Les Zom-bees ou abeilles zombies …

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L’un des romans les plus fameux de Philip Roth est titré en français « La Couleur du Mensonge », en anglais « The Human Stain », dont Robert Benton réalisa un film remarquable mettant en scène l’inoubliable Anthony Hopkins aux côtés de Nicole Kidman et de Gary Sinise en 2003. Ce film extraordinairement réaliste n’a pas perdu une once de son intensité avec les années. Le mot de trop fut « zombie » qu’utilisa Coleman Silk (Anthony Hopkins), Professeur et Chairman de l’Université de Nouvelle-Angleterre où il sévissait comme professeur de lettres classiques, pour qualifier les élèves inscrits mais jamais présents à ses cours précipita sa chute et sa disgrâce. On l’accusa de racisme envers les étudiants de couleur car le mot zombie a une toute autre signification dans le Sud des Etats-Unis.

Ce petit rappel cinématographique et littéraire pour introduire les abeilles zombies ou « zom-bees ».

Les ruches, comme chacun sait sont ravagées par toutes sortes de parasites dont le varoa, champignons microscopiques, bactéries et autres virus de par le monde. Comme si cela ne suffisait pas elles subissent les pesticides dévastateurs qu’utilisent les agriculteurs pour se débarrasser des insectes ravageurs qui ne sont nullement spécifiques d’un insecte particulier mais sont dommageables pour les abeilles qui n’ont jamais été classées parmi les ravageurs, bien au contraire. L’histoire des abeilles zombies se passe aux Etats-Unis et a été découverte par un pur effet du hasard par un résident des environs de San Francisco qui découvrit que des abeilles avaient élu domicile dans l’épaisseur du mur de sa maison. Le Docteur John Hafernik, entomologiste de son métier à l’Université de Californie à San Francisco, ne se précipita pas sur son téléphone pour appeler les pompiers comme le lui suggérait son épouse mais imagina une petite expérience consistant à installer à la nuit tombée un petit piège autour de l’orifice d’où entraient et sortaient les abeilles au cours de la journée pour éventuellement les étudier ultérieurement. Comme les abeilles ne peuvent se diriger qu’à la lumière du jour en analysant les diverses longueurs d’onde lumineuses polarisées réfléchies par les objets, dont les fleurs, depuis le proche ultra-violet et dans tout le spectre visible, John fut étonné de constater que des abeilles désorientées sortaient de leur « nid » mural au milieu de la nuit, attirées par la faible lueur de la lanterne de la terrasse de sa maison. Il captura ces abeilles qui ne lui semblaient pas en parfaite santé et de surcroit, ce qui lui fit comprendre qu’il se passait quelque chose de vraiment anormal était que les abeilles sortaient en pleine nuit malgré le froid d’un mois de janvier. Plus encore, le lendemain matin, il retrouva son petit piège rempli de près de 100 abeilles mortes.

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Comme tout scientifique curieux il mit les abeilles dans une boite en plastique pour les examiner ultérieurement. À sa grande surprise, après une semaine (il avait oublié la boite dans son garage) il constata que des cocons rougeâtres étaient disséminés autour des abeilles mortes. Très professionnellement il confia cette découverte fortuite à ses collaborateurs et ces derniers identifièrent une mouche d’à peine deux millimètres de long, l’Apocephalus borealis qui avait imaginé la redoutable stratégie d’infester la totalité d’une ruche en quelques mois ! Après avoir pondu un oeuf dans l’abdomen d’une abeille ouvrière à l’aide d’un genre de dard appelé ovipositeur, la mouche ne se contente pas d’une seule abeille mais continue son travail destructeur jusqu’à épuisement de ses oeufs. Il faut ensuite environ un mois pour que les « asticots » sortent du corps de l’abeille morte tombée au fond de la ruche pour que le cycle recommence, pupe, métamorphose puis une nouvelle génération de mouches … On comprend aisément que ce parasite d’un nouveau genre rende les abeilles complètement désorientées, des zombies ou « zom-bees » quelques instants avant leur mort, s’activant au milieu de la nuit en s’échappant de la ruche pour éventuellement sauver ce qui reste de leur famille, en particulier la reine, dans un réflexe de désespoir.

L’apocephalus est maintenant sous haute surveillance grâce à un site spécialisé à l’intention des apiculteurs amateurs et professionnels mis en place par le Docteur Hafernik ( https://zombeewatch.org ).

