Généalogie du vaccin

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Je suis abonné au site BioEdge et il m’a paru intéressant de rappeler la genèse de la vaccination et son aspect éthique. Tout se passe au cours des dernières années du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne. La variole a supplanté la peste et des millions de personnes en meurent. On estime que chaque année en Europe près d’un demi-million de personnes mouraient de la variole à cette époque. Edward Jenner, médecin de son état, va tenter une expérimentation périlleuse, fort de ses observations relatives aux personnes résistantes à la variole. Jenner s’était en effet aperçu que les femmes qui trayaient les vaches dont les tétines étaient couvertes de pustules provoquées par la maladie de la vaccine, une atteinte virale du bétail proche de celle de la variole, étaient résistantes à cette dernière maladie. Le terme variole (pox en anglais) était ambigu dans la mesure où il englobait aussi bien la variole du bétail (cowpox) que la variole elle-même, appelée aussi « petite vérole », le terme « grande » vérole étant réservé à la syphilis.

Jenner avait d’abord tenté d’inoculer du pus provenant des pustules de sujets souffrant de la vraie variole à des volontaires (pas toujours) pour les immuniser contre cette maladie, une pratique courante dans l’Empire Ottoman. Mais l’opération était risquée puisqu’on avait constaté qu’une personne sur 20 contractait la maladie, à la suite de cette expérimentation qui n’aurait rien d’éthique aujourd’hui, et en mourrait.

Jenner s’orienta donc vers l’inoculation du pus provenant des pustules retrouvées sur les pis des vaches atteintes de vaccine ou de celles des mains des vachères préposées à la traite. Il inocula délibérément ce pus au fils de son jardinier, le jeune James Phipps âgé de 8 ans. Pour parfaire son expérimentation il inocula quelques semaines plus tard du pus de la vraie variole à cet enfant pour vérifier que sa tentative d’immunisation était un succès. Il transgressa délibérément les règles élémentaires de l’éthique médicale. Cependant l’enfant survécut et ce succès de Jenner constitua le premier exemple de « vaccination » dans le monde.

L’histoire ne dit pas si le jardinier fut justement rémunéré pour avoir risqué la vie de son enfant et ainsi contribué au progrès de la médecine rudimentaire d’alors, comme sont indemnisés les volontaires participant aujourd’hui à des essais cliniques, parfois en risquant leur vie.

Jenner prit un risque calculé car il était parfaitement au courant de la réussite mitigée de la « variolation », une pratique consistant donc à inoculer du pus provenant des pustules de la vraie variole pour immuniser les personnes saines mais il ignorait s’il pourrait reproduire cette immunisation des vachères.

La « variolation » était une pratique relativement courante en Turquie dès le début du XVIIIe siècle et elle fut « importée » en Grande-Bretagne par Lady Mary Wortley Montagu, une amie de Caroline, Princesse de Galles. Elle fut mise en pratique par Sir Hans Sloane, futur fondateur du British Museum, pour protéger la famille royale de la variole. Pour ce faire la variolation fut appliquée à six prisonnières de la prison de Newgate qui survécurent et furent graciées par ordonnance royale. Pour bien vérifier que la « variolation » (voir note en fin de billet) avait été efficace, Sloane obligea l’une des prisonnières qui avait subi ce traitement à dormir pendant six semaines avec un enfant de dix ans atteint de variole. Elle survécut à la contagion. La Princesse Caroline, afin d’être absolument certaine que cette pratique était sans risque, ordonna la variolation des pensionnaires d’un orphelinat et convaincue alors du succès du protocole de Sloane tous les enfants de la famille royale furent alors traités par variolation.

Ce n’est que 70 ans plus tard que Jenner procéda à son expérimentation risquée à partir de variole bovine dont le virus avait probablement été atténué par passage sur les mains d’une vachère. L’histoire n’est pas très claire à ce sujet.

