réflexions éthiques très personnelles »

  1. Oui, c’est un débat ancien qui remonte aux grecs de l’Antiquité en passant par les socialistes nationaux jusqu’à nos sociétés actuelles comme par exemple mon pays, la Belgique, où l’euthanasie des enfants est autorisée sous certaines conditions, il faut bien un début à tout.

    J’adore le terme « euthanasie », ça fait plus propre sur soi.

    Il me semble avoir lu que Mozart ne méritait pas de naître mais la « sage-femme » de l’époque n’a pas jugé bon de le mettre à mort, l’euthanasier.

  2. Dans *La treizième tribu*, Koestler évoque un peuple (des bulgares, dans mon lointain souvenir) ayant eu une idée plus géniale encore, d’être à la fois plus humaine et plus rationnelle : l’élimination, vers 13 ans, des enfants trop intelligents pour leur propre bien comme pour celui de leur entourage. Plusieurs nouvelles de science-fiction ont redécouvert cette idée *brillante*.

    Quant à l’argument « Quelle horreur, nous aurions pu n’avoir pas Mozart », argument qu’on dirait repris du film (excellent, d’ailleurs) *Bienvenue à Gattaca*, il est sans valeur : sans Mozart, comment saurait-on qu’on n’a pas connu son existence et qu’on y a perdu ? Au reste, quantité de gens vivent très bien sans Mozart, qui pourtant le connaissent… et s’en passent fort bien.

    Même l’unique n’est pas irremplaçable. En une vie, on doit faire des choix vite limités. On ne saurait lire tous les livres, écouter tous les airs, voir tous les tableaux, etc. C’est plus évident encore pour les sciences, où aucun savant n’est irremplaçable à considérer le Zeitgeist qui permet à chaque découverte d’être *souvent* faite par des individus divers à peu près vers la même époque.

    Qu’on élimine les faibles qui seront un fardeau inhumain et dont la vie ne sera que celle d’un légume n’est pas un problème, tant qu’on élimine *aussi* les trop forts intellectuellement (détectés plus tard), qui verront l’existence comme un fardeau, à vivre parmi des gens moyens aux capacités intellectuelles moyennes (c’est une manifestation de l’enfer qui en vaut bien d’autres).

    Incidemment, je n’appartiens hélas pas à la seconde catégorie. 😦

    • Je pense (avec beaucoup de pessimisme) que dans peu d’années le dépistage systématique des prédispositions génétiques à toutes sortes de pathologies conduira à des choix massifs d’avortements. Dans cette optique il est raisonnable de penser qu’il s’agira d’une nouvelle forme d’eugénisme justifié par les progrès récents de la biologie moléculaire. Le cas des sage-femmes est d’un tout autre ordre car leur choix n’est basé que sur un déficit moteur révélé par des test simples qui était souvent une conséquence d’une souffrance du foetus : le cas du cordon ombilical entouré autour du cou en est une illustration classique …

    • Oui, vous avez peut-être raison, on pouvait très bien se passer de Mozart.

      J’aurais du prendre comme exemple Stephen Hawking qui est un homme aux capacités intellectuelles hors du commun doublé d’un handicap inversément proportionnel.

      Dans les 2 cas de figures, il doit être éliminé.

    • Ce qui est amusant en ce qui concerne mon cas personnel, c’est que je suis né robuste, en très bonne santé mais ce n’est qu’à l’âge de 6 ans que l’on s’est rendu compte que j’étais « bièce », en retard scolaire sur les enfants de mon âge.

      Trop tard pour m’éliminer d’autant qu’à l’âge de 13 ans, ça ne s’est pas amélioré et n’ai donc pas fait partie des trop forts intellectuellement.

      C’est vrai que les progrès en biologie moléculaire, en génétique vont permettre de faire de l’eugénisme précoce mais aussi de traiter les gênes déficients.

      On pourra aussi avoir des bébés à la carte à savoir intelligent (mais pas trop sinon…) et avec des caractéristiques physiques bien déterminées à l’avance.

      Par exemple, Michael Jackson souffrant d’un complexe d’infériorité refoulé relatif à ses origines négroïdes n’aurait pas eu besoin de payer une mère porteuse australienne de race blanche fécondée « in vitro » par du sperme d’un donneur aux caractéristiques anthropologiques identiques pour avoir des enfants de race blanche.

  3. Bismarck > M’auriez-vous *lu* que vous auriez saisi que ce qui est vrai pour les artistes l’est encore plus pour les savants, comme le démontre n’importe quelle histoire des sciences (« C’est plus évident encore pour les sciences, où aucun savant n’est irremplaçable à considérer le Zeitgeist qui permet à chaque découverte d’être *souvent* faite par des individus divers à peu près vers la même époque. » me semblait pourtant une formulation assez claire).
    .
    Au reste, l’univers pouvait *aussi* fort bien se du sieur Hawkins, dont les facultés ne sont d’ailleurs peut-être pas si exceptionnelles que son habile propagande ne le laisserait penser (en faisant *un peu trop* appel au misérabilisme et à la compassion). Un sieur Hawkins qui n’est sans doute pas *si* génial, à en croire l’excellent Jean-Pierre Petit, lequel peut parfois déraisonner (notamment sur les soucoupes volantes et autres délires) mais dont l’avis d’astrophysicien professionnel (me) semble digne de foi. Evidemment, inutile de me rétorquer facilement que je ne suis pas astrophysicien : je n’ai pas besoin d’être Mozart pour juger de Madonna.

    Après ces précisions sans intérêt pour qui que ce soit, on s’en tiendra là, et on vous laissera rêver seul aux promesses de la science-fiction « transhumaniste » qui ont, manifestement, votre faveur.

    « exit(0); »

    .

  4. Ce qui ne manque pas de piment dans ce darwinisme qui ne dit pas son nom, c’est le cynisme des biens pensants. Qui ne connait un tel ou une telle offusqué de cette sélection ignoble, mais lorsque l’on regarde leur comportement dans la vie ils ne reculent pas devant leur atavisme inavouable, de sélectionner un partenaire dans leur vie le plus haut possible par rapport à leur propre potentiel. Un exemple, (qui en résume de multiples variantes), histoire vraie, une jeune femme, BCBG, m’exposait que tout le monde avait sa chance dans la vie, quelque soit l’éventuel handicap, qu’il fallait s’accepter, etc…etc… mais, m’avait avouée en d’autres temps, ne pas être sortie de chez elle pendant 2 mois le temps pour son dentiste de lui refaire une incisive partiellement cassée suite à une chute. Détail peut-être aussi, s’est mariée à un bel homme, sportif, médecin… le hasard quoi!

  5. j’ai connu une infirmière travaillant
    uniquement de nuit dans un hôpital
    pour nouveau nés lourdement
    handicapés.
    Elle faisait un salle boulot!!!! »
    Mais aujourd’hui cela n’est plus
    possible à cause des analyses
    post mortem et des influences extérieur es. OU est le progres? ah oui la sécu paye.

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