Le pipi aux asperges

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Dans son oeuvre célébrissime Marcel Proust avait digressé sur l’odeur des madeleines mais il fit également une observation à propos des asperges assez réaliste qui changeaient « son pot de chambre en un vase de parfum » (Du côté de chez Swann, À la recherche du temps perdu, 1922). Proust faisait donc partie des 40 % de personnes capables de sentir les dérivés soufrés volatils éliminés par les reins dans l’urine, dont en particulier le thiométhane CH3-SH, après avoir mangé des asperges.

Pourquoi certaines personnes sont totalement insensibles à cette odeur particulière de leur propre urine après avoir mangé des asperges – sauce mousseline, comme c’est bon ! – était resté un mystère depuis bien avant Proust puisque Caton l’Ancien mentionnait cette odeur particulière de l’urine à l’asperge dans son traité De Agri Cultura (160 avant JC).

Ce mystère vient d’être éclairci par une équipe de biologistes de l’Université d’Harvard dirigée par le Professeur Lorelei Mucci. Il a fallu analyser en détail le génome de 6909 personnes et déterminer la relation existant entre l' »anosmie à l’asperge » et des mutations discrètes de l’ADN. Toutes ces mutations se sont révélées liées aux gènes codant pour la famille des récepteurs olfactifs qui se trouvent sur le chromosome 1. Il s’agit d’un ensemble très complexe de protéines situées dans les terminaisons nerveuses tapissant les fosses nasales et envoyant des signaux spécifiques au cerveau. Les mécanismes de détection des odeurs sont peu connus et ces travaux révèlent cette extrême complexité dans la mesure où pas moins de 871 mutations ponctuelles sont significativement liées à cette anosmie particulière au thiométhane. Il est donc aisé de comprendre que trois personnes sur cinq soient incapables de « sentir » l’odeur caractéristique de l’urine à l’asperge contrairement à Marcel Proust. En ces temps de fêtes il est opportun de noter que l’asperge contient (surtout les feuilles) des substances qui stimulent l’activité de l’alcool-déshydrogénase du foie. Cet enzyme est directement impliqué dans la prise en charge de l’alcool, comme son nom l’indique. Un bienfait inattendu des asperges ?

Sources en accès libre : Journal of Food Science, doi : 10.1111/j.1750-3841.2009.01263.x et British Medical Journal, doi : 10.1136/bmj.i6071

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