Les règles, un sujet tabou ? N’importe quoi !

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Il y a quelques mois l’une de mes petites-filles eut ses premières règles. J’ai appris incidemment cet évènement car ni ma petite-fille ni ma fille (sa mère) n’osèrent m’entretenir de cet épisode fâcheux car il se déroula de la manière la plus exécrable possible. Ma petite-fille, ayant honte, cacha ses petites culottes et les lava en cachette car elle ne voulait probablement pas que sa soeur ainée constate dans quelle situation délicate elle se trouvait soudainement. Je n’ai pas pu obtenir d’autres détails concernant cette histoire.

Je considère que les parents doivent éduquer leurs enfants en entrant dans le vif du sujet sans faire de détours et pas seulement à propos des règles pour les préadolescentes, mais aussi au sujet des relations sexuelles tant avec leurs filles qu’avec leurs fils. La plupart des parents font confiance aux cours de SVT de l’école : une douce rigolade ! Il suffit de constater les conséquences vécues dans ma propre famille.

«Mes règles sont arrivées hier, et je me sentais particulièrement fatiguée».

En justifiant ainsi sa contre-performance au 4 fois 100 mètres durant les JO de Rio, au mois d’août dernier, la nageuse chinoise Fu Yuanhui a suscité de nombreux commentaires sur la Toile. Voilà une femme qui parle publiquement – et sans détour – de ses menstruations et des désagréments qui les accompagnent ! Ce n’est pas si fréquent. Bien qu’elles concernent directement la moitié de l’humanité, les règles ne sont que peu évoquées dans les conversations privées, et encore moins dans les médias et les ménages … Pour des activistes, il est temps de mettre fin à ce silence gêné, qui est aussi synonyme d’injustices.

La musicienne et féministe britannique Kiran Gandhi courait le marathon de Londres pendant ses règles… et sans protection hygiénique (imaginez le spectacle). Son objectif ? Attirer l’attention du public sur le sort des nombreuses femmes qui n’ont pas accès aux tampons et serviettes à travers le monde.

«Je trouve très positif que des femmes s’attaquent ainsi au tabou qui entoure les règles, et en particulier au fait de les montrer», s’enthousiasme Aurélia Mardon, de l’Université française de Lille. La sociologue, qui a travaillé sur le vécu des premières menstruations, relève une certaine ambivalence de la société face à ce phénomène physiologique: «Les règles sont valorisées car elles sont le signe de la fertilité, mais on enseigne aussi aux jeunes filles qu’il est important de les cacher, on les associe à la honte ou au dégoût». Animatrice d’ateliers de découverte du cycle menstruel en Suisse romande, Birgit Marxer évoque elle aussi la «chape de plomb» qui pèse encore trop souvent sur le sujet. «Notre objectif est d’expliquer les règles aux jeunes filles pour qu’elles en comprennent le sens et qu’elles développent une relation positive avec leur corps», explique-t-elle.

Contraception en continu

Paradoxalement, le débat actuel sur les règles et leur prise en compte dans la société émerge à une époque où les femmes des pays riches peuvent choisir d’y renoncer. L’administration en continu de la pilule ou d’autres formes de contraception hormonale permet en effet de les supprimer, apparemment sans effet sur la santé et la fertilité. «Ce mode de prescription était à l’origine surtout destiné aux femmes souffrant de pathologies liées aux fluctuations hormonales, mais il est désormais aussi proposé pour des questions de confort ou de mode de vie», indique la gynécologue Saira-Christine Renteria du CHU du Valais en Suisse. Avec cette possibilité, la menstruation est-elle devenue obsolète? Le médecin brésilien Elsimar Coutinho posait déjà la question dans un livre paru à la fin des années 1990…

«Ne plus avoir ses règles peut être vécu comme un soulagement, mais il y a aussi beaucoup de femmes qui n’ont pas envie de les abandonner, affirme Saira-Christine Renteria. Il ne faudrait pas que ce choix leur soit imposé par la société». Et la doctoresse de conclure: «Le sujet des règles ne devrait pas faire l’objet de doctrines: à chaque femme de vivre son cycle comme elle l’entend.»

Billet largement inspiré (copié-collé) d’un article paru dans Le Temps.

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