La natalité au Japon : un tournant optimiste …

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Je regarde fidèlement le débat entre Olivier Delamarche et un invité pour l’occasion sur le plateau de BFM Business un jour après sa mise en ligne car je n’ai pas de télévision chez moi et que je me contente de visionner ce débat fort intéressant avec internet. Bref, ce cher Olivier, dont j’apprécie immensément les analyses économiques, ne cesse de répéter que le Japon c’est fini, c’est foutu, ce pays est mort, il n’a aucun avenir … J’ai séjourné à Tokyo au mois d’avril et tout était comme à son habitude. Des chantier de partout, des gares ferroviaires en réfection, des buildings qui sortent de terre partout, des espaces résidentiels en pleine transformation, de nouvelles écoles, de nouveaux magasins qui s’ouvrent ici et là, des quartiers commerçants et des magasins grouillants de monde, et ce cher Olivier qui persiste et signe à longueur d’interview sur la chaine BFM que le Japon : c’est fini …

Je conseille à Monsieur Delamarche d’aller par lui-même se rendre compte que la station de train de Shimbashi, en plein centre du quartier des affaires de Tokyo, au sud de Ginza, est en complète rénovation. Est-ce le cas pour les stations de train ou de métro de la ville de Paris ? On se croirait presque dans un pays sous-développé et les touristes continuent à affluer à Paris, probablement par goût d’exotisme, je n’en dirai pas plus.

Le problème du Japon, comme celui de l’Italie et également de l’Allemagne, est l’effondrement du taux de natalité qui selon les démographes devrait conduire ces pays vers une décroissance critique de leurs populations avec toutes les conséquences économiques et sociales redoutables prévisibles.

La Chine a récemment rétabli la possibilité pour les couples (non inscrits au parti) d’avoir plus d’un enfant, la politique de l’enfant unique devant être insoutenable dans les quelques 20 à 30 années à venir. Au Japon la situation de la natalité n’a pas attendu les injonctions étatiques. Comme tout pays développé, la natalité a naturellement tendance a diminuer et depuis une poignée d’années, le gouvernement japonais, mais surtout les préfectures et les districts, le pouvoir administratif étant très décentralisé dans ce pays, incitent les femmes mariées ou en passe de l’être à procréer pour l’avenir du pays. Le taux de natalité est passé de 1,42 en 2014 à 1,46 en 2015 après avoir atteint un plus bas en 2005. Selon l’agence Bloomberg cette augmentation est essentiellement due aux femmes âgées de plus de 30 ans qui ont choisi de rester à la maison et d’avoir un deuxième enfant voire plus.

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Pourtant, dans ce pays, l’organisation sociale n’est pas vraiment adaptée pour inciter les femmes à avoir des enfants. Les crèches sont hors de prix, il faut pour une femme mariée et employée dans une société qu’elle sache programmer sa grossesse afin de pouvoir éventuellement bénéficier d’une place dans une crèche selon la date de naissance de son enfant. De plus elle est lourdement pénalisée au niveau de sa progression professionnelle si elle a eu la malencontreuse idée de procréer. Je n’invente rien, c’est exactement ce qui est arrivé à ma bru, Japonaise, qui a exprimé le désir d’avoir deux enfants !

Bref, la situation devenant critique, la seule incitation pour que les Japonaises renouvellent la génération, alors que le pays est toujours très xénophobe, est de nature financière. Par exemple à Minato-ku, un quartier justement situé au sud de Ginza et à deux stations de train de la station de Shimbashi, la municipalité locale a décidé de gratifier les femmes enceintes d’une prime de 180000 yens (environ 1700 euros) pour le premier enfant. À Ama, une bourgade située dans l’île de Nakanoshima au sud de Kyushu, cette incitation financière est de 100000 yens pour le premier enfant et croit ensuite jusqu’à atteindre un million de yens pour le quatrième enfant. Il faut dire que dans les petites îles japonaises le dépeuplement est critique car il n’y a pas beaucoup de travail à moins d’être fonctionnaire ou marin-pêcheur, et comme il y a de moins en moins de poissons …

Bref, les Japonaises ont pris conscience qu’il devenait presque un devoir pour leur pays d’avoir des enfants, c’est ce qui est dit régulièrement dans des clips à la télévision comme la chaine NHK. Je propose à Monsieur le Premier Ministre Shinzo Abe d’augmenter d’un point la TVA qui n’est que de 6 % au Japon et de consacrer toutes les recettes de ce supplément de TVA exclusivement à une politique nataliste agressive, pourquoi pas ?

Sources : Bloomberg et Reuters

3 réflexions au sujet de « La natalité au Japon : un tournant optimiste … »

  1. Delamarche n’évoquait il pas plutôt la situation financière du pays ? Leur endettement est colossal…

    Quand a augmenter la tva, ce qui était prévu pour juin puis repoussé, la dernière hausse du taux a provoqué un effondrement de la conso

    • Regardez cette vidéo en live et vous comprendrez que les Japonais ont repris leurs habitudes de consommateurs. La caméra se trouve quelque part au niveau de la gare de train de Shibuya. Il y a une multitude de centres commerciaux comme Tokyu à gauche de l’écran. J’étais dans le centre commercial Tokyu de Kishijoji il y a 6 semaines un jour de semaine et je peux vous dire que c’était noir de monde !

  2. Je comprends votre perplexité quand au décalage entre les propos d’Olivier Delamarche et la vision du Japon que l’on a, chaque fois qu’on visite Tokyo.
    Shinjuku, Ebisu, Ginza ou Shibuya, partout, ce sont des chantiers, de nouveaux commerces qui se créent, les cinémas pleins à n’importe quelle heure du jour, une impression de jeunesse et d’énergie omniprésente.
    Cependant, les touristes étrangers ne voient le Japon, qu’au travers des grandes villes et des sites touristiques. L’impression est toute autre dès que l’on va dans le Japon provincial et, à mon avis, aussi fabuleux que Tokyo.
    Je me suis rendu l’année dernière à Kanoya, au sud de l’île de kyushu. La ville est ceinturée de zones commerciales relativement fréquentées. Dans le centre en revanche, on voit de nombreux magasins fermés, et surtout, une très très grande proportion de personnes âgées, voire très âgées. C’est là que l’on mesure la vraie menace qui pèse sur le Japon, le risque qu’il devienne une grande maison de retraite. Et, c’est une situation qu’on retrouve partout dans le pays. Je ne crois pas que le Japon soit fichu tant il est capable d’adaptation, mais cela aura forcément de graves conséquences, tant sociales que financières. Même si la situation démographique s’améliorait, il faudra 25 ans avant que ces enfants arrivent dans la vie active et le Japon refuse tout recours à l’immigration. Je crois que la nostalgie de l’ ère Edo (l’isolement du reste du monde) est très présente dans l’inconscient japonais. Cet espèce d’âge d’or est essentiel pour comprendre leur rapport avec le reste du monde et leur refus des travailleurs étrangers.
    La masse des gens âgés et donc retraités ( ou moins actifs) se fera sentir sur l’économie du pays. De ce point de vue et, au moins temporairement, je crois qu’Olivier Delamarche a raison.
    Si la situation était la même en France, je dirais comme le Blogger H16 : ce pays est foutu !
    Mais pas au Japon.

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