La mort des colonies d’abeilles revisitée

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On a dit tout et n’importe quoi sur la maladie qui frappe les abeilles et détruit les colonies. Certains sont même allé jusqu’à incriminer le réchauffement climatique global. Les pesticides ont aussi été accusés d’amplifier cette hécatombe, dont en particulier les néonicotinoïdes, en fragilisant les abeilles qui ne peuvent alors plus se défendre contre les attaques des varroas et d’autres pathogènes.

Des centaines d’équipes de zoologistes associés à des biologistes s’affairent pour tenter de trouver une explication rationelle à la maladie des rûches mais pas seulement en se penchant au chevet des abeilles car les bourdons, d’autres importants insectes pollinisateurs utilisés en particulier dans les cultures sous serre, sont aussi affectés par diverses maladies. La complexité de ce problème commence à être décortiquée à l’aide des techniques les plus modernes de la biologie moléculaire, je veux parler du séquençage de l’ADN et des ARNs. Car il est urgent de trouver une solution – si au final on y arrive – pour juguler cette hécatombe dont les retombées économiques sont immenses. Les bienfaits des insectes pollinisateurs et en particulier des abeilles sont évalués mondialement à plus de 175 milliards de dollars par an : il y donc bien une motivation économique qui rend ce problème urgentissime.

En février, lors de la floraison des amandiers en Californie, 60 % des rûches américaines sont transportées par camion dans la San Joaquim Valley. La Californie est le premier producteur mondial d’amandes, plus de 80 % des amandes du monde y sont produites et cet exode temporaire de rûches est le plus grand évènement de pollinisation au monde. Ce gigantesque mouvement de rûchers favorise la fragilisation des abeilles puisque près d’un tiers des colonies ne survivent pas à l’épreuve. L’une des raisons incriminées pour expliquer la mortalité des abeilles est justement une mauvaise gestion des rûches et des essaims par les apiculteurs eux-mêmes. Mais la principale raison de cet état de fait reste encore le varroa.

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Ce qui a intrigué les zoologistes est l’observation suivante : par comparaison aux colonies saines, celles qui montrent des signes de souffrance sont beaucoup plus affectées par des virus, parallèlement à la présence (ou non) de varroa et ceci indépendamment de tous les autres facteurs tels que l’environnement, la présence sur les lieux de butinage de pesticides ou encore de récents transports en camion pour amener les rûches sur les lieux de pollinisation. Il en est de même pour les colonies de bourdons. Les moyens d’investigation modernes de présence d’ADN et d’ARN et leur identification rapide a permis de montrer qu’une multitude de virus étaient responsables de la mort des colonies. Pour ne citer que quelques-uns d’entre eux, il s’agit pour la plupart de virus à ARN simple brin à lecture directe, par opposition aux « rétrovirus » dont la lecture se fait dans le sens 5′ vers 3′. Je passe sur les détails. Il s’agit du virus Israeli de paralysie sévère (IAPV), du virus Kashmir (KBV), du virus déformant les ailes (DWV), du virus Lake Sinai (LSV) mais aussi du virus Kakugo, du varroa destructor virus-1, du virus Sacbrood et enfin d’autres virus qui n’ont pas encore pu être classés taxonomiquement. Ça fait beaucoup et les spécialistes de la question ont tendance à émettre l’hypothèse que tous ces virus pathogènes pour les abeilles, pour beaucoup d’entre eux véhiculés par le varroa, se transmettent d’abeille à abeille par déglutition.

Chez les colonies atteintes par le varroa, la diversité virale est réduite à seulement deux ou trois types de virus, ce qui aurait tendance à montrer que le varroa ne transmet pas tous ces types de virus mais il reste encore à préciser ce point particulier. Les travaux actuels s’orientent vers une meilleure compréhension des mécanismes d’immunité des abeilles vis-à-vis d’une attaque virale. Il semble que le varroa affaiblit le système immunitaire des abeilles selon un processus encore inconnu. Ce qui est d’ors et déjà acquis est une modification du taux de petits ARNs inhibiteurs de la réplication des virus à ARN, l’un des mécanismes de défense des abeilles. La situation est plutôt compliquée par le fait que l’on ne dispose pas d’abeilles mutantes comme dans le cas de la drosophile (la mouche du vinaigre) qui est également susceptible à des attaques virales et chez laquelle il a été possible de préciser le rôle des petits ARNs inhibiteurs double-brin interférant avec la réplication virale. Enfin la production in vitro de ces virus est encore très difficile.

