Le cancer contagieux du chien : toute une histoire …

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La tumeur sexuellement transmissible du chien est un des quelques rares cancers contagieux qui soient connus. Pour cette tumeur génitale du chien, le mâle au niveau du pénis et la femelle au niveau de la vulve, on croyait qu’il pouvait s’agir d’un virus provoquant ce cancer qui se développe rapidement en forme de chou-fleur comme c’est le cas du cancer du col de l’utérus chez la femme provoqué par le HPV (human papilloma virus). De récentes études ont montré qu’il n’en est rien et que la transmission s’effectue via des cellules cancéreuses préexistantes.

Il s’agit de la plus vieille lignée cellulaire cancéreuse connue puisque son apparition est estimée remonter à plus de 11000 ans. Comme la domestication du chien par l’homme est considérée comme antérieure l’hypothèse la plus couramment admise est un goulot d’étranglement génétique dans l’évolution du chien lorsqu’il fut justement domestiqué par l’homme. C’est l’hypothèse qui expliquerait que le diable de Tasmanie soit également susceptible à un cancer contagieux.

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L’étude a concerné 449 tumeurs récoltées dans les 5 continents et l’étude du génome mitochondrial de ces tumeurs et de celui de 590 chiens également répartis dans le monde. Il est apparu que le groupe phylogénétique A (on dit clade) des cellules tumorales, bien que datant de 11000 ans selon la dérive génétique ou accumulation naturelle de mutations s’est scindé en 4 autres sous-clades au cours du temps mais relativement récemment comme l’indique la figure ci-dessous :

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En réalité il s’est produit un phénomène surprenant de transfert horizontal de portions de l’ADN mitochondrial de l’hôte de la tumeur créant ces sous-clades avec des réarrangements de cet ADN beaucoup plus facile à étudier que ceux de l’ADN nucléaire malgré le fait qu’il ne soit transmis que par la mère. Les clades 1 et 2 partagent un ancêtre commun depuis 460 ans alors que le nombre de mutations somatiques retrouvées dans le clade 2 est plus de deux fois inférieur. Ceci suggère bien un transfert horizontal entre l’ADN de l’hôte et les cellules tumorales. Le clade 3 divergea du clade 1 il y a 1244 ans alors que les clades 4 et 5 divergèrent de ce même clade 1 il y a respectivement 1690 et 585 ans. En se basant sur la dérive génétique de l’ADN mitochondrial humain les cellules tumorales canines toutes issues d’une première tumeur individuelle ont été soumises à des réarrangements génétiques par transfert horizontal au moins 5 fois durant les 2000 dernières années.

La répartition géographique des tumeurs (les couleurs des différents clades) est riche d’enseignements. Par exemple les chiens australiens souffrant de ce cancer n’ont été en contact avec un chien porteur qu’il y a au plus 116 ans quant aux tumeurs étudiées en Amérique Centrale et du Sud elles dérivent toutes d’un clone ne datant pas de plus de 511 ans soit 13 ans après le premier voyage de Christophe Colomb. La tumeur génitale du chien constituée de la plus vieille lignée cellulaire maligne connue est un exemple unique de recombinaison horizontale ayant permis aux cellules de « rajeunir » leur ADN mitochondrial au cours du temps, un mécanisme sélectif d’adaptation révélant des mécanismes biologiques inattendus qui sont apparus dans une ancienne lignée cellulaire qui, de ce fait, a survécu plus de 10000 ans.

Source et illustration : http://dx.doi.org/10.7554/eLife.14552

Alimentation sans gluten : une mode et de gros profits …

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Les statistiques de Google révèlent parfois des comportements étranges. C’est ce que vient de démontrer un article paru dans le très respecté Journal of Pediatrics (http://dx.doi.org/10.1016/j.jpeds.2016.04.014 ) au sujet du gluten. L’intolérance au gluten laisse quelque peu perplexes les spécialistes en gastroentérologie (voir le lien sur ce blog en fin de billet) et une preuve formelle d’une relation de cause à effet entre les aliments contenant du gluten, à base de blé, d’orge ou de seigle, et la maladie coeliaque n’a toujours pas été clairement démontrée. Seules des observations contestables ont conduit les nutritionnistes et les médecins à suggérer aux patients un régime alimentaire sans gluten puisqu’il leur « semblait » que l’absence de gluten soit bénéfique pour la santé intestinale.

