Le désastre programmé des Départements Français d’Outre-Mer

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Voici une dépêche de l’AFP (lire ci-dessous) qui n’a pas manqué de m’émouvoir dans la mesure où je connais très bien Marie-Galante pour y avoir vécu près d’une année. Entre la corruption au grand jour des élus locaux (et métropolitains) comme par exemple en ce qui concerne la résidence luxueuse pour les retraités de la sécurité sociale sur la commune de Capesterre qui a été l’occasion d’un ignominieux trafic d’influences entre élus locaux et la Métropole, l’installation d’éoliennes qui sont souvent en flambeau quand les vents alizés sont trop violents et enfin les subventions européennes indues pour la construction de la distillerie de Bellevue comportant des installations pharaoniques de dépollution et de préservation de l’environnement. À l’époque – il y a un peu plus de 15 ans – la distillerie Poisson (rhum Père Labat) n’était plus en activité et le bâtiment, rongé par les termites, a fini par s’effondrer. La marque a été rachetée par Damoiseau, firme située sur la grande terre au Moule. L’autre distillerie – Bielle – brûlait (et je pense qu’elle le fait encore) de la bagasse pour la distillation et la presse à cannes était actionnée par un moteur diesel. Je connais très bien cette distillerie (j’ai d’ailleurs quelques bouteilles de rhum Bielle chez moi achetées il y a 6 mois à Auchan Galliéni à Paris. Je la connais bien car je m’étais lié d’amitié avec le propriétaire et l’ingénieur qui oeuvrait sur le site.

En ce qui concerne la sucrerie de Marie-Galante, située à mi-chemin entre Saint-Louis et Grand-Bourg, elle appartient si mes souvenirs sont exacts à des Béqués descendants d’illustres familles d’esclavagistes et je n’ai pas peur de l’écrire, mais il y a déjà 15 ans elle ne pouvait pas traiter toute la canne de l’île car elle était victime de pannes récurrentes en raison de sa vétusté à tel point qu’une majeure partie de la canne de Marie-Galante était acheminée par bateau sur la grande île (La Guadeloupe) pour y produire du rhum en particulier à la distillerie Bologne au sud de la Guadeloupe.

Cette situation décrite par la dépêche de l’AFP m’a interpellé à double titre car les DOM sont une aberration économique institutionnelle dans la mesure où le pouvoir parisien, lorsque l’Europe s’est officiellement construite, n’a pas sauté sur l’occasion de faire de ces îles, Réunion, Guadeloupe, Martinique, Saint-Pierre et Miquelon et même la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie, des zones européennes excentrées comme les Canaries, Madère et les Açores. L’archipel des Canaries, que je connais aussi très bien puisque j’y vis depuis maintenant 9 années, est un paradis fiscal très probablement plus avantageux que l’Irlande pour les entreprises, 4 % de taxe sur les bénéfices des entreprises, et une TVA de 5 %. De plus ce statut particulier de zones européennes excentrées fait que ces îles que je viens de nommer bénéficient de la manne de l’Europe pour toutes sortes d’infrastructures – y compris industrielles – quasiment ad libitum ! Les équipements hospitaliers des Iles Canaries sont de tout premier ordre. Les autoroutes et les installations portuaires et aéroportuaires, financées par l’Europe, sont d’une qualité irréprochable, sans compte les productions agricoles, notamment la banane, largement soutenues par l’Europe.

Dans les DOM-TOM français ? Rien de tout cela sinon un régime fiscal avantageux pour les seuls fonctionnaires de l’Etat français dont le pouvoir d’achat presque obscène n’a fait que creuser les inégalités sociales sans oublier le copinage et la corruption.

Cette dépêche de l’AFP m’a finalement donné une unique occasion de peindre une situation catastrophique et délirante de toutes ces îles, ayant un statut aberrant de départements français au même titre que la Creuse et j’ai pris l’exemple de la Creuse car il s’agit d’un département « oublié » de la France métropolitaine … La sucrerie de Marie-Galante pourrait bénéficier d’investissements massifs de la Communauté européenne comme la raffinerie de pétrole de Tenerife (qui appartient à une firme d’Abu-Dhabi) a bénéficié récemment d’aides de l’Europe pour réduire les rejets de méthyl mercaptan pour ne pas tirer le rideau sous la pression des habitants de Santa Cruz de Tenerife … C’est tout simplement surréaliste, la corruption marie-galantaise favorisée par les élus locaux dans le cadre d’un département français a fait son oeuvre.

De plus les écologistes sont venus mettre leur grain de sel dans cette histoire en exigeant un développement « durable » … C’est quoi ? Cela fait 250 ans qu’on produit du sucre à Marie-Galante, l’île aux 100 moulins qui servaient à broyer la canne, cela n’est-il pas durable même s’il n’y a plus de moulins sinon quelques éoliennes le plus souvent en panne ?

Pointe-à-Pitre – La situation des planteurs de canne de Marie-Galante, en Guadeloupe, sera « catastrophique même si la convention permettant de débloquer les fonds pour l’usine de sucre est signée » a estimé samedi le directeur de la coopérative des 1.800 planteurs de Marie-Galante, qui ont bloqué l’île vendredi.

Les planteurs de Marie-Galante souhaitaient par ce blocage alerter la population sur leur situation, menacée par le retard pris dans le démarrage de la récolte sucrière, conditionnée à la remise en route de l’usine, en attente du versement d’aides publiques, via une convention portant sur 2016-2017 et qui n’a pas encore été signée.

