Chronique cinématographique : Topaze

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J’ai revu la fameuse trilogie de Marcel Pagnol il y a quelques jours et il me reste encore plusieurs films à re-re-regarder avec délices mais c’est Topaze qui m’a accroché en ces temps de campagne électorale française.

Il s’agit de la deuxième adaptation au cinéma de la pièce de théâtre écrite par Pagnol et mise en scène pour la première fois en 1928. Sortie dans les salles obscures en 1951 le film n’a pas perdu une once de sa fraicheur et de son actualité dont les dialogues datent pourtant de près de 90 ans. Topaze (Fernandel) est un maître d’école à l’ancienne comme j’en connus dans mon enfance où l’on apprenais à écrire avec une plume sergent-major, dans un établissement parisien privé, la pension Muche. Il apprend scrupuleusement la grammaire et l’écriture à ses élèves et insiste chaque jour auprès de ces derniers pour leur donner de petites leçons de morale. Topaze en « pince » pour la fille du directeur de l’école, Ernestine Muche incarnée par la fille de Marcel Pagnol qui le mène comme on dit par le bout du nez mais ne cédera jamais à ses avances tellement naïves qu’on le croirait volontiers encore puceau à 35 ans. La peinture de l’enseignement de l’époque n’a pas changé, les parents se plaignent de l’attitude des professeurs qui donnent de mauvaises notes à leurs chères têtes blondes en les invectivant et en mettant en doute leur probité …

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Pour arrondir ses maigres fins de mois Topaze donne des leçons particulières à quelques élèves à la traine dont le fils d’une bourgeoise, Suzy Courtois (Hélène Perdrière) qui est par ailleurs la maîtresse d’un politicien local brasseur d’affaires important, Régis Castel-Vernac (Jacques Morel), peut-être député d’un arrondissement de Paris mais l’histoire ne le dit pas. Suzy présente Topaze à son amant et ce dernier va l’engager comme homme de paille pour signer des documents à sa place afin d’échapper à toute compromission susceptible de ruiner sa carrière de financier corrompu, prévaricateur, jouant sur tous les tableaux, chantages, commissions occultes, truquages des marchés municipaux, dessous de table, détournements de fonds publics, tenant d’une main de fer dans un gant de velours tous les politiciens et j’en passe à coup de commissions en échange de marchés d’importance inégale allant des pissotières aux camions ramasseurs de poubelles et aux plaques d’égouts.

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Outre les histoires de fesses qui apportent un certain piment à ces sombres histoires politiciennes – le magazine Gala en ferait des gorges chaudes aujourd’hui -, Pagnol dépeint avec une fraicheur et un humour grinçant ce qui se passe toujours et encore de nos jours, il suffit de lire ou de regarder l’actualité … Topaze se reconvertit en horrible prévaricateur à la solde de cet intermédiaire totalement corrompu qui mène grand train de vie avec de l’argent littéralement volé au contribuable, entretenant une maîtresse qui lui coûte une fortune et dont Topaze va prendre la défense bien naïvement. En réalité cette naïveté qui constituait son atout premier, Topaze va l’utiliser pour prendre en quelque sorte son indépendance et voler de ses propres ailes, plongeant lui-même dans la corruption et le cynisme le plus total. Finalement les moeurs des politiciens de la République Française – collusion malsaine entre le monde des affaires et de la finance et les politiciens – n’ont pas changé d’un iota depuis le début du XXe siècle, à tel point qu’un journal satirique sème la rumeur de la malhonnête de l’employeur de Topaze, c’est vrai ! revisionnez ce film fabuleux. Sans omettre la ridicule avidité des décorations républicaines, dans le cas de Topaze les palmes académiques. Une peinture de la société actuelle tellement saisissante ! Seule la Suisse est une vraie démocratie, il n’y en a pas d’autres dans ce bas monde. À revoir absolument …

Citation : »Car enfin, pour gagner de l’argent il faut bien la prendre à quelqu’un ! » (2h11mn43s) c’est exactement ce que font aujourd’hui les politiciens et les parasitocrates.

Illustrations : captures d’écran du film. Dans l’ordre : Fernandel (Topaze), Ernestine Muche (Jacqueline Pagnol), Suzy Courtois (Hélène Perdrière) et Régis de Castel-Vernac (Jacques Morel)

9 réflexions au sujet de « Chronique cinématographique : Topaze »

  1. Je vois que vous êtes un fan de cinéma…….comme moi. malheureusement je dois me contenter des versions sous-titrées car mon anglais est nul. Moi aussi j’ai beaucoup de films, 1500, 2000 je ne les ai pas comptés. J’essaie en ce moment de trouver les films noirs américains des années 40 à fin des années 50. Avec des acteurs et actrices comme en verra plus jamais ! hélas. Sans images numériques, les voitures n’explosaient pas, les victimes de coups de feu ne partaient pas dix mètres en arrière, le sang ne giclait pas, tout était suggéré. Les péplums tournés par de vrais cinéastes, avaient atteint un niveau jamais égalé La Chute de l’Empire Romain, Le Cid du génial Anthony Mann entre autres. Sans parler plus tard des comédies musicales…Moi aussi j’aime le héros belge moustachu, joué par l’excellent interprète David Suchet. Je pourrait parler des heures du cinéma et pas qu’américain.

    • J’ai téléchargé presque tous les films de John Ford ainsi que tous les films (presque) avec Bogart, un régal ! Presque tous les films de Bergman, de Kurozawa, de Tavernier, … la liste est très longue ! Sans oublier naturellement Hitchcock et bien d’autres comme Chabrol …

  2. Petite rectification, Jacqueline Pagnol n’est pas lu fille de Marcel Pagnol, mais sa femme. Jacqueline Pagnol, née Jacqueline Bouvier le 6 octobre 1920 à Malakoff (Seine) et morte le 22 août 2016 à Neuilly-sur-Seine[1],[2], est une actrice de cinéma française. Elle est aussi l’épouse et la muse de l’écrivain, cinéaste et académicien français Marcel Pagnol.

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