Les lichens : une symbiose à trois partenaires

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Le propre de la science et de ses acteurs est de douter. La science a pour but de comprendre le fonctionnement de la nature, depuis les particules subatomiques ou la plus petite bactérie jusqu’aux amas de galaxies lointaines. Et la recherche scientifique est une perpétuelle remise en cause des concepts, des hypothèses et parfois de vérités admises une fois pour toutes. Il y a quelques semaines (voir le lien) je relatais la remise en cause du dogme « un gène-une protéine » que l’on m’enseigna à l’Université et qui a été battu en brèche grâce au développement des puissants moyens d’investigation modernes apparus ces dernières années dans le domaine de la biologie moléculaire.

Un autre dogme vient de tomber, celui de la nature des lichens. Depuis les travaux du biologiste suisse Simon Schwendener en 1867 on a toujours considéré les lichens comme étant une association entre un champignon ascomycète et une algue unicellulaire de la famille des xanthophycées ou éventuellement une cyanobactérie photosynthétique. Schwendener décrivit cette association comme un parasitisme mais il fut reconnu par la suite qu’il s’agissait bel et bien d’une symbiose car ni le champignon ni l’algue (ou la cyanobactérie) ne peuvent survivre isolément. Le dogme concernant les lichens était donc « un champignon-une algue » et il aura fallu attendre 150 ans pour qu’il soit remis en question.

Des travaux remarquables dirigés par le Docteur Toby Spribille de l’Université de Graz en Autriche viennent de prouver de manière non ambigüe que la plupart des lichens sont le résultat d’une association symbiotique de trois partenaires : un champignon ascomycète, une algue et un autre champignon, cette fois-ci un basidiomycète, plus proche des levures que de la lépiote ou le mousseron (!). Le dogme de la dualité des lichens est donc maintenant relégué dans l’oubliette des erreurs scientifiques. Pour prouver qu’il en est ainsi les biologistes se sont intéressé à deux lichens particuliers (voir l’illustration tirée de l’article scientifique, lien en fin de billet), un Bryoria fremontii et son très proche cousin Bryoria tortuosa. L’un de ces lichens est brun et l’autre jaune et ce qui les différencie, disons macroscopiquement, est la présence d’acide vulpinique de couleur jaune intense chez l’un et pas chez l’autre.

Ils ont alors analysé ce qui se passait au niveau de l’expression des gènes en temps réel et se sont aperçu que quelque chose ne collait pas. Alors que ces deux lichens sont très proches génétiquement il apparut que des gènes n’appartenant ni à l’un ni à l’autre du partenariat, ascomycète ou algue, de ces lichens étaient exprimés et la recherche dans les bases de données indiqua qu’il s’agissait de gènes retrouvés dans l’ADN des champignons basidiomycètes.

Cette observation n’était pas satisfaisante et il fallut alors mettre au point une technique de révélation par fluorescence de l’éventuelle présence de ce troisième partenaire symbiotique. Cette approche fut réalisée avec succès avec l’élaboration d’une technique très puissante de reconnaissance d’une variété particulière d’ARN associée aux ribosomes. C’est un peu compliqué mais la très haute spécificité de cette approche appelée FISH (en français poisson), acronyme de « Fluorescence In Situ Hybridization », a bien révélé la présence d’un troisième partenaire, une levure de la famille des Cyphobasidium capable de synthétiser l’acide vulpinique. Et ce qui est tout à fait remarquable dans cette découverte est que le troisième symbiote est bénéfique pour le lichen puisque cet acide vulpinique est toxique et sa couleur jaune intense prévient les éventuels brouteurs de lichen comme les rennes qu’il leur faut se méfier, en quelque sorte une protection du lichen grâce à ce troisième partenaire.

Ces travaux ont donc remis en cause le dogme du lichen et il est vraisemblable que bien d’autres lichens sont des associations tripartites.

Pour l’anecdote les lichens se sont adapté à tous les biotopes, sont présents sur toute la planète et certains d’entre eux sont considérés comme les créatures vivantes les plus vieilles, peut-être plusieurs dizaines de milliers d’années. Certains lichens prospèrent d’une petite fraction de millimètre chaque dix années dans les îles proches de l’Antarctique. Cet article d’un grand intérêt montre encore une fois que la science évolue et que les dogmes et autres idées préconçues finissent par être démontés point par point mais quand les politiciens se mèlent de science, la situation est toute autre … Je pense au dogme du réchauffement climatique.

Source et illustration : Science (2016), vol. 353, numéro 6298, pp 488-492 aimablement communiqué par le Dr Spribille qui est chaleureusement remercié ici. Et aussi :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/06/27/le-dogme-un-gene-une-proteine-remis-en-question/

Une réflexion au sujet de « Les lichens : une symbiose à trois partenaires »

  1. Bah, oui la science évolue mais cela ne balaye pas d’un revers de main tout ce qui précède. l’épigénétique ne balaye pas simplement le « dogme » de la génétique ni la relativité générale la mécanique de Newton. Cela montre juste que la réalité ne se laisse définitivement pas enfermer dans les concepts ou théories connues des pauvres humains. Rien de neuf sous le soleil.

    Le caractère réchauffant du CO2 et l’effet de serre sont de simples faits (et non un dogme) bien établis et contestés par aucun physicien. Ce qui est contestable c’est les modèles numériques prétendant savoir calculer numériquement l’effet du CO2 anthropique sur la machine complexe, au sens technique du terme, du climat. Cette complexité comprend justement, entre autres, des êtres vivants qui ne peuvent pas se simuler et dont l’effet ne peut pas se calculer comme on résoud les équations de Navier-Stokes pour déterminer les mouvements atmosphériques ou océaniques.

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