L’énergie nucléaire dans le mix énergétique « low carbon »

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Le Lloyd’s Register, un cabinet de consultants britannique, vient de publier un rapport relatif à la perspective de l’énergie nucléaire dans le cadre des énergies dites « low carbon » c’est-à-dire émettant peu ou pas de CO2 dans l’atmosphère. Dans ce rapport, dont je n’ai lu que le résumé, on découvre que la technologie la plus prometteuse et la moins coûteuse pour l’énergie (électrique) dite low carbon est le petit réacteur nucléaire modulaire. Depuis les premiers balbutiements de l’énergie électro-nucléaire au début des années 1950 ce fut la course au gigantisme qui a probablement atteint ses limites avec le fameux EPR d’Areva d’une puissance de 1650 MW électriques (MWe) dont la faisabilité n’a encore pas été prouvée malgré la propagande insidieuse organisée par le gouvernement français pour sauver ce dernier fleuron de la technologie nucléaire hexagonale qui ne connaitra très probablement pas de lendemains.

La tendance est maintenant revenue vers les petits réacteurs de 50 à 300 MWe englobant toutes les technologies, depuis les réacteurs à eau pressurisée jusqu’aux breeders avec refroidissement à l’aide d’hélium, de plomb liquide ou un mélange de plomb et de bismuth ou encore l’utilisation de thorium comme combustible.

L’avantage qui va rendre ces petits réacteurs ultra-compétitifs sur le plan commercial est leur construction rapide totalement modulaire en usine et non sur site. Cette approche réduira les coûts de construction et la rapidité de la mise en place de nouvelles unités adaptées aux réseaux électriques existants avec un prix du kWh ultra-compétitif.

De plus ces réacteurs seront entièrement automatisés au niveau de leur pilotage avec des systèmes de sécurité simples et efficaces, des rechargements en combustible parfois espacés de plusieurs années (dans le cas des breeders à thorium, plus de 10 ans) et des retraitements du combustible entièrement automatisés et sécurisés, conditions sine qua non pour qu’ils soient accueillis favorablement par le public.

Le Llyod’s Register insiste aussi sur le fait que l’énergie nucléaire contribuera longtemps dans le mix énergétique en connexion avec une modernisation des réseaux de transport et de distribution favorisée par les innovation informatiques récentes. Selon cette étude l’un des développements technologiques attendu dans les prochaines années concernant le stockage de l’énergie électrique est l’avènement de super-condensateurs permettant de recharger rapidement de très grosses batteries d’accumulateurs dans le cadre du mix énergétique incluant les énergies renouvelables et par essence intermittentes.

Il reste à convaincre l’opinion publique de la nécessité de mettre en place ces petites unités de production électro-nucléaire mais dans tous les cas de figure ces unités de production seront parfaitement compétitives dans la mesure où les coûts de construction et de fonctionnement seront très largement inférieurs à ceux d’unités plus importantes comme en particulier l’EPR.

Cette étude a été réalisée après consultation de plus de 600 spécialistes du secteur énergétique, toutes professions confondues, depuis les constructeurs de réacteurs, spécialistes du retraitement du combustible et compagnies de transport et de distribution de l’électricité de par le monde.

Source : Llyod’s Register. Illustration : réacteur surrégénérateur modulaire refroidi à l’hélium en circuit fermé prévu pour délivrer une puissance de 25 à 50 MWe avec rechargement tous les 8 ans. Les surrégénérateurs à uranium-238 ou thorium-232 sont considérés comme des sources d’énergie partiellement renouvelable dans la mesure où ils produisent leur propre combustible à partir de ces éléments dits fertiles. La France dispose d’un stock d’uranium-238 suffisant pour assurer une production d’électricité pendant plus de 1000 ans à l’aide de breeders.

2 réflexions au sujet de « L’énergie nucléaire dans le mix énergétique « low carbon » »

  1. On reste pantois quand on sait par ailleurs que nous nous sommes engagés à réaliser un Flamanville au Pays de Galles… Bien sûr, encore une fois, comme pour Eurotunel le français « contribuera » à l’économie britannique qui n’en demandait pas tant !!!

  2. Bonjour,

    L’EPR est un réacteur à eau pressurisée (REP) comme toutes les autres tranches françaises actuellement en service. Le principe de fonctionnement en est bien connu et il n’y a pas à avoir de doute sur son fonctionnement futur. Des défauts de « jeunesse » ne sont pas à exclure, mais ces défauts seront corrigés après quelques années de fonctionnement.
    Les coûts d’exploitation d’un réacteur de 1600MW sont sensiblement égaux à un réacteur de 900MW. C’est une des raisons qui pousse à l’augmentation de puissance par réacteur.

    En ce qui concerne les petits réacteurs et les autres filières (breeder refroidi à l’hélium ou au plomb, filière thorium…), méfions nous de ces nouveautés qui n’existent que sur le papier et n’ont pas été confrontées au principe de réalité.

    Pour les petits réacteurs, quelle acceptation du public pour l’ouverture de sites disséminés sur le territoire ? Comme Notre Dame Des Landes, Sivens où Bure ? Ou devront-il être implantés sur un même site, ce qui leur ferait probablement perdre une partie de leurs avantages ?

    Il me semble que la filière rapide hélium est en cours de développement en Chine et peut-être dans d’autres pays, mais il faudra attendre 2020 ou plus pour avoir les premiers résultats.

    Des réacteurs de faible puissance refroidis au plomb ont été exploités en URSS, (réacteurs de sous-marin). Le plomb a quelques avantages mais aussi beaucoup d’inconvénients.

    La filière thorium est parfois présentée comme la panacée qui nous délivrerait du risque de dissémination nucléaire et des « déchets ». C’est oublié que le thorium n’est pas un élément fissile mais un élément fertile. Un réacteur thorium aura toujours besoin du moins à ses débuts d’une filière classique d’enrichissement ou de retraitement pour en quelque sorte servir « d’allumette » soit en U235, soit en Pu. De plus si le retraitement a été démontré en laboratoire la phase d’industrialisation du procédé peut-être problématique. Il y a de très grosses différences à manier quelques grammes de matières hautement radio-active ou quelques tonnes, ces différences ne se font pas sentir que par la taille des équipements.

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