Selon des statistiques médicales incontestables moins de 0,5 % de la population souffre d’intolérance avérée au gluten. La question qui se pose alors est de savoir pourquoi une étude portant sur 30000 personnes réparties dans 60 pays de par le monde indique que 21 % d’entre elles considèrent que l’alimentation sans gluten est « très » importante pour leur santé ainsi que pour celle – et surtout – des enfants. Jusqu’à 37 % des personnes de moins de 20 ans interrogées dans le cadre de cette étude déclaraient que l’alimentation sans gluten était préférable pour leur santé malgré le surcoût substantiel induit par leur choix. D’un autre côté 47 % des personnes ayant participé à cette étude déclarent que cette histoire d’aliments sans gluten n’est qu’une mode et qu’il n’y a aucune évidence pour l’entretenir.

Pourtant, en l’espace de trois ans le chiffre d’affaire de l’industrie alimentaire sans gluten a augmenté de 131 % pour atteindre aux USA seulement la coquette somme de 11,6 milliards de dollars en 2015, très largement au dessus du nombre de cas déclarés et prouvés de maladie coeliaque. Qui plus est, l’obtention de farine sans gluten appauvrit celle-ci en vitamines du groupe B, en folate et en fer. Mais pire encore, les aliments sans gluten préparés industriellement sont enrichis en corps gras et en sucres afin de pallier à leur mauvaise tenue mécanique et à leurs propriétés organoleptiques dégradées. L’étude citée en référence indique que la nourriture sans gluten favorise l’apparition de diabète de type 2 et de surpoids.

Ce qui embarrasse la communauté médicale est la frontière imprécise entre la maladie coeliaque indépendante du gluten et l’intolérance prouvé dans moins de la moitié des cas à ce composé présent dans les céréales citées plus haut. En effet, la recherche d’anticorps (IgA) dirigés contre une portion de la gliadine, l’un des composants protéiques du gluten, est souvent peu ou pas concluante. D’autres cas sont à rapprocher de l’intolérance au lactose et parfois au fructose.

S’il est indéniable que certaines personnes ressentent un bienfait avec l’alimentation sans gluten, il reste qu’aucune explication scientifique satisfaisante n’a pu être apportée à cette observation. Il serait alors logique et recommandé que les personnes souffrant de maladie coeliaque soient orientées vers une recherche d’autres formes de maladies auto-immunes provoquant ce symptôme et éventuellement des manifestations allergiques cutanées. Finalement la nourriture sans gluten est une histoire de mode et il est peu probable que le corps médical arrive à modifier le comportement des consommateurs qui se sont auto-persuadés que le gluten était mauvais pour leur santé. Les seuls bénéficiaires de cette mode sont les industriels de la malbouffe qui ont exploité judicieusement ce filon de marketing.

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Le plus étonnant dans cette histoire est l’arrivée de la bière sans gluten dans ce marché « tendance ». Les brasseries Dupont Foret Libre et Mikkeller proposent chacune une bière appauvrie en gluten. On n’arrête plus la créativité quand il s’agit d’exploiter la bêtise humaine qui, comme le disait très justement Einstein, n’a pas de limite !

Illustration : voir le lien dans le texte, source Google : http://www.google.com/trends du 23 décembre 2015

Bière : source Bloomberg

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/13/ou-le-gluten-fait-reparler-de-lui/

Brève : nouvelles de la centrale solaire d’Ivanpah (Californie)

Il y a quelques semaines (voir le lien) je relatais les déboires de la centrale solaire géante d’Ivanpah dans le désert de Mojave en Californie. La situation s’est aggravée il y a 48 heures avec la quasi destruction de l’un des fours. Des tubulures ont été endommagées par la surchauffe hors de contrôle provoquée par une focalisation défectueuse du rayonnement solaire.

