L’assassinat de JFK signa la fin de la démocratie américaine

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Hasard du calendrier, John F. Kennedy aurait eu 100 ans demain lundi 29 mai 2017. Hasard car ce lundi est aussi aux USA le jour des morts pour la patrie, le « Memorial Day ». Le billet qui suit est une traduction par mes soins le 25 mai d’un article de Paul Craig Roberts parue le 24 de ce même mois que j’ai préféré mettre en ligne la veille du Memorial Day.

JFK fut assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas à l’âge de 46 ans peu avant de terminer la troisième année de son mandat de Président des Etats-Unis. Les chercheurs qui ont passé des années à réunir les évidences sur cet évènement ont conclu que le Président Kennedy avait été assassiné par une conspiration entre la CIA, les Chefs d’Etat-Major et les services secrets. Kennedy entra à la Maison-Blanche avec la stature d’un guerrier froid mais il apprit très vite lors de ses interactions avec la CIA et les Chefs d’Etat-Major que le complexe militaro-sécuritaire industriel américain avait un agenda servant ses propres intérêts et que cet agenda constituait un danger pour l’humanité.

Il entreprit donc de réduire les tensions entre les USA et l’Union Soviétique. Ses refus réitérés d’invasion de Cuba, du projet Northwoods (voir note 1), d’une attaque nucléaire préventive de l’Union Soviétique et son intention de retirer l’armée américaine du Vietnam s’il était réélu ainsi que ses discours relatifs à une nouvelle politique étrangère à l’ère nucléaire suffirent largement à convaincre le complexe militaro-sécuritaire industriel qu’il oeuvrait contre ses intérêts. Les conservateurs considéraient qu’il faisait preuve de naïveté vis-à-vis de l’Union Soviétique et constituait donc un danger pour la nation. C’étaient les vraies raisons de son assassinat qui furent scellées lorsque Kennedy annonça le 10 juin 1963 le début de négociations avec l’Union Soviétique pour aboutir à un traité d’interdiction des essais nucléaires atmosphériques (voir note 2).

La mise en scène de Lee Oswald ne fut jamais convaincante d’autant que des films réalisés par des spectateurs contredisaient les affirmations des enquêteurs. Le Président Johnson ne put jamais suivre de près l’enquête, non pas parce qu’il était vice-président lors de l’évènement ou qu’il voulait tromper le peuple américain mais parce qu’étaler au grand jour la vraie histoire aurait profondément mis à mal la confiance des Américains en leur gouvernement à un moment critique des relations USA-URSS. Pour que cette affaire soit « emballée » il fallait toute la confiance du Chef de la Cour Suprême, Earl Warren, pour diriger la commission en charge de faire la lumière sur l’assassinat. Warren comprit tout de suite l’importance de sa mission afin de préserver la confiance que l’opinion publique accordait à l’armée, aux services de sécurité nationale ainsi que la confiance des alliés des USA.

Lors de cet évènement la CIA introduisit le concept de « théorie de la conspiration » dans le lexique politique, une technique permettant de discréditer le scepticisme de la Commission Warren en contrôlant étroitement toute information livrée aux médias. Ce terme de théorie de la conspiration a été ultérieurement utilisé pour valider de fausses explications tout en déformant la vérité. Le Président Kennedy était aussi déterminé à classer le lobby israélien (très actif aux USA) parmi les agents extérieurs et à bloquer l’acquisition par Israël d’armement nucléaire. Son assassinat libéra les contraintes qui pesaient sur Israël. Dans un discours aux Nations-Unies en 1961 JFK déclara :

 » Chaque habitant de notre planète doit savoir qu’un jour celle-ci pourrait devenir inhabitable. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant vit sous l’épée de Damoclès nucléaire, attachée par le plus mince des fils qui peut être rompu à n’importe quel moment par accident, mauvais calcul ou par folie. Ces armes de guerre doivent être détruites avant de nous détruire nous-mêmes. Il est donc dans notre intention d’affronter l’Union Soviétique, non pas pour une course aux armements, mais pour une course vers la paix, pour avancer conjointement, pas à pas, étape par étape, jusqu’à ce qu’un complet désarmement ait été atteint. « 

Si ce discours reçut un accueil chaleureux et des encouragements tant du leader soviétique Nikita Khrushchev que de nombreux pays européens il consterna les « faucons » (warhawks) et les Chefs d’Etat-Major. En termes de quantités et de qualités (missiles) d’armements nucléaires les USA étaient en avance sur l’Union Soviétique ce qui aux yeux de l’Etat-Major (voir le lien) autorisait les USA à procéder à une attaque nucléaire surprise de l’URSS. Beaucoup pensaient qu’un désarmement nucléaire donnerait les coudées franches à l’URSS pour envahir le reste de l’Europe. Les « faucons » considéraient cette éventualité comme beaucoup plus menaçante qu’un conflit nucléaire et beaucoup de personnalités militaires de haut rang regardaient JFK comme décidé à affaiblir les USA vis-à-vis de l’Union Soviétique.

L’assassinat de John F. Kennedy fut donc d’un énorme coût pour l’humanité toute entière. Kennedy et Khrushchev auraient collaboré pour désamorcer la crise cubaine des missiles en mettant un terme à la guerre froide bien avant que le complexe militaro-sécuritaire finisse par refermer son gant de fer sur le gouvernement américain. Israël n’aurait jamais disposé d’armement nucléaire et classer le lobby israélien comme agent de l’étranger aurait évité la main-mise d’Israël sur le gouvernement américain. Durant son second mandat JFK aurait démantelé la CIA en milliers d’entités sans pouvoir réel, un projet qu’il formula à son frère Robert, et le Deep State aurait été balayé de la scène politique avant qu’il ne devienne plus puissant que le Président américain lui-même.

Mais le complexe militaro-sécuritaire frappa le premier à Dallas et tira une balle qui annula toutes ces promesses, mettant ainsi fin à la démocratie américaine …

Source : http://www.paulcraigroberts.org/2017/05/24/jfk-100-paul-craig-roberts/

Note 1. Le projet Northwoods devait faire croire à l’opinion publique américaine que Cuba représentait un danger pour les USA. Il s’agissait d’organiser des attentats et des actes de sabotage sur le sol américain qui seraient attribués aux agents cubains (voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Northwoods )

Note 2. Il existe trois traités d’interdiction des essais nucléaires. Le premier appelé aussi traité « limité » fut co-signé le 10 octobre 1963 par les USA, l’Union Soviétique et la Grande-Bretagne. Il interdisait les essais nucléaires atmosphériques, dans l’espace et sous-marins. Seuls les essais terrestres souterrains furent dès lors autorisés. Ce traité fut finalement suivi en 1996 par le CTBT ou Comprehensive Nuclear Test-Ban Treaty adopté par les Nations-Unies et ratifié par la plupart des pays à l’exception de l’Inde, du Pakistan et de la Corée du Nord ( voir à ce sujet : https://en.wikipedia.org/wiki/Comprehensive_Nuclear-Test-Ban_Treaty )

Lire aussi :

http://prospect.org/article/did-us-military-plan-nuclear-first-strike-1963

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