« Au mieux la campagne démarrera fin mars, et s’achèvera en pleine saison des pluies », ce qui conduira à « une perte de récolte 30 à 40.000 tonnes de cannes », a expliqué à l’AFP Thierry Orfèvres, directeur de la Sicama.

La dernière convention qui courait jusqu’en 2015 imposait d’augmenter la productivité des planteurs de 62.000 t de cannes à 150.000 t. « Nous l’avons fait et nous avons investi pour cela, nous ne pouvons pas perdre d’argent », affirme Thierry Orfèvres.

La signature de la convention permettant la mise en route de la campagne sucrière est suspendue à un conflit autour de deux projets de centrale biomasse adossée à l’usine sucrière : l’un soutenu par l’entreprise Albioma et les acteurs de la filière depuis 2012, et l’autre, par la communauté de commune de Marie-Galante (CCMG), présenté en décembre, dans le cadre d’un projet de démonstrateur industriel de la ville durable (DIVD), axé autour du « tourisme durable ».

Actionnaires de l’usine de sucre et par là-même du projet Albioma, les planteurs ne cachent pas leurs soupçons de voir le projet de « DIVD » tuer la filière. Ce que la CCMG conteste.

Lundi, une réunion se tiendra « sur les modalités du soutien des collectivités territoriales et de l’Etat à la filière canne de Marie-Galante », selon un courrier d’invitation au préfet d’Ary Chalus, le président de Région, que l’AFP s’est procuré.

Il y indique vouloir « accompagner la volonté des élus marie-galantais » dans leur « approche durable » et « s’engage à proposer, dès cette année, un plan biomasse à l’échelle du territoire guadeloupéen ».

Ce positionnement jette le flou sur les intentions de signature par la Région de la convention. Les services du président de région affirment qu’il « refuse d’être le responsable de la mort de la filière canne à Marie-Galante ». Mais, qu' »en tant qu’élu régional, il ne peut pas ne pas entendre ce que disent les élus locaux ».

(©AFP / 19 février 2017 15h12)

Illustration : moulin de Capesterre (iha)

9 réflexions au sujet de « Le désastre programmé des Départements Français d’Outre-Mer »

  1. Sois il maintienne la sucrière à flot à l’aide d’argent publique ,soit il développe l’éco tourisme à l’aide d’argent publique

    dans les deux cas c’est le contribuable qui perd

  2. Rien que l’appellation « démonstrateur industriel de la ville durable », concept de pure langue de bois te dit tout : c’est signé « enfumage et copinage », qui sont les deux nouvelles mamelles de la France.
    Rien d’étonnant, c’est un projet crée par des inutiles de la « communauté de commune de Marie-Galante (CCMG) », dont je me demande s’ils sont élus ou mutuellement cooptés parmi une sur-couche de pourriture de type « district » ou « intercommunalité » (nouvelle entité parasitaire supra-municipale servant simplement à augmenter les impôts locaux et caser quelques copains).
    Peut-être Jacques Henry le sait-il ?
    Jean Claude

  3. Ces confettis de l’Empire vivent d’assistanat. Ils ne veulent pas l’indépendance, mais l’argent et le pouvoir … sans contrôle. Les partisans de l’indépendance sont souvent des métropolitains écoeurés par ce qui s’y passe : racisme anti-blanc, magouilles sur pas mal de concours, priorités à l’embauche, etc…

  4. On a condamné les DOM en les obligeant d’utiliser notre monnaie et pire le SMIG et autres contraintes: ceci n’a fait qu’aggraver leur compétitivité et a fait exploser le chômage. il y a d’un côté les fonctionnaires sur payés ( mais sous efficaces) et de l’autre côté des assistés sans espoir.

    • En écrivant ce billet hier, je montrais à ma copine acec Google earth toutes les îles françaises disséminées dans le monde entier. Clipperton au large du Mexique, puis les Marquises, les Tuamotus, l’archipel de la Société avec Tahiti, les Australes, Wallis et Futuna, la Nouvelle-Calédonie et dans l’Océan Indien, les Terres Australes, la Réunion, Mayotte, et des petits morceaux de terre disséminés autour de Madagascar, ensuite dans la Caraïbe, la Martinique, la Guada, Saint-Barth (la seule dépendance du DOM Guadeloupe qui a un statut fiscal spécial), St-Martin et enfin Saint-Pierre et Miquelon. Toutes ces îles en dehors de la N-C avec le nickel coûtent très cher à la métropole mais elles représentent un intérêt stratégique majeur. Sans me tromper, je crois que la France est le deuxième pays du monde après les USA (avec toutes leurs îles) en terme de territoire maritime. Ça a un coût qu’il faut assumer … Mais comme disait Raymond Barre , tous ces morceaux de terre coûtent moins cher à la France que la Corse, la plus grande île française « outre-mer » et la plus coûteuse !

      • J’ai pas mal lu (et vécu) à propos de ces territoires, aussi dans il me semble « Les DOM-TOM dans la politique de défense de la France » (Edit. Dunod) que cet assistanat coûte moins cher qu’une demi-douzaine de porte-avions comme le Charles De Gaulle, car tous ces territoires ont des pistes de 3km, d’où peuvent décoller tous les avions militaires gros porteurs. En d’autres termes la France a tout autour du globe des porte-avions fixes.
        Sans oublier les nodules maritimes, le bois en Guyane et sa position idoine pour les lancements de fusée, le nickel de Calédonie et.. les belles tahitiennes..
        A lire aussi : « Les danseuses de la France » de Philippe de Baleine (PLON) et le meilleurs de Jean Raspail « Secouons le cocotier ».

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