Privée du tiers de ses capacités pour une durée indéterminée il est vraisemblable que Pacific Gas & Electric, la compagnie d’électricité sous contrat avec la centrale solaire, dénonce ce dernier pour non respect des clauses initiales. Encore un fiasco à 2,2 milliards de dollars pour satisfaire les rêves des écologistes …

Source : Los Angeles Times

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/03/20/crise-climatique-le-soleil-refroidit/

Le saumon transgénique de nouveau à la une de l’actualité

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Le saumon de l’Atlantique est l’espèce la plus abondamment produite par aquaculture dans le monde : environ 2 millions de tonnes pour une valeur de 10 milliards de dollars. Les enjeux économiques sont donc à l’évidence considérables. La société canadienne AquaBounty a mis au point avec l’aide de l’Université du Newfoundland il y a plus de 20 ans un saumon génétiquement modifié qui produit continuellement l’hormone de croissance du saumon Chinook dont le gène est sous le contrôle du promoteur de la protéine « anti-gel » d’anguille. Il est intéressant de mentionner pour quelle raison ce montage fut choisi à l’origine. Le saumon ne produit pas d’hormone de croissance durant les longues nuits d’hiver de l’Atlantique Nord ni dans l’obscurité. Le saumon génétiquement modifié présente la particularité de produire cette hormone 24 heures sur 24 et le résultat est spectaculaire, il grossit deux fois plus vite que le saumon non génétiquement modifié en engloutissant 10 % de nourriture en moins.

Il aura fallu plus de 20 ans pour que la FDA américaine autorise la commercialisation de ce saumon et les autorités sanitaires canadiennes viennent de suivre leur homologue américain. La FDA, sous la pression des écologistes, en particulier le WWF, a fini par exiger un étiquetage évident pour ces saumons afin que le consommateur ne les confonde pas avec les saumons « normaux ». Si j’ai utilisé des guillemets c’est pour insister sur le fait que toutes les études et analyses réalisées ce dix dernières années sur le saumon AquaBounty n’ont jamais pu montrer une quelconque différence avec le saumon de l’Atlantique élevé dans des fermes marines, que ce soit en Norvège, en Islande ou en Ecosse.

Les écologistes, un peu dépités par les décisions américaine et canadienne, ont alors mis en avant le fait que AquaBounty avait choisi les montagnes du Panama pour y installer une grande ferme d’élevage de saumons à 1500 mètres d’altitude. Ce choix a paru suspect pour les écolos qui semblent ignorer que le saumon vit aussi bien en mer qu’en rivière …

Le gouvernement canadien considère que la nourriture issue de plantes transgéniques est saine et non détrimentale pour la santé humaine. Elle est consommée depuis de nombreuses années sans qu’un quelconque effet adverse ait pu être détecté. D’autre part les modifications génétiques apportées améliorent les qualités nutritionnelles des aliments. Les autorités canadiennes ont déclaré qu’un étiquetage spécifique des saumons d’AquaBounty n’était pas nécessaire (voir le lien). Les écolos canadiens réfutent tout en bloc et considèrent comme déplorable et dangereux que le peuple soit pris en otage pour être le premier au monde à expérimenter un animal génétiquement modifié. Comme je le mentionnais dans un précédent article de ce blog (voir les liens au sujet du saumon AquaBounty) l’écologie est devenue une véritable religion qui s’appuie sur de la fausse science, une résurgence détestable du Lysenkoisme …

Illustration : Deux saumons de l’Atlantique du même âge, élevés dans les mêmes conditions. En arrière plan le saumon AquaBounty

Source : news.gc.ca/article-en.do?nid=1068309 et aussi sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/10/20/saumon-transgenique-belle-bataille-en-perspective/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/03/30/ou-la-religion-se-mele-des-ogms/