De même qu’aujourd’hui il existe des mouvements anti-vaccination, l’Eglise se mêla de cette histoire, prétendant que seul Dieu pouvait transmettre la maladie … De plus les jeunes filles qui trayaient les vaches et avaient échappé à la petite vérole (la variole) étaient réputées de moeurs légères car leur peau blanche exempte de cicatrices des pustules, en dehors des mains naturellement, était recherchée par les trousseurs de jupons. L’Eglise les considérait d’ailleurs plus ou moins comme des sorcières car elles avaient échappé au châtiment divin.

Les noms de vaccin et vaccine dérivent directement de vacca, la vache en latin et vaccinus qui signifie « provenant de la vache ». Jenner transgressa les lois de l’éthique en risquant la vie d’un jeune enfant, mais pas tant que ça puisque lui-même s’était plié à la variolation et qu’il conseillait vivement à ses patients ce traitement préventif. Le fait d’utiliser du matériel biologique provenant de la variole bovine, la « vaccination » par opposition à la « variolation », fut un réel progrès qui déboucha sur l’une des plus grandes avancées de la médecine contemporaine. La variole qui faisait encore 2 millions de victimes parmi les 15 millions ayant contracté la maladie en 1967 fut officiellement déclarée éradiquée en 1979, peut-être bien grâce aux travaux pionniers de Jenner.

Source et illustration : Adapté d’un article paru sur BioEdge

Note : on peut dire aussi « variolisation ».

Les effets secondaires du Monster, boisson énergisante.

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On pourrait classer cette histoire dans la rubrique « faits-divers » s’il n’y avait pas en cours une action en justice en Floride appelée Class-Action. Ça se passe aux Etats-Unis et ce fait-divers devrait inciter tous les pays à prendre des dispositions sanitaires et législatives pour prévenir chez eux ce type de problème. Il s’agit de l’usage abusif de la boisson énergisante appelée Monster. Elle porte bien son nom car c’est une boisson tueuse. Certes tout abus est néfaste pour la santé et c’est le seul argument qu’a trouvé la société Monster Beverage Corp pour défendre ses intérêts.

Le dénommé Robert Grim de l’Arizona a vécu un mauvais conte, sans jeu de mot. Habitué au Monster (jusqu’à 4 canettes par jour) il est maintenant en attente d’une greffe de rein. Selon Monster Corp cette personne souffrait déjà de déficience rénale et ce n’est pas cette boisson qui a précipité l’aggravation de son état de santé. De même pour un certain Jo Rine qui souffre de graves problèmes cardiaques, un habitué du Monster qui s’administrait aussi jusqu’à 4 canettes par jour, l’équivalent en caféine de 16 tasses de café. Pourtant Monster clame toujours qu’une canette de sa boisson contient seulement moitié moins de caféine qu’un café noir, long, de n’importe quel Starbuck.

Le cas d’Anais Fournier (Maryland) est encore plus évident. Cette jeune fille de 14 ans, après avoir bu trois canettes d’un demi-litre en 24 heures, soit l’équivalent de 32 tasses de café ou encore 4 grammes de caféine, est morte d’un arrêt cardiaque. L’autopsie a montré que le taux de caféine sanguin et tissulaire (plus de 100 mg par kg) expliquait parfaitement cette déficience soudaine car une telle teneur est considérée comme proche de la dose mortelle. La société Monster Beverage a naturellement contesté les conclusions du corps médical en prétendant que cette jeune fille souffrait « probablement » de problèmes cardiaques sans le savoir.

