Les chimères homme-cochon ont-elles une âme ?

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Que mes lecteurs ne se méprennent pas, je ne vais pas disserter dans ce billet du vieil adage dont j’ignore l’auteur « dans tout homme il y a un cochon qui s’ignore » ou « qu’il ignore » je ne sais plus. Pascal disait aussi que « qui veut faire l’ange fait la bête » … Ce sont des travaux réalisés au Salk Institute à La Jolla en Californie du sud dans le laboratoire du Docteur Juan Carlos Izpisua Belmonte qui m’ont décidé à faire un commentaire sur ce blog. Il faut d’abord rappeler ce qu’est une « chimère » en biologie, une approche qui a toujours fasciné les biologistes. Il fut un temps où les armées des pays appartenant au bloc soviétique firent des essais de fécondation de femmes par du sperme de chimpanzé, et réciproquement, pour tenter de produire des sous-hommes qui seraient envoyés sans trop d’état d’âme sur les champs de bataille. C’est entièrement vrai ! J’ai eu sous les yeux des documents qui attestaient que ce genre de recherche avait bien eu lieu dans des instituts ultra-secrêts des armées de Tchécoslovaquie et de Hongrie. Il y avait effectivement un début de grossesse qui se terminait invariablement par un avortement spontané quelques semaines plus tard, ouf !

Ce qu’a réalisé Izpisua Belmonte est une toute autre approche : il a introduit des cellules souches d’origine humaine dans un oeuf fécondé de cochon dans le but de faire produire ensuite par l’animal un foie ou un rein par exemple, présentant toutes les caractéristiques d’un organe humain. L’oeuf a été alors introduit dans l’utérus d’une truie et au bout de 28 jours la grossesse a été volontairement interrompue afin d’analyser les caractéristiques de l’embryon. Il s’est avéré que chaque organe de l’embryon possédait une cellule d’origine humaine sur environ 10000 mais qu’il fallait également que les cellules humaines soient introduites « au bon moment » dans l’oeuf car une grossesse chez le cochon dure 112 jours soit un peu plus de trois mois et demi alors qu’elle dure 9 mois chez l’homme, différence de durée qui induit des différences incontournables de maturation des organes.

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Bien que Izpisua Belmonte ait affirmé qu’il n’avait pas trouvé de cellules d’origine humaine dans le cerveau des embryons de cochon cela n’a pas suffi pour éviter une levée de bouclier des spécialistes de l’éthique dont l’angoisse, justifiée ou non, serait qu’un cochon devienne « intelligent » au sens humain du terme. D’autres polémistes ont mis en avant « le droit des animaux », toute manipulation génétique des embryons étant contre nature et donc à prohiber. De là à reconnaître que ces chimères homme-cochon ont une âme il n’y a qu’un pas qui peut être vite franchi. Cette controverse me semble relever de l’obscurantisme qui prévalait au XVIIe siècle (cf. la controverse de Valladolid) à savoir si les « sauvages » d’Amérique avaient oui ou non une âme. Quand les biologistes pourront orienter un embryon de cochon à produire spécifiquement un organe présentant toutes les caractéristiques telles qu’il puisse être greffé à un malade, et ce n’est qu’une question de mois ou d’années, en jouant par exemple sur la différenciation des cellules souches humaines introduites dans l’oeuf « porteur » du cochon, l’animal sera détruit après avoir rempli son rôle et comme dans n’importe quel abattoir on ne lui demandera pas son avis ni ses états d’âme.

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Sources : Cell, doi : 10.1016/j.cell.2016.12.036 , Bioedge. Illustration : Cell et la chimère d’Apulée, un lion avec une tête de chèvre (Musée du Louvre)

3 réflexions au sujet de « Les chimères homme-cochon ont-elles une âme ? »

  1. Le regretté SIM disait : « Si dans chaque homme, il y a un cochon qui sommeille, le mien doit souffrir d’insomnie » La vraie citation est de Charles Monselet “Tout homme a dans son coeur un cochon qui sommeille.”
    C’est un écrivain épicurien, journaliste, romancier, poète et auteur dramatique français, surnommé « le roi des gastronomes » par ses contemporains.

  2. « toute manipulation génétique des embryons étant contre nature et donc à prohiber » l’argument du contre nature étant débile de base mais tellement adoré des escro logiste en tout genre,j’imagine que perdre des années à croiser des animaux ou des plantes pour obtenir un caractère souhaité c’est tellement naturel ,tt comme le chauffage électrique est contre nature, mais ça ces idiots utiles ils s’en fichent car ça ne se heurte pas à leur idéologie rétrograde.

  3. De toutes façons, le rapport mutations viables/mutations abortives est tellement faible qu’avant qu’une chimère homme-autre chose bien vivante et pétante de santé voie le jour, il va passer pas mal d’eau sous les ponts. Les idéologies auront largement le temps de changer du tout au tout d’ici là.

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