La gigantesque arnaque saoudienne

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Qui n’a pas entendu parler d’Aramco s’en mordra les doigts dans dix ans, trente ans peut-être, car sa caisse de retraite aura été prise au piège. Le gouvernement saoudien, ou plutôt le clan de la famille Saoud, veut que l’économie du pays de 28 millions d’habitants (sans compter les travailleurs immigrés) se diversifie dans une économie moderne qui soit à terme moins dépendante du pétrole. Le bouillant Mohammed bin Salman, pour financer ce projet à l’horizon 2030, a décidé de lancer une IPO pour Aramco, la compagnie pétrolière nationale qui exploite, transforme et vend le pétrole et ses produits dérivés. Une IPO est une offre publique initiale d’actions en bourse ou « introduction en bourse » et le Prince héritier, ministre du pétrole et de l’industrie, veut ainsi lever des fonds pour financer ses projets tous azimuts.

Il s’agit de privatiser un infime partie d’Aramco, à peine 5 % du capital. Là où le bât blesse, si on peut dire les choses ainsi, c’est l’estimation du capital de cette société employant 65000 personnes, possédant les champs pétrolifères, les raffineries et les unités de pétrochimie qui y sont associées. En calculant le montant de l’IPO on arrive, selon les analystes financiers occidentaux à une capitalisation virtuelle d’Aramco comprise entre 2000 et 4000 milliards de dollars. Oui ! Vous avez bien lu : l’IPO est destinée à lever 200 milliards de dollars de cash pour financer de grands projets de diversification industrielle dans un pays où les deux tiers d’une population mal éduquée, prisonnière d’un wahhabisme extrémiste et habituée à vivre de la rente pétrolière a moins de 30 ans. On se demande bien dans ces conditions comment les projets pharaoniques du Prince Salman pourront voir le jour sinon en ouvrant toutes grandes les portes à l’immigration …

C’est exactement l’inverse qui se produit en ce moment : l’Arabie Saoudite n’a pas daigné accueillir le moindre réfugié sur son territoire, toute contente de les laisser partir vers l’Europe pour se former à l’islam radical dans des centres de prière financés par le pétrole saoudien. Ce ne sont pas quelques centaines de milliers de travailleurs étrangers réduits à l’état d’esclaves en provenance du Bangladesh, de Malaisie ou d’Indonésie qui permettront de réaliser ces projets.

Les investisseurs se posent donc de véritables questions sur l’opportunité d’investir dans Aramco. Quels sont les biens tangibles et les capacités de création de richesse d’Aramco ? Un question que doit se poser un investisseur lucide et prudent. La capitalisation boursière fictive d’Aramco serait basée sur le volume des réserves de pétrole et de gaz des champs d’hydrocarbures géants tels que celui de Shaybah par exemple. Mais quels sont le volume et la valeur de ces réserves ? Personne n’en sait rien ! C’est un secret d’Etat jalousement occulté. Or quand à l’évidence Aramco a commencé à injecter de l’eau de mer dans certains sites de production pour « faire remonter » le pétrole n’importe quel investisseur est en droit de se poser de réelles questions sur ces soit-disant réserves immenses et donc sur l’opportunité d’investir dans Aramco dont le siège se trouve à Dhahran à quelques centaines de mètres du premier puits de pétrole exploité en 1938.

Un autre paramètre inconnu est le prix du baril de pétrole et son évolution à moyen terme. Quel sera ce prix en 2030 ? Bien malin celui qui peut répondre à cette question et une telle inconnue n’est pas très rassurante pour les investisseurs. Le projet saoudien est donc soit une vue de l’esprit de la famille Saoud, soit une grosse arnaque, ce qui revient strictement au même …

Source et illustration : Financial Times

Une « app » pour prévoir la date des règles !

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Je suppose que la plupart des femmes savent compter jusqu’à 28 et qu’elles n’ont de ce fait pas besoin de se confier à leur téléphone cellulaire pour prévoir la date de leurs prochaines règles. Pourtant c’est ce qu’a imaginé la cofondatrice de la société Clue, une dénommée Ida Tin. À l’évidence cette application disponible pour téléphone portable et smart-watch va considérablement aider les femmes à ne pas oublier de mettre un petit point rouge discret sur le calendrier qui se trouve le plus souvent dans leur cuisine.