La FDA a pourtant par le passé lancé des alertes au sujet de ces boissons énergisantes qui sont un cocktail de caféine, de taurine, de L-carnitine, d’inositol et de sucre en préconisant de limiter à deux canettes quotidiennes leur consommation. Apparemment cette limite n’est pas satisfaisante mais Monster Beverage se retranche sur le fait qu’en dehors de la caféine, la plupart des ingrédients de cette boisson se retrouvent dans les aliments pour bébé. Inutile de détailler la composition de cette boisson plus ou moins détaillée sur le dos d’une canette. Je cite : saccharose, sirop de glucose, sucralose, gluconolactone, inositol, taurine, carnitine et « haut niveau » de caféine. Ce haut niveau serait de 32 mg pour 100 millilitres de boisson. Pour faire passer la pilule mortelle, on trouve aussi diverses vitamines du groupe B – c’est rassurant – et enfin des traces d’extrait de ginseng. Le fabricant met tout de même en garde contre une consommation d’alcool avec le Monster. Et c’est encore sur ce point que la société Monster Beverage s’appuie pour tenter de contrecarrer les actions en justice. Comme c’est écrit sur l’emballage elle se lave les mains de tout abus. La situation est sensiblement identique pour le Red Bull en ce qui concerne la teneur en caféine. Ces boissons énergisantes devraient être interdites à la vente aux mineurs comme le sont les cigarettes et les alcools … La FDA et l’EFSA n’ont pas encore statué sur ces boissons, le feront-elles un jour ?

Note : Le Monster et le Red Bull sont en vente libre en Espagne. Le chiffre d’affaire annuel et mondial des boissons énergisantes est de près de 40 milliards de dollars

Source partielle : The Daily Beast

La mortalité des abeilles : un lointain souvenir ?

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J’ai écrit dans ce blog plusieurs billets sur les malheurs des abeilles depuis le 16 janvier 2013 et l’inquiétante mortalité des colonies. Vous pouvez retrouver tous ces billets en effectuant une recherche avec l’onglet situé en haut et à droite de la page. Le dernier en date relate les « zombees » parasitées par une minuscule mouche qui pond un oeuf dans l’abdomen de l’abeille avec un ovipositeur spécialisé. L’une des conclusions qu’on pouvait entrevoir de la volumineuse presse scientifique au sujet du mal des colonies d’abeilles est qu’il s’agit d’un phénomène multifactoriel, les pesticides n’étant que l’un de ces facteurs. Depuis deux ans les néonicotinoïdes, accusés de décimer les ruchers, ont été interdits en Europe et aux dernières nouvelles il n’y a pas eu d’amélioration notable de l’état sanitaire des ruches. Devant ces observations déroutantes certaines personnes ont eu l’audace d’incriminer le changement du climat comme une des causes de la mortalité des abeilles.

Mais que se passe-t-il aux USA ? Sans qu’aucune restriction n’ait été imposée au sujet de l’utilisation de pesticides, en particulier les néonicotinoïdes, depuis 2006 le nombre de ruches n’a cessé d’augmenter, passant d’un plus bas de 2,4 millions à maintenant 2,7 millions de ruches dûment répertoriées. On est encore loin des 3,7 millions de la fin des années 80 mais la tendance est au repeuplement. C’est un peu un pavé dans la mare des alarmistes qui revendiquent haut et fort un monde sans produits chimiques et un retour à la nature primordiale telle qu’en rêvait Rousseau, pas le douanier mais l’exécrable pseudo-philosophe dont l’idéologie est encore encensée par les néo-écologistes. Et ce pavé a été lancé par le Washington Post non pas hier matin mais le 23 juillet dernier. Naturellement l’information a été soigneusement occultée, en particulier en Europe, sur ordre des gouvernements et de la Commission Européenne pourris de l’intérieur par les mouvements écologistes.

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Certes le Washington Post n’a pas pour réputation d’abonder dans le sens des mouvements écologistes, mais cet article relate des faits incontestables. Ces mouvements écolos clament que chaque année 30 % des ruchers disparaissent. À ce rythme-là il y a belle lurette qu’il n’y aurait plus une seule abeille tant en Amérique du Nord qu’en Europe ou encore en Chine. Comme on peut le constater ce n’est pas le cas. Aux USA, les producteurs, par exemple d’amandes ou de pommes, payent les apiculteurs pour qu’ils viennent entreposer leurs ruches au moment de la floraison près des vergers. Comme cette sorte de transaction commerciale est répertoriée auprès de l’USDA, on peut suivre presque en temps réel le mouvement des ruches sur tout le territoire américain. D’autre part, compte tenu de l’impact de la pollinisation par les abeilles sur la production agricole, tout a été organisé pour optimiser la production d’essaims et de reines : n’importe quel apiculteur peut trouver sur le marché un essaim avec une reine pour la somme de 100 dollars. Les abeilles sont contrôlées sur le plan sanitaire et l’apiculteur a l’obligation de déclarer aux autorités sanitaires compétentes toute maladie apparaissant dans ses ruches.