Source The Atlantic et PlosOne ( 10.1371/journal.pone.0029639 ). Illustrations PlosOne

13 réflexions au sujet de « Les Zom-bees ou abeilles zombies … »

    • Il est tout à fait pragmatique !
      Les insecticides agricoles sont une des composantes des surmortalités d’abeilles avec le varoa, le frelon asiatique et j’en passe … ne vous en déplaise !
      En quoi la reconnaissance pluri-factorielle d’un événement devrait dédouaner l’un de ces facteurs ?

      • La mortalité des abeilles reste grosso modo la même depuis toujours, 15 à 20 % chaque hiver.

  1. Bonjour Jacques
    En effet la disparition des abeilles en raison des pesticides, ce n’est pas ce que montrent les études sérieuses sur le sujet. Elles montrent plutôt une faible compétence de la part de beaucoup d’apiculteurs proche de l’amateurisme, qui les conduit à sous estimer la présence des divers parasites et virus présents dans les colonies. Les traitements appliqués sont souvent bios de préférence, mais leur efficacité n’est que de 20% dans certains cas au mieux, alors que des traitements classiques mais non bios sont refusés par idéologie. Par ailleurs les surveillances des colonies pendant l’hiver n’est pas toujours satisfaisantes et l’apport de nourriture supplémentaires et souvent négligé, les colonies périclitent.
    La présence de pesticides et le lien avec la mortalité des colonies n’a pas été démontrées par les scientifiques en dépit des déclamations apocalyptiques de certaines associations activistes vertes.
    Cdt
    E.

    • Bonjour,
      Oui c’est malheureux de voir que dans le documentaire, il relie la mortalité d’abeilles avec l’augmentation des ruches….. pas très scientifique….
      Donc pour te parler de faits et pas de ce que les scientifiques pensent de ce qu’ils croient comprendre.

      Cela fait maintenant, 5 ans que mon beauf est berger d’abeille et pas apiculteur, ce qui signifie qu’il favorise la vie du rucher à celui de la production.
      Depuis 3 ans, et sur une exploitation de 150 ruches, il a une mortalité annuelle galopante.
      A telle point que cette année pour compenser la perte, il va installer 400 ruches !
      Effectivement, la quantité de miel qu’il produit depuis 3 ans n’a pas bougé (~3/4 T) alors qu’il a augmenté de 25% le nombre de ses ruches !
      Comprends-tu déjà mieux là l’augmentation du nombre de ruches ?
      Elle ne sert qu’à compenser la mortalité inexorable des abeilles.
      Ce problème aux USA et tellement important, que le nombre d’entreprises spécialisées dans la pollinisation explose.
      Et ceci n’est que le problème visible des non professionnels.
      Car qui dit mortalité plus importante, dit renouvellement quasi annuel des reines!
      Je rappelle qu’en milieu non domestiqué, donc naturel, la durée de vie moyenne des reines et de 3 à 5 ans.
      Quand on sait que le prix d’une riche accompagnée de quelques milliers d’abeilles (ruche nouvelle) coute entre 100 et 150€ (suivant l’espèce), et que vous avez une centaine de ruches à remplacer, vous avez intérêt à avoir une gros fond de roulement !
      Je suis impatient de voir la mortalité 2016 de ses 400 ruches, afin de constater qu’effectivement, la mortalité apicole ne fait que croire.

      Maintenant, comment le relier aux pesticides.
      Très simple. Pendant ces 3 ans, mon beauf a placé en test 50 ruches (1ere année), en Beauce, chez un gros exploitant agricole (patates, oignons….), pendant que lui en avait 150 en Auvergne.
      25 des ruches ont été placés en lisière d’un bois entourés de 3 champs agricoles cultivés et d’une parcelle de vignes.
      Le restant à été mis directement autour de la ferme de l’exploitant, qui vit au milieu de ces champs.
      Bilan de la 1ère année :
      -aucune ruche se situant autour de la ferme n’a survécu ! perte 100% !
      -5 ruches ont périt vers le bois.
      Perte totale des ruches : 30/50 (60%)!
      -Environ 600kg (~40%) de miel produit (environ 1500kg, si 100%).

      La 2ème année, 75 ruches sont installées.
      25, toujours à l’entrée du bois. Cette fois -ci, 25 sont placés sur un terrain en jachère, près d’un point d’eau (petite marre), mais entouré d’autres champs cultivés, et 25 autres toujours près de la ferme, mais sur d’autres emplacements.
      Bilan de la 2ème année:
      -aucune ruche dans la ferme n’a survécu !
      -15 ruches placées dans le champs sont mortes.
      -7 ruches ont péri vers le bois.
      Perte totale des ruches: 47/75 (62.6%)
      -Environ 1000Kg (~44%) de miel produit (environ 2250Kg si 100%)
      Ici, on peut constater que, malgré une hausse de la mortalité des ruches, la récolte a été meilleur que l’année précédente.

