Les « mésaventures » de Ono Pharmaceutical (Japon)

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Suivant une logique imparable les biologistes de la société Ono produisirent il y a une dizaine d’années un anticorps monoclonal agissant comme immunomodulateur. Ces biologistes avaient une petite idée derrière la tête (je ne sais pas d’où provient cette expression) pour traiter certaines formes de cancer. On savait que certaines cellules cancéreuses inhibent les lymphocytes T car elle présentent à leur surface un protéine signal qui se lie à ces lymphocytes et par conséquent le système immunitaire n’est plus capable de reconnaître ces cellules qu’elles ont pour mission de tuer afin de préserver la santé de l’ensemble de l’organisme. Cette protéine s’appelle le PD-1, PD voulant dire programmed death (mort programmée). L’idée était de traiter des patients avec cet anticorps qui, en allant se fixer sur les cellules tumorales, permettrait aux lymphocytes T de faire leur travail de nettoyage.

Quand les autorités d’Ono allèrent frapper à la porte des hôpitaux de Kyoto et d’Osaka ils se heurtèrent à une fin de non-recevoir car les médecins étaient habitués aux drogues cytotoxiques et un nouveau protocole leur semblait sinon inefficace du moins risqué même si la vie de certains patients était en grave danger. Ils essuyèrent même des commentaires du genre : »votre truc n’aura pas plus d’effet que de manger des champignons ». Cette drogue de nouvelle génération reçut le nom d’Optivo (Novilumab) et Bristol-Myers-Squibb finit par obtenir le feu vert des régulateurs à la suite d’essais cliniques particulèrement satisfaisants avec des tumeurs non résécables et certaines formes de mélanomes comme on va le découvrir.

La société Ono était tout simplement en avance sur son temps et ce n’est qu’en 2013 que les drogues entrant dans la catégorie de l’immuno-oncologie ont été reconnues comme une immense avancée dans le traitement de cancers récalcitrants aux chimiothérapies classiques.

L’Optivo n’est pas une chimiothérapie car il s’agit d’un anticorps qui va favoriser les propres défenses immunitaires de l’organisme du malade sans provoquer d’effets secondaires parfois terribles des chimiothérapies classiques. L’Optivo a été définitivement homologué en 2014 pour le traitement des mélanomes aux USA, en 2015 en Europe avec également le traitement des cancers squameux du poumon. Enfin, à la suite d’essais cliniques également couronnés de succès, cette drogue particulière a été homologuée en monothérapie pour les cancers du rein. Les traitements en cours sur des patients souffrant de mélanome, une forme de cancer mortel, a montré que près de 80 % des patients avaient survécu après deux ans à la suite du traitement avec cet anticorps.

Naturellement la compétition est devenue féroce pour diverses raisons. D’une part les effets secondaires de ce traitement se sont limités à quelques cas de pneumonite, une inflammation des poumons non liée à une invasion bactérienne ou virale. Bref, la société Ono, détentrice des droits de propriété industrielle de ce produit a découvert la poule aux oeufs d’or car le traitement n’est pas à la portée de toutes les bourses puisqu’il coûte 12500 dollars par mois.

Pour mettre à terre ses concurrents, notamment Merck, Ono finance actuellement des essais cliniques sur 20 autres formes de cancer incluant certaines leucémies. Au tout début de cette aventure il s’agissait d’un véritable coup de poker, une idée qui avait germé dans la tête de l’éminent immunologiste Tasuku Honjo de l’Université de Kyoto. Il fallut plusieurs années pour qu’Ono trouve une société qui accepte de financer les essais cliniques. Ils trouvèrent un petit laboratoire américain du nom de Medarex, une émanation de l’Université de Dartmouth aux USA. Les premiers essais cliniques concluants amenèrent Bristol-Myers à racheter Medarex tout en poursuivant la collaboration avec Ono. Merck est actuellement poursuivi en justice avec son Keytruda, une copie quasiment conforme de l’Optivo et Ono perçoit de confortables royalties de BMS pour les ventes hors Japon, Corée et Taiwan. En ce qui concerne le Japon, pays où c’est l’administration de la santé qui fixe les prix (et non le contraire comme dans beaucoup de pays), le traitement par l’Optivo qui coûte 1,15 millions de yens par mois (environ 10000 euros) pour un mélanome et jusqu’à 2,6 millions de yens par mois pour un cancer du poumon va certainement voir son prix revu et fixé autoritairement à la baisse. Néanmoins le cours du titre Ono à la bourse de Tokyo a quintuplé en 5 ans …

Comme a coutume de le dire le CEO d’Ono, Gyo Sagara : « ne jamais s’avouer vaincu », une devise profondément ancrée dans l’attitude des Japonais.

Source : Bloomberg, illustration : Adv Med Oncol. 2015 Mar; 7(2): 85–96. Nivolumab = Optivo.

doi:  10.1177/1758834014567470

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