Depuis 2006 le prix du miel a doublé comme a également doublé le prix de la pollinisation. C’est un business incontournable quand on le met en face de ce que cette pollinisation rapporte au secteur agricole : 15 milliards de dollars par an !

Qu’en est-il dans les autres pays, en particulier en Europe ? J’espère que mes lecteurs m’apporteront quelques éléments de réponse …

Source et illustrations : The Washington Post du 23 juillet 2015. Les abeilles : de parfaites capitalistes, industrieuses, efficaces, obsédées dans leur recherche du succès …

COP21 : Apple a décidé de verdir sa pomme

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Je ne sais pas si le verbe « verdir » peut s’appliquer à une pomme, toujours est-il que la société à la pomme basée à Cupertino s’est lancée dans l’émission d’obligations vertes suivant les conseils de financiers avisés comme BlackRock et JP Morgan Chase. Il y a en effet un engouement pour le verdissement de l’économie qui ne cesse d’amplifier depuis la fin de la mémorable COP21. Mademoiselle Ségolène n’a rien à voir dans cette histoire bien qu’elle ait été promue grande prêtresse du « machin climatique vert » onusien. Le climat est devenu l’affaire des grands groupes financiers alliés pour la bonne cause (la leur) aux mastodontes des technologies de l’information que sont par exemple Apple ou encore Foxconn, le manufacturier d’Apple, sans oublier Google et Facebook.

L’émission d’obligations vertes par Apple atteint le montant encore dérisoire de 1,5 milliard de dollars mais le mouvement est lancé. Ce fut déjà le cas en 2015 qui vit l’émission d’obligations vertes atteindre 42,4 milliards de dollars. Il est prévu que ce montant atteigne plus de 50 milliards en 2016. Tout va donc très bien pour le milieu de la finance qui a trouvé un autre os à ronger, un os particulièrement juteux puisque des centaines de millions de gogos vont se faire piéger et leur épargne sera réduite à un bout de papier plus ou moins vert tout juste bon à emballer des épluchures de pommes de terre même pas « bio ».

Comme Google l’a déjà fait Apple va se lancer dans les buildings verts, l’énergie verte, le stockage de cette énergie verte et l’efficacité énergétique verte. Tout un programme qui constitue l’une des promesses d’Apple formulée lors du grand raout du Bourget. Et pas seulement Apple mais aussi Facebook et les quelques autres « grands » des nouvelles technologies. La société de consultants Ernst & Young a été choisie pour superviser le marché des obligations vertes et exiger la plus limpide transparence pour éviter que la couleur verte ne se ternisse pas trop vite. En effet, les banquiers, les compagnies d’assurance, les fonds de pension, les fonds souverains, les gestionnaires de portefeuille comme BlackRock se précipitent tous avec la voracité qui caractérise les gros bonnets de la finance vers ce nouvel eldorado non plus doré mais vert pomme … il n’y a à peu près plus que dans ce domaine coloré qu’on peut encore espérer gagner de l’argent et la Directrice verte d’Apple, Lisa Jackson, l’a bien dit en une phrase éloquente : « les investisseurs vont mettre leur pognon là où leur coeur et leurs angoisses se retrouvent », comprenez : dans la couleur verte.