Les travaux de recherche dans le domaine de la mort des colonies d’abeilles s’orientent enfin vers les bactéries normalement présentes dans le tractus digestif des abeilles afin de déterminer l’interaction entre celles-ci et la défense immunitaire des abeilles. Toute une recherche malaisée en perspective, les enjeux économiques la justifient amplement.

Source : Plos pathogens, doi : 10.1371/journal.ppat.1005757

3 réflexions au sujet de « La mort des colonies d’abeilles revisitée »

  1. je vous conseille un excellent film sur le sujet « des abeilles et des hommes » c est un documentaire suisse de 2012, et on comprend aisément que la disparition des abeilles est plus du fait de la debilite de l homme que des pesticides. les abeilles qui pollinisent les champs d amandiers aux US et qui voyagent a travers tout le pays sont des esclaves , purement et simplement, sans respect pour ce qu elles font et ce qu elles sont meme si ce n est que des insectes. dans des usines, l homme recombinent les ruches en melangeant les essaims qui ne survivent pas a pareil traitement. en france, les apiculteurs ne sont pas meilleurs, ils siphonnnent le miel des ruches et pour que l essaim ne creve pas, ils donnent de l eau sucre pour que les abeilles passent l hiver, ou pas. la production de miel n est pas une science exacte, ou tout les ans, on recolte avec ces 3% de progression, parfois c est 3 kgs, ou 30 voir meme 80 ou rien, un des problemes est la specialisation, ne produire que du miel est aleatoire, surtout quand dans les champs environnants, on ne controle pas la presence d alimentaiton pour ses ruches. les agricuteurs qui ne produisent que des cereales par exemple comme cette annee pleurent deja la mauvaise recolte a la fois en qualite et en quantite, alors qu en diversifiant sa production, on repartit le risque.

  2. Je souviens d’une des émissions « sur les épaules de Darwin » de Jean Claude Ameisen où il avait abordé un aspect méconnu de la disparition des abeilles. Le principe, de mémoire, est que les apiculteurs recueillent la propolis, qu’ils revendent fort cher, et la remplacent par de l’eau sucrée.
    La propolis sert à l’établissement d système immunitaire des petites abeilles. L’eau sucrée ne remplit pas ce rôle, les nouvelles abeilles sont de plus en plus sujettes à des maladies dont les générations précédentes sont protégées.
    Laisser la propolis dans les ruches semblait être une piste simple et efficace. Mais les apiculteurs ne semblaient pas vraiment savoir à quoi sert cette substance dans les ruches, et donc sont peu enclins à réduire leurs recettes…

    • Bonjour,
      C’est quand même ahurissant d’entendre qu’un apiculteur ne sait pas ce qu’est la propolis et à quoi cela sert.
      C’est un peu comme de dire que mon mécanicien auto ne sait pas à quoi sert un pneu sur une voiture puisqu’il est spécialiste du moteur…. Affligeant.
      Je sais pas non plus où c’est que tu as pu entendre que l’eau sucré remplace la propolis….
      Le liquide de mon essuie glace ne remplace pas le liquide de refroidissement…. Pourtant ce sont biens 2 liquides….
      De plus ce n’est pas une majorité d’apiculteur qui récolte la propolis !
      Certains ne s’occupent que du miel, même pas de la gelée royale.
      Bref, l’eau sucrée et plus particulièrement le sucre, est un apport en plus, pas de substitution.
      Il permet de donner un coup de pouce à la ruche en cas de climat contrariant ou inapproprié pour les abeilles. Mais peu aussi servir de coup de pouce pour qu’une ruche démarre correctement et surement son évolution.

      Enfin, quand je lis Kelevra dire : »la disparition des abeilles est plus du fait de la debilite de l homme que des pesticides », j’ai envie de dire que les accidents de la route sont dus au mauvais mécaniciens plutôt qu’aux conducteurs….
      Tiens en parlant de pesticide, encore un fait frais :
      http://www.leparisien.fr/environnement/nature/etats-unis-les-abeilles-victimes-de-la-lutte-contre-zika-01-09-2016-6085899.php
      Une chose reste certaine, la débilité de l’homme n’a pas finit de me surprendre, tant ceux des spécialistes que les néophytes à ce sujet.

      Amicalement
      Gus

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