SSII : une législation du travail surréaliste !

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Tous les organismes financiers et les banques disposent d’un département dit de technologie de l’information, en d’autres termes d’un service informatique (IT en anglais) qui traite les programmes et les diverses dispositions informatiques relatives par exemple aux mécanismes d’alerte ou à des études d’analyses et de prospectives, le développement proprement dit, et il y a aussi le matériel, les serveurs, la connectique et bien d’autres strates dans ce métier particulier. L’IT, dans quelque branche industrielle et commerciale que ce soit, est en perpétuelle évolution. De manière générale l’IT de ce genre de compagnies de l’industrie de la finance est à près de 80 % constitué de prestataires de services dont la durée des interventions varie de quelques jours à au plus trois années – selon la loi – comme nous allons en découvrir les conséquences.

Ces prestataires de service sont brièvement formés sur site car chaque entreprise a ses propres spécificités et ils doivent rapidement s’intégrer, du moins en théorie, dans les équipes en place pour au final être remerciés après les trois années de présence par souci de souplesse dans la gestion des ressources humaines.

En France en particulier, puisqu’il s’agit ici de décrire l’interférence néfaste entre les disposition législatives du code du travail français et les services IT des banques, ces dernières font appel à des sociétés de services informatiques plus connues sous le nom générique de SSII (Société de Services et d’Ingéniérie Informatique) essentiellement pour plus de souplesse, encore une fois, dans l’organisation du travail. Dans le meilleur des cas la banque propose un contrat à durée déterminée de trois ans (c’est la loi qui l’impose), une période estimée suffisante pour développer un nouveau programme ou améliorer ponctuellement une application en raison tant de l’évolution des matériels que du métier de la finance lui-même. L’analyste, qui est aussi appelé parfois développeur, envoyé en mission par une SSII aborde alors selon ses propres méthodes de travail le problème à résoudre sans, parfois, cultiver beaucoup d’interactions avec les autres membres de l’IT sous contrat à durée indéterminée ou non puisqu’il a été appelé pour résoudre une tâche précise qui lui est attribuée spécifiquement.

Il est important pour la bonne compréhension de cette situation surréaliste de l’IT dans l’industrie financière de bien préciser à nouveau que près de 80 % des personnels sont des prestataires de service appelés le plus souvent pour résoudre des tâches ponctuelles. Quand il s’agit de bons éléments qui réalisent donc un travail de qualité compréhensible pour n’importe quel autre membre de l’IT et dans les temps impartis leur mission est alors terminée. A contrario les « mauvais » éléments dont la mission est de développer une application un peu complexe travaillent selon leur méthode, parfois en utilisant un langage informatique peu répandu, et le résultat de leur intervention est totalement incompréhensible pour leurs collègues. Devant un tel état de fait, la direction de l’IT se voit obligée de leur proposer un contrat à durée indéterminée car personne n’est capable de reprendre leur travail s’il est encore inachevé après les trois années fatidiques !

Ce qui fait qu’au final la direction de l’IT aboutit à une situation totalement paradoxale : elle se trouve obligée d’embaucher des éléments de piètre qualité qui plombent durablement l’évolution du service informatique de la société alors que les bons éléments sont partis depuis longtemps … Au terme de ce contrat de trois ans la mission qui a été assignée à cet analyste est dans le meilleur des cas terminée mais le plus souvent inachevée ou au mieux ficelée mais pas encore suffisamment testée car développer un programme informatique est complexe et la perfection n’existe pas dans ce domaine. Par voie de conséquence la banque ne peut plus gérer ses ressources humaines dans la plus stricte gestion de la souplesse de ces dernières et c’est alors une dégradation de la qualité des services informatiques qui aboutit parfois à de monstrueuses bévues comme l’affaire Kerviel dont tout le monde se souvient : il n’y avait pas de dispositifs d’alerte correctement en place pour signaler les prises de position risquées de ce trader sur les marchés financiers car l’IT de sa banque n’avait pas correctement mis en place ces dispositifs …

Comme chaque individu apporte avec lui ses propres méthodes de travail, son successeur doit naturellement se former aux spécificités de son nouvel environnement et tenter de décrypter la tâche laissée en attente par son prédécesseur. Dans le meilleur des cas à nouveau ce nouvel arrivant n’atteindra sa pleine efficacité qu’au bout d’une année. Il est donc facile de mesurer le gâchis en heures-ingénieur à la charge de la banque car il faut ajouter que les prestations des SSII sont toujours facturées au maximum autorisé par la loi, encore la loi ! Il n’y a qu’à constater l’opulence des SSII comme Accenture ou CapGemini qui se sont positionnées sur ce créneau juteux ! Le code du travail avait initialement pour but de réduire la précarité de l’emploi puisque la banque se devait de proposer un poste en contrat à durée indéterminée (CDI) à l’issue de cette mission de 3 ans, cette idée absurde était dans l’esprit du législateur … Or ce cas de figure est rarissime car il est en pratique impossible de licencier un CDI, toujours selon les dispositions du code du travail (encore la loi !) : comment la loi peut-elle obliger un employeur à proposer un CDI à une personne à laquelle il n’aura plus de travail à proposer quelques mois plus tard ?

Cette bonne intention se révèle donc être une catastrophe tant pour l’employeur, c’est-à-dire la banque, dont l’évolution de son service IT finit pas être partiellement sinon totalement figée et globalement d’une qualité laissant pour le moins à désirer, que de l’employé de qualité de la SSII qui dans ces conditions législatives ubuesques restera toujours un précaire au salaire misérable, fournissant un nombre d’heures de travail invraisemblable, parfois de nuit, pour le plus grand profit de son employeur, la SSII, malgré ses qualités prouvées par l’excellence de ses interventions. Voilà un effet pervers méconnu du grand public d’une législation du travail totalement déconnectée de la réalité car tant l’ingénieur IT de qualité que la banque sont perdants et la précarité de l’emploi n’est toujours pas résolue : seuls les « mauvais éléments » finissent par être embauchés : tout simplement incroyable !

Il serait donc grand temps de revoir en profondeur la notion même de « précarité » du travail, en France en particulier, une notion mise en avant par les syndicats qui semblent décidément n’avoir rien compris aux réalités du monde économique moderne. Peut-être aussi est-il temps comme cet exemple des banques le montre clairement de changer en profondeur le code du travail et le simplifier pour arriver, comme en Suisse ou en Suède, à un code du travail se réduisant à un opuscule d’une soixantaine de pages. Dans le pays de Colbert on peut toujours rêver …

Source : conversations privées

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