On ne peut déjà plus dénombrer les produits de grande consommation arborant fièrement le « label vert » obtenu auprès des organisations non gouvernementales du genre « Vouvouèfe » ou « Paix Verte » pour éviter tout chantage économique. Les « grands » de la Silicon Valley se convertissent aussi tous au vert et obligent leurs partenaires et fournisseurs à se convertir aussi au vert le plus rapidement possible. L’éclatement de la bulle verte en formation ruinera des millions de petits épargnants au profit des puissances financières dirigées par une poignée de coquins. Un grand merci à la COP21 qui a organisé ce racket légal ! Et ce n’est qu’un début car il y a aussi l’organisation des quotas de carbone à l’échelle mondiale, un autre traffic très juteux que lorgnent les financiers du monde entier …

Source : Thomson Reuters

Zika : Monsanto est coupable !

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Depuis l’épidémie de fièvre provoquée par le virus Zika, un proche cousin de celui de la dengue, il ne se passe plus une journée sans qu’on soit abreuvé de nouvelles alarmantes en provenance d’Amérique latine. Les cas de microcéphalie répertoriés tant au Brésil qu’en Colombie font frémir d’horreur et très vite, trop vite, l’association avec la fièvre Zika a été immédiatement mise en avant sans qu’aucune preuve formelle ne soit encore apportée pour confirmer ce fait. Il faudra étudier au moins 5000 cas cliniques pour pouvoir entrevoir un commencement de preuve. Les fausses-couches provoquées par la fièvre ne sont pas un phénomène propre au Zika. Une grippe violente avec une forte fièvre peut tout aussi bien provoquer la mort du foetus en début de grossesse. Il faut donc étudier chaque dossier de microcéphalie en détail et c’est ce que finance actuellement l’OMS au Brésil.

En attendant, la théorie du complot bat son plein. Le dernier accusé en date est la firme Monsanto qui « commercialise » un larvicide appelé pyriproxyfen ajouté dans l’eau. Ce produit serait la cause des microcéphalies. C’est un vrai complot exposé véhémentement dans les lignes du Guardian ! D’abord il n’existe aucune évidence que ce produit présent dans l’eau potable provoque des microcéphalies. Selon les normes en vigueur, la teneur en pyriproxifen dans l’eau du robinet, que ce soit en Argentine, au Paraguay ou au Brésil, ne pourrait éventuellement provoquer des troubles que si on buvait 1000 litres d’eau traitée par jour ! D’autre part ce produit n’est ni fabriqué ni vendu par Monsanto mais commercialisé depuis une vingtaine d’années par Sumitomo Chemical dans le cadre d’une coopération sanitaire tout à fait officielle entre cette compagnie et certains Etats d’Amérique du Sud.

Il a donc suffi de la seule mention mensongère de Monsanto pour amplifier la peur du Zika d’un cran. Encore une fois ce genre de manipulation préméditée par un journaliste en manque de scoop va faire des dégâts dans le seul but de discréditer la société Monsanto. Suivez mon regard : il y a comme un relent d’idéologie anti-OGM dans cette histoire comme si on voulait attaquer les cultivateurs brésiliens qui utilisent des plantes génétiquement modifiées. Cette information entre dans le registre de la plus pure imposture journalistique téléguidée par des organisations non gouvernementales dont il est inutile de rappeler ici l’identité.

Sources : The Guardian et http://www.marklynas.org repris par Slate.com, illustration Slate.

L’ondophobie a de beaux jours devant elle …

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Quand je regarde ma table de « travail » (oui, j’ai une table de travail parce que tenir mon blog quotidiennement demande plusieurs heures de travail chaque jour) il y a une souris blue-tooth, un clavier blue-tooth, un MacBook connecté à mon routeur en wifi, un téléphone fixe mais fonctionnant sans fil et mon téléphone portable. Pour ne pas recevoir d’alertes de Google chaque jour j’ai fini par connecter directement mon iMac au routeur avec un câble ethernet. Depuis le balcon de mon modeste logement je peux voir situés sur des buildings, mais qu’on ne peut pas apercevoir de la rue, trois amas d’antennes relais, c’est mieux et c’est rassurant pour le chaland. Enfin quand je réinitialise l’un de mes ordinateurs et les paramètres réseau, je ne sais plus combien de signaux wifi sont reconnus, au moins une bonne trentaine.

