La banane en réel danger de mort !

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Si vous achetez une banane aujourd’hui il est presque certain que vous dégusterez une banane Cavendish à moins d’y mettre le prix et de trouver des lady-finger aussi appelées « petite-sucrée » ou encore des Gros-Michel si vous êtes chanceux. Je me souviens encore avoir dégusté des bananes Gros-Michel il y a près d’un quart de siècle dans le sanctuaire de la banane sur les hauteurs de Capesterre-Belle-eau à la Guadeloupe géré par le CIRAD. Cette banane onctueuse et beaucoup moins farineuse que la Cavendish avait aussi la particularité d’être particulièrement odorante car riche en acétate d’isoamyle. Aujourd’hui, en dehors de quelques plantations jalousement contrôlées pour éviter toute infestation de ces bananiers Gros-Michel par la maladie de Panama, un champignon de la famille des Fusarium, les bananeraies sont presque exclusivement des Cavendish, un clone issu du Sud-Est asiatique (comme la Gros-Michel) résistant au Fusarium oxysporum qui faillit bien condamner la banane définitivement. Il ne reste aujourd’hui que quelques rares exploitations en Thaïlande qui continuent tant bien que mal à produire des Gros-Michel au prix de traitements outranciers en fongicides systémiques.

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Aujourd’hui on ne trouve plus qu’exclusivement des bananes Cavendish dont les plants sont produits par clonage à partir de méristèmes exempts de virus, car il y a aussi des virus qui attaquent les bananiers … La France, sous l’impulsion de l’IRD a été pendant un temps leader mondial de la production de plantules de bananiers Cavendish pour pallier à la demande consistant à remplacer les Gros-Michel décimés par le fusarium. Tous les bananiers Cavendish sont maintenant des clones et la diversité génétique a disparu ainsi que les éventuelles résistances à d’autres ravageurs et ce qui devait arriver arriva, les intérêts économiques et financiers ayant fait perdre toute prudence aux producteurs de bananes.

Il est important de rappeler ici que le commerce international de la banane est dominé par les grandes compagnies américaines sans scrupules qui font la pluie et le beau temps dans de nombreux pays d’Amérique Centrale et du Sud mais également en Afrique car les enjeux économiques sont immenses, la banane étant le premier fruit vendu dans le monde en tonnage et en valeur, bien avant toutes les agrumes confondues. Il s’agit de Chiquita, Del Monte, Dole et dans une moindre mesure de Fyffes. Les « trois soeurs » contrôlent 80 % du marché mondial de la banane export et elles ne se sont jamais soucié de l’homogénéité génétique de la banane Cavendish … Et pour toutes sortes de raisons. Les bananes sont pratiquement toutes de la même taille, ce qui facilite grandement la logistique du transport et la vitesse de mûrissement est très facilement contrôlée. Dans les plantations les bananiers sont tous de la même taille – il s’agit d’une herbe géante – et la mécanisation y est rendue plus aisée.

À ce jour la recrudescence de la maladie Black Sigatoka met en péril l’ensemble de la filière banane dans le monde. Si la Cavendish est résistante au fusarium elle est susceptible à cet autre champignon connu depuis les années 1960 qui apparut dans la vallée de Sigatoka dans l’île de Viti Levu, Fiji, du nom de la ville côtière de Sigatoka qui n’est pas vraiment un endroit des plus touristiques. Le responsable de cette maladie est un autre champignon, le Pseudocercospora fijiensis, que l’on arrive difficilement à éradiquer totalement à l’aide de traitements massifs avec des fongicides puissants ce qui renchérit les coûts de production. Or comme tous ces bananiers sont maintenant des clones ils ont perdu progressivement leur résistance à la Black Sigatoka mais aussi à la maladie de Panama ! On ne peut donc pas mieux résumer la situation en disant que c’est la panique … La Black Sigatoka a pour effet de meurtrir les feuilles en perturbant la photosynthèse et en rendant de ce fait la croissance des bananes aléatoire ce qui entraine des pertes considérables. Découvrir de nouveaux fongicides, le pseudocercospora devenant progressivement résistant à tous les fongicides connus comme pour aggraver la situation, est un travail long et coûteux et l’homogénéité génétique des bananiers aidant on se trouve aujourd’hui devant un désastre pourtant annoncé comme inévitable pour toutes ces raisons.

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Devant l’urgence une équipe internationale s’est donc récemment penchée sur le génome du pseudocercospora dans l’espoir de découvrir de nouvelles pistes pour combattre cette maladie. Les résultats de l’étude parue dans le journal PlosOne (voir le doi en fin de billet, en accès libre) ont conduit à étudier quelques pistes qui pourraient déboucher sur un espoir de sauvetage. Un gène d’une variété de bananier résistante à la Black Sigatoka a été identifié comme interférant avec le pouvoir infectieux du champignon. Mais les évaluations de la résistance de nouveaux hybrides risquent bien d’être laborieuses car le champignon a la redoutable propriété de rester à l’état latent parfois plusieurs semaines alors que le cycle de production du bananier n’est que de 12 mois environ. L’identification du marqueur de résistance du cultivar dit « Calcutta 4 » permettra peut-être d’accélérer la mise au point de nouveaux hybrides.

Pendant ce temps-là le prix des bananes risque bien d’exploser …

Source : http://dx.doi.org/10.1371/journal.pgen.1005876

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