Traitement de la drépanocytose avec le CRISPR ? Pas encore dans l’immédiat …

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Dans le cadre d’une brève collaboration avec un hôpital lyonnais je me souviens avoir purifié de l’hémoglobine d’un patient atteint de drépanocytose afin qu’il soit possible de procéder à des contrôles de routine dans cet hôpital. Et c’est en lisant un article paru dans Science Translational Medicine que je me suis souvenu de cet épisode sans lendemain de mes travaux de recherche. La drépanocytose est probablement la maladie génétique la plus répandue dans le monde puisque les estimations font état de plus de 50 millions de personnes dans le monde souffrant de cette altération de l’hémoglobine au niveau de la chaine beta de cette protéine se trouvant dans les hématies ou « globules rouges » et qui sert à transporter dans un sens l’oxygène et dans l’autre sens le CO2. Les hématies prennent alors une forme caractéristique en faucille qui altère leur libre circulation dans les capillaires outre le fait que la fixation d’oxygène est très légèrement réduite. L’aspect en pointe des hématies conduit à toutes sortes de désagréments, thromboses, ischémies, nécroses, qui peuvent être mortels. Il n’existe pas de traitement pour soigner cette maladie en dehors d’une greffe de moelle osseuse à partir d’un donneur compatible au niveau du système HLA. En France la drépanocytose est de très loin la première maladie génétique et constitue un problème sanitaire majeur dont on parle paradoxalement très peu et pour cause, elle concerne surtout les ressortissants français d’origine maghrébine.

Une équipe de biologistes de l’Université de Berkeley a synthétisé l’ARN guide de la chaine beta de l’hémoglobine pour utiliser l’outil moléculaire CRISPR-Cas9 dont j’ai souvent parlé dans ce blog afin d’éditer le gène normal de cette protéine qui a subi une seule mutation conduisant à la maladie. Ils ont prélevé du sang d’un malade et isolé les cellules précurseurs qui conduisent aux hématies. Puis ils ont soumis ces cellules mélangées au CRISPR-Cas9 contenant l’ARN-guide et l’ADN codant pour la chaine beta normale de l’hémoglobine à un choc électrique pour que ce complexe relativement encombrant puisse pénétrer à l’intérieur de ces cellules.

Environ un quart des cellules fut transformé avec succès. Elles furent alors injectées dans la moelle osseuse de souris et il fallut attendre près de six semaines pour voir apparaître dans le sang des souris (traitées pour ne pas rejeter des hématies étrangères) des globules rouges contenant de l’hémoglobine humaine normale.

Le résultat n’a pas été fantastique puisque seulement 2 % des cellules ainsi modifiées a conduit à la production d’hémoglobine normale. Ce résultat relativement décevant reste tout de même encourageant car il pourrait être appliqué directement aux patients avec quelque chance de succès. Ce résultat, bien qu’ayant été indirectement obtenu à l’aide de souris comme intermédiaires, indique en outre que l’outil CRISPR-Cas9 n’a pas encore montré l’efficacité qu’on lui prêtait initialement. L’édition du gène ne se fait pas aussi précisément qu’on le pensait et les erreurs peuvent être particulièrement dangereuses dans le cadre d’applications thérapeutiques. Même une marge d’erreur de 0,1 % peut avoir de graves conséquences. Tout le problème du CRISPR est la petitesse de l’ARN-guide qui peut conduire le complexe vers des sites qui n’ont rien à voir avec le gène défectueux que l’on veut remplacer par un gène normal. Autant dire que les applications en thérapie médicale du CRISPR pour traiter la drépanocytose, une maladie génétique longtemps négligée, ainsi que d’autres types de maladies génétiques, nécessitent encore de nombreuses études au laboratoire.

Source : Science Translational Medicine

4 réflexions au sujet de « Traitement de la drépanocytose avec le CRISPR ? Pas encore dans l’immédiat … »

  1. As tu fait des recherches de corrélation entre la forme en croissant des globules et l’origine musulmane des personnes affectées? Incroyable coïncidence ou la religion est  »dans notre sang »?

      • drépanocytose et paludisme sont liés parce que les moustiques n’aiment pas l’hémoglobine modifiée en position 6 de la chaine beta. C’est la raison de cette résistance. La drépanocytose, bien qu’originaire d’Afrique noire s’est répandue plus au nord, en particulier au Maghreb à la faveur du trafic d’esclaves. On ne peut pas le nier. Aujourd’hui, dans le sud de la France, la plupart des personnes d’origine maghrébine souffrent de cette maladie génétique mais on n’en parle pas trop … Voilà l’explication destinée à Papy.

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