Ça fait beaucoup d’appareils (et d’ondes) à proximité de mes neurones vieillissants ! Je me porte encore pas trop mal pour mon âge malgré cet environnement électromagnétique intense dans lequel chacun d’entre nous baigne en permanence, un « électrosmog », c’est nouveau, ça vient de sortir. On ne peut plus y échapper, il y a de par le monde 6 milliards de téléphones mobiles qui tous émettent des « ondes » et le nombre d’appareils connectés autres que des téléphones croit exponentiellement. Mais il ne faut pas non plus que ça nous monte à la tête malgré ce que des « experts » prétendent. Cependant, pour entretenir la phobie des ondes, l’ondophobie, des journalistes qui ne savent pas ce qu’est une onde électromagnétique font des piqûres de rappel périodiquement dans les médias dans le seul but d’alarmer la population. Ces mêmes journalistes ont probablement deux ou trois téléphones portables dans leur besace mais ils sont payés pour écrire des scoops.

La nouveauté sur laquelle s’appuient ces professionnels de l’angoisse est le manque de données relatives aux cancers du cerveau dans les tranches d’âge comprises, disons, entre 0 et 20 ans puisque ces jeunes générations ont été depuis leurs premiers pas plongées dans un univers électromagnétique dont ils ne peuvent se protéger. Depuis que l’IARC (CIRC, mes lecteurs savent ce que je pense de cet organisme) a classé les ondes électromagnétiques « possibles carcinogènes » la psychose ne fait qu’amplifier à tel point que le Docteur Devra Davis, éminente épidémiologiste qui s’intéresse de très près aux cancers, a tiré la sonnette d’alarme, encore une fois. Cette personne respectable n’est pas n’importe qui : elle a été nobélisée en même temps qu’Al Gore en 2007 pour sa contribution hautement significative à la paix dans le monde … C’est une scientifique membre de l’Académie des Sciences américaine et en tant que prix Nobel elle s’active pour établir une relation de cause à effet entre les cancers du cerveau et les téléphones portables. Cette dame alerte les parents sur les plateaux de télévision en les culpabilisant par des propos contestables. Même les écoles sont des électrosmogs notoires et les parents sont involontairement consentants en exposant leurs enfants aux ondes électromagnétiques. On croit rêver.

Cette Devra Davis ne sait probablement pas que les ondes électromagnétiques ne peuvent que se dissiper sous forme de chaleur, une énergie thermique qui se mesure en micro-watts, très exactement comme ce qui se passe dans un four à micro-ondes qui est un émetteur d’ondes de type radar des milliards de fois plus puissant qu’un téléphone portable. En effet, si la longueur d’onde des photons émis par un téléphone cellulaire est relativement proche de celle émise par le magnetron d’un four, le four est un espace clos alors que l’atmosphère est un espace ouvert. L’énergie émise par un téléphone est très rapidement dissipée dans toutes les directions et une très faible fraction de celle-ci atteindra le lobe de l’oreille ou éventuellement les os du crâne.

Le seul effet connu pour un chimiste ou un physicien est une agitation des molécules d’eau qui ont la propriété d’entrer en résonance avec ces ondes d’une fréquence de 2,45 GHz (32,8 centimètres de longueur d’onde) et de se transformer en énergie thermique. Ce n’est pas le cas avec les téléphones portables et les autres appareils wifi ou blue-tooth puisque les fréquences communément utilisées se situent entre 900 et 1900 MHz, fréquences auxquelles ne réagit que très modérément la molécule d’eau. Jamais un chimiste n’a pu noter de modifications au niveau moléculaire de composés chimiques simples ou complexes avec les micro-ondes d’un four commercial ou industriel. Prétendre que les ondes électromagnétiques émises par un téléphone portable peuvent induire des modifications de l’ADN cellulaire et provoquer des cancers relève tout simplement de la fausse science.