D’ailleurs, plus besoin de petit point rouge, l’application fait tout ! Elle calcule la durée moyenne du cycle et prévient l’utilisatrice du jour des prochaines règles, du jour de l’ovulation et également, le cas échéant, d’un retard par une alarme personnalisée.

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Le téléphone portable, c’est magique !

Ce que le site helloclue ne dit pas, c’est comment le téléphone portable peut prendre toutes ces responsabilités …

Source : https://www.helloclue.com/fr/index.html via The Independent

Du nouveau dans le monde de la catalyse enzymatique

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Loin de moi l’idée de faire un cours de chimie organique à mes lecteurs qui peuvent toujours lire l’article bien documenté de Wikipedia à propos de la réaction de Diels et Alder (voir le lien). Il s’agit de la condensation très spécifique entre un hydrocarbure di-insaturé conjugué et un autre hydrocarbure mono-insaturé. La découverte de ce mécanisme réactionnel en 1928 par les deux chimistes du même nom leur valut le prix Nobel bien des années plus tard – en 1950 – quand on se rendit compte qu’un tel mécanisme était non seulement effectif dans diverses synthèses chimiques mais également dans le monde vivant. Deux exemples parmi d’autres sont les synthèses du cholestérol et des prostaglandines qui mettent en jeu ce type de réaction chimique.

Comme dans des situations particulièrement favorables la réaction de Diels-Alder peut avoir lieu spontanément on n’avait jamais imaginé qu’il puisse exister un enzyme favorisant un tel mécanisme. Les biologistes, en particulier les enzymologistes, renoncèrent donc à tenter de caractériser une telle activité enzymatique et l’affaire fut classée. Dans les livres de biochimie chaque réaction de Diels-Alder ayant lieu dans une chaine métabolique est considérée comme spontanée et s’il y avait intervention d’un enzyme, jamais aucune attention particulière n’a été orientée vers la recherche et la caractérisation de cet enzyme hypothétique.

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C’est une véritable grande découverte qu’a fait une équipe de l’Université de Bristol dirigée par le Docteur Paul Race en caractérisant de manière non ambigüe un enzyme qui catalyse une réaction de Diels-Alder dans une bactérie récoltée dans les fonds marins profonds de l’Océan Pacifique et appelée Verrocusispora maris. L’enzyme appelé AbyU catalyse une vraie condensation type Diels-Alder pour produire une molécule antibiotique appelée abyssomicine C. Le gène de l’enzyme a été cloné et exprimé dans une autre bactérie, sa structure identifiée et la réaction a pu alors être modélisée à l’aide de logiciels faisant intervenir des calculs reposant sur la mécanique quantique. Ce travail remarquable a nécessité la collaboration de chimistes, de biologistes et de mathématiciens pour enfin démontrer que cette réaction est bien, du moins dans ce cas précis, favorisée par l’intervention d’un enzyme spécifique puisque la « vitesse », ou en d’autres termes l’efficacité de la réaction de condensation, est plus de 1000 fois plus rapide en présence de cet enzyme que celle attendue spontanément.

L’équipe de Bristol s’attache maintenant à utiliser ce catalyseur biologique très particulier pour produire « en douceur » des analogues de l’abyssomicine, une famille d’antibiotiques prometteurs. D’innombrables applications potentielles de cet enzyme sont d’ors et déjà imaginables. L’incroyable puissance du monde vivant nous réserve encore quelques surprises !

https://en.wikipedia.org/wiki/Diels%E2%80%93Alder_reaction

Source et illustrations : JACS, DOI : 10.1021/jacs.6b00232 aimablement communiqué par le Docteur Paul Race.

Note : l’abyssomicine interfère dans la synthèse de l’acide folique (vitamine B9) et provoque la mort des bactéries.