Expérimentations sur l’homme : un business juteux !

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Vous êtes chômeur ou vous avez tout simplement une facture urgente à payer, c’est très simple inscrivez-vous comme volontaire auprès de hVIVO, une firme londonienne qui conduit des essais cliniques très particuliers appelés en anglais « Human Challenge Studies » (HCS). La particularité de ce type d’essais est d’inoculer des volontaires avec des bactéries ou des virus – plus ou moins atténués – et de procéder à des études sur des antiviraux, des vaccins ou des antibiotiques encore au stade de développement expérimental. Vous serez logé dans un hôtel de luxe, en quarantaine (il ne faut tout de même pas que vous contaminiez des centaines de personnes) pendant 10 à 15 jours, tous frais payés cela va de soi, et vous percevrez la modique somme de 5000 euros si tout s’est bien passé et éventuellement une prime si vous avez souffert de troubles sérieux.

C’est nettement mieux rémunéré que porter un enfant d’autrui (pour une femme au chômage qui loue son utérus pendant 9 mois), le tarif pratiqué en Espagne étant de 25000 euros. J’ai tenté de trouver des données à ce sujet pour d’autres pays d’Europe : rien de disponible, c’est l’omerta …

Mais revenons à ces essais cliniques qui semblent être pratiqués depuis plus de 25 ans dans la plus totale discrétion. Les commandes proviennent de grands laboratoires pharmaceutiques qui considèrent que les essais cliniques traditionnels sont trop coûteux, trop longs, compliqués à mettre en oeuvre et loin d’être concluants. Le catalogue non exhaustif est parlant : malaria, influenza, shigella, dengue, norovirus, tuberculose, rhinovirus, Escherischia coli, typhoïde, giardia ou encore campylobacter. Ces essais sont effectués sur une poignée de volontaires, une douzaine, et coûtent infiniment moins cher que des essais en phase 2 ou 3 qui atteignent des somme faramineuses de plusieurs centaines de millions de dollars. Ils sont rapides et les effets secondaires sont très vite cernés.

Ce type d’approche n’est pas nouveau puisque le vaccin contre la variole fut mis au point de cette façon par Edward Jenner (voir le lien sur ce blog). Cette approche a été reprise par les Américains dans les années 1940 en infestant 400 prisonniers (contre une remise de peine légère) avec le plasmodium de la malaria en quête de nouveaux produits chimiques pour combattre cette maladie. À peu près au même moment des médecins allemands s’en donnèrent à coeur joie, si l’on peut dire les choses ainsi, avec les prisonniers des camps de concentration. Ces évènement conduisirent à la formulation en 1947 de ce que l’on appelle aujourd’hui le « Code de Nuremberg » qui explicite les règles des essais cliniques, le consentement des volontaires et leur liberté de quitter un essai en cours.

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Des expérimentations de ce genre continuèrent à être pratiquées dans certaines prisons américaines, les personnes incarcérées ayant dûment compris l’objet de l’expérimentation et étant rémunérés 20 dollars par jour pendant la durée de l’essai ! À a fin des années 1980 il s’agissait cette fois d’un essai organisé par l’Université du Maryland sous la direction du Docteur Myron M. Levine et sous l’égide du National Institute of Health pour tester un vaccin contre le choléra (Vibrio cholerae), une bactérie loin d’être anodine. Un service d’hôpital fut mis en quarantaine pour héberger des volontaires qui furent facilement recrutés auprès des institutions religieuses locales. Les travaux ont conduit à la mise au point d’un vaccin contre cette maladie mortelle dans de nombreux pays qui devrait être homologué dans quelques mois. Certains volontaires en gardent un mauvais souvenir comme cet homme à qui on dut perfuser 26 litres d’électrolyte pour le sauver du vrai choléra ! (illustration en début de billet).

Par la suite, le Docteur Levine élargit ce type d’essais cliniques un peu particuliers au typhus et aux norovirus et rotavirus responsables de la gastroentérite. Ces derniers travaux ont conduit à la mise au point d’un vaccin.

Le cas de la malaria à Plasmodium falciparum est également exemplaire. Des essais « HCS » de ce type, ont conduit à la mise au point d’un vaccin dont l’efficacité n’est malheureusement pas totale au cours d’une collaboration entre l’armée américaine et les laboratoires GlaxoSmithKline. Le plus significatif est la découverte du Tamiflu en inoculant le virus de la grippe à des volontaires. Une dizaine de volontaires suffirent pour cerner l’efficacité de ce produit qui reste encore l’un des rares traitements efficaces contre la grippe malgré ses effets secondaires. Ce type d’approche permit également de découvrir quelle était la vraie réponse immunitaire à ce virus, ce qui aida à l’ajustement de la mise au point subséquente des vaccins qui sont maintenant produits chaque année pour protéger des centaines de millions de personnes à risque.

En 2011, le NIH finança un essai clinique de type HCS au cours de la mise au point d’un vaccin contre la dengue, une fièvre hémorragique provoquée par un virus proche du Zika. Un sous-type de virulence naturellement atténuée fut utilisé et les volontaires, une vingtaine, après avoir été « vaccinés » furent délibérément inoculés avec le virus natif. Tous résistèrent à ce type de virus, une expérience qui n’est pas sans rappeler l’essai d’Edward Jenner avec la variole et la forme atténuée du virus bovin cowpox. Ces essais ont été repris avec succès au Brésil au début de cette année 2016 en vaccinant 17000 personnes.

Le Docteur Levine, cependant, a décliné sa participation à des essais sur des volontaires dans le cadre de la mise au point d’un nouvel antibiotique et d’un vaccin contre la bactérie Neisseria gonorrhoeae (la blennorragie ou « chaude-pisse ») considérant qu’inoculer cette bactérie dans l’urètre de volontaires masculins dépassait, selon lui, les limites de l’éthique médicale. Ce n’est pourtant pas un hasard si de tels essais ont été envisagés car la bactérie responsable de la blennorragie devient résistante à pratiquement tous les antibiotiques.

Il reste que malgré certaines prises de position hostiles contre la pratique des HCS les comités d’éthique ont normalisé cette approche clinique et elle reste un outil très utile pour le développement rapide de nouvelles voies de prévention de nombreuses maladies.

Source et illustrations : http://www.sciencemag.org

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/06/22/retour-sur-linvention-du-vaccin-contre-la-variole-et-la-situation-actuelle/

Lien : hvivo.com

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