Pourtant Devra Davis, activiste climatique auréolée de sa distinction partagée de prix Nobel, ne l’entend pas de cette oreille. Pour elle il faut respecter l’exécrable principe de précaution : puisqu’on ne sait pas, il ne faut pas prendre de risques. Et de faire allègrement l’amalgame entre le tabac, l’amiante et les téléphones cellulaires. Pour cette fanatique de l’environnement la seule issue possible est la régression technologique avec une forte teinte de malthusianisme si cher aux écologistes. Pour elle, on ne sait pas combien de centaines de millions de jeunes d’aujourd’hui développeront un cancer du cerveau dans 20 ou 30 ans. Faut-il alors interdire une console Wii, une tablette ou un téléphone portable aux enfants ? Décidément la pseudo-science envahit tous les aspects de notre vie quotidienne …

Les orques : de fins dégustateurs ?

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C’est en utilisant des chiens « renifleurs » que des biologistes sont arrivés à retrouver les excréments des orques flottant à la surface des eaux baignant l’archipel des îles San Juan situées dans le Détroit de Juan de Fuca tout près de Vancouver.

Pourquoi s’intéresser aux fientes des orques, tout simplement pour savoir de quoi ces mammifères marins, familiers des touristes qui fréquentent les parcs d’attraction marins, avec leur drôle de peau noire et blanche, se nourrissent en pleine mer. Certes l’étude parue dans le journal scientifique PlosOne et réalisée dans cet endroit particulier n’est pas représentative des habitudes alimentaires des orques du monde entier ( DOI : 10.1371/journal.pone.0144956 ) mais elle a le mérite de détailler si l’on peut dire ce que préfère l’orque au cours des saisons.

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Dans le nord-est de l’Océan Pacifique coexistent deux populations d’orques, ceux qui se nourrissent de mammifères marins, otaries et autres marsouins, et ceux qui se nourrissent de poissons. On ne sait pas trop s’ils arrivent à se rencontrer et à se lier d’amitié. Les mangeurs de poissons résident plus au sud que ceux qui préfèrent les phoques, surtout les bébés phoques, ce qui ferait bondir d’horreur BB (Brigitte Bardot). Jusqu’à ce que cette récente étude le précise on ne savait pas trop de quoi se nourrissaient ces orques « résidents » car ils restent dans les parages de cet archipel très recherché par les pêcheurs de saumon, très probablement de ce poisson, mais encore fallait-il le prouver.

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En collectant les excréments des orques il a fallu réaliser une analyse détaillée des fragments d’acide ribonucléique encore présents afin d’identifier la composition du menu de ces cétacés plutôt voraces. À l’issue de ces travaux il est apparu que les orques évoluant dans cette région se nourrissent exclusivement de saumons avec une très nette prédilection pour le saumon Chinook (Oncorhynchus tshawytscha) qui n’est pourtant pas l’espèce la plus abondante. L’analyse des acides nucléiques a aussi permis de préciser une petite variation du menu des orques au cours de l’été. Les orques ne dédaignent pas les saumons coho (O. kisutsh) en fin d’été lorsque ceux-ci s’apprêtent à remonter les rivières pour frayer. Au milieu de l’été l’espèce la plus abondante est le saumon sockeye dit aussi saumon rouge (O. nerka) qui ne se trouve que dans l’Océan Pacifique Nord-Est. Malgré la surabondance du sockeye les orques préfèrent néanmoins et toujours le chinook. Seraient-ils de fines fourchettes ?

Note : Le saumon coho est considéré comme le nec plus ultra des saumons. Pourtant les orques semblent partager l’avis des consommateurs de saumon que nous sommes puisque le saumon élevé en captivité (2,5 millions de tonnes chaque année) dans les fermes marines est essentiellement du saumon chinook !

Source : PlosOne, illustrations PlosOne et Wikipedia.

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Et dans l’ordre le chinook, le sockeye et le coho. Il faut être un pêcheur professionnel pour les différencier …