Ethique et culture d’embryons humains

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Comme on pouvait s’y attendre la question de savoir si les biologistes peuvent maintenir les embryons humains en culture au delà de 14 jours revient sur la sellette. Les récents développements des cultures in vitro d’embryons ont permis de garder viables des embryons humains bien au delà de 7 jours et cette limite considérée il y a encore quelques années difficile à atteindre est maintenant dépassée.

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Pour comprendre l’objet du débat il faut d’abord rappeler la situation législative et éthique des divers pays qui ont (ou n’ont pas) statué sur la possibilité de maintenir les embryons en vie au delà de 7 jours. Seuls quelques pays ont pris des dispositions législatives strictes. Par exemple la Suisse interdit la culture d’embryons au delà d’une semaine mais la majorité des pays, dont la plupart des pays européens, n’ont pas encore statué sur cet axe de recherche car la situation est loin d’être claire. La distinction entre des embryons obtenus artificiellement à partir de cellules souches ou par fertilisation in vitro à partir de gamètes n’est pas nettement tranchée. De plus les comités d’éthique n’ont pas précisément défini à partir de quel stade de développement un embryon devait être considéré comme une personne morale qui doit être respectée. Les opinions sont partagées. Les églises considèrent qu’un embryon est une personne dès la fécondation mais cette prise de position est contestée par les biologistes qui suggèrent qu’un embryon ne peut être considéré comme un individu à part entière que quand il est capable d’activité cérébrale ou plus radicalement quand il est possible de le maintenir en vie en dehors de l’utérus. D’autres scientifiques pensent que lorsque l’embryon est implanté dans l’utérus et qu’il a toutes les chances de vivre et de se développer il doit être considéré comme un individu.

Or c’est en partie sur ce dernier point que le débat est ouvert. L’implantation a lieu en effet aux alentours du septième jour après la fécondation et c’est la limite autorisée par la Suisse. Cependant la différenciation cellulaire débute vers le douzième jour et les premières ébauches d’organes apparaissent vers le 18e jour. C’est justement sur ce point que les biologistes fondent leurs arguments pour être autorisés à maintenir les embryons en vie au delà du 14e jour afin d’étudier cette différenciation cellulaire plus en détail.

L’enjeu est de taille tant sur le plan strictement fondamental qu’au niveau des ouvertures thérapeutiques pouvant être envisagées s’il est autorisé de maintenir des embryons en culture au delà de 14 jours, une limite implicitement respectée par la plupart des équipes de biologistes travaillant sur l’embryon humain dans le monde. L’arrivée de l’outil CRISPR-Cas9 a bousculé l’attitude relativement modérée des biologistes. Cet outil ouvre en effet de nombreuses perspectives dans le domaine thérapeutique mais la curiosité scientifique étant sans limites il est tentant pour les biologistes d’étudier plus avant la différenciation cellulaire au niveau de l’embryon plutôt qu’en utilisant des cellules embryonnaires ayant tendance à s’organiser spontanément in vitro. Les études sur l’embryon jusqu’à, disons, 21 jours permettraient d’éclaircir de nombreux aspects des interactions cellule-cellule telles qu’elles ont lieu chez un embryon et non pas avec ces structures mal différenciées s’organisant spontanément en culture et éloignées de la réalité.

À la fin du mois de mai, la prochaine réunion de la société internationale de la recherche sur les cellules souches (ISSCR) doit se réunir afin de réexaminer les recommandations internationalement admises sur la culture des embryons à la demande de centaines de biologistes de par le monde. Il se peut que quelques problèmes apparaissent car, pour certains pays, reconsidérer la législation sur les embryons devra faire l’objet de débats parlementaires et la situation actuelle pourrait être déstabilisée durablement. Gageons qu’un compromis pourra être trouvé pour le plus grand bénéfice de ce domaine de la recherche scientifique beaucoup plus prometteur que ne le pensent les législateurs et les autorités religieuses diverses.

Sources :

http://www.nature.com/news/embryology-policy-revisit-the-14-day-rule-1.19838#/b1 et cartographie

http://www.theguardian.com/commentisfree/2016/may/06/extend-14-day-limit-embryo-research

http://www.sciencemag.org/news/2016/05/why-lab-grown-human-embryo-has-reignited-old-ethical-debate

Illustration : embryon humain de 12 jours en culture

2 réflexions au sujet de « Ethique et culture d’embryons humains »

  1. Pas d’inquiétude, ttip et autre tafta vont régler le problème.
    Ce sera no limit pour le plus grand bonheur des rationalistes « éclairés » mais surtout de mammon !

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