      La 3ème année, 100 ruches sont installées.
      50 sont placés vers le bois (une partie à l’entrée et l’autre à l’opposée). 25 toujours vers la ferme, mais sur la partie non utilisée et la plus éloignée de l’entrepôt des produits chimiques. Les 25 restants sont placés autour d’un étang entouré de 2 champs cultivés et d’un champs en jachère.
      Bilan de la 3ème année:
      -23 ruches dans la ferme ont péri.
      -21 ruches placées vers le bois sont mortes.
      -20 ruches vers l’étang n’ont pas résisté.
      Perte Totale des ruches : 64/100 (64%)
      -Environ 1700Kg (~56%) produit (environ 3000Kg si 100%)
      Cette année la production a été exceptionnelle, partout en France… tout comme la mortalité apicole en Beauce.

      En comparaison à la production et à la mortalité Auvergnate, avec 150 ruches placées chaque année sur des parcelles loin de tous champs cultivées, mais proches de certaines parcelles de vignes, voici le résultat:

      1ére année: perte de 31 ruches, production de 2.9T de miel
      2ème année : perte de 34 ruches, production de 3T.
      3ème année: pertes de 38 ruches, production de 3.9T…on peut constater ici, l’ explication pour l’excellente année pour les apiculteurs !

      Cette année 2016, 400 ruches seront placées en Auvergne, afin de compenser les pertes de renouvellement des reines.
      Si la mortalité augmente encore de 2% chaque année, sans que rien ne soit fait, alors le beauf déposera le bilan, ou augmentera le prix de son miel de façon considérable. Malheureusement, contre celui de chine de basse qualité, dont le prix rivalise avec celui d’une ‘bonne’ bouteille ‘la villageoise », il n’y aura pas grand chose à faire.

      Maintenant, si tu veux relier de façon indubitable, la mortalité des abeilles aux pesticides, il te suffit juste de comparer la mortalité des ruches avant 1960 en France à celle de maintenant.
      Et tu t’apercevras, que seul 1 paramètre change: celui de la prise en compte des épandages de pesticides !
      Tu vas t’apercevoir très vite que la mortalité lui est lié.

      Amicalement
      Gus

      • Le problème est plus orienté vers la monoculture, le varroa ou encore le frelon asiatique. Mais surtout le varroa qui décime plus en ce moment avec des pointes à 30 %.

        En australie, grand utilisateur de néonicotinoïdes, les ruches se portent très bien. Ils n’ont pas de varroa.

        D’autre part, vous mentionnez une grande mortalité des ruches chez votre beauf, a tel point qu’il en rajoute de plus en plus. Elle viennent d’où, ces nouvelles ruches, vu qu’a vous entendre c’est l’hécatombe…

      • Bonjour,
        Le varroa n’a jamais été un problème concernant l’augmentation de la mortalité.
        De plus, depuis une dizaine d’année, il se traite très bien sans aucune substance chimique :
        http://ruchebio.com/varroa/Varroa_destructor.html
        Pour ce qui concerne le frelon asiatique, depuis son arrivée en France, il a colonisé dans les mêmes proportions et dans les mêmes années l’Auvergne et la Beauce.
        En ce qui concerne l’Auvergne, Très peu de cas on étés déclarés, et ce frelon se piège très bien de part sa taille. Quoiqu’il se passe on ne peut non plus lui imputer cette augmentation de mortalité, puisqu’elle reste la même dans les Alpes(non infesté) qu’en Auvergne(infesté)
        http://www.natures-paul-keirn.com/2015/07/frelons-asiatiques-2015-attention-changement-de-comportement.html
        Enfin Pour la monoculture, ce serait une aberration que de penser que l’abeille est arrivée avec l’agriculture. Cela me fait pouffer…désolé.
        L’abeille à quelques 80 millions d’années d’existence. ce qui fait quand même 60 à 65 millions de plus que l’homme. Elles sont arrivées d’après les scientifiques en même temps que les plantes à fleurs.
        Donc la monoculture est loin d’avoir une quelconque relation avec la vie ou la mort de l’abeille.

        Pour l’Australie. Comment se fait -il alors que, l’organisme gouvernemental australien pour la recherche scientifique, ait fait attacher, début 2014, des puces RFID sur le dos de 5.000 abeilles de la région d’Hobart, en Tasmanie, Afin de permettre de mieux comprendre les causes de leur déclin et de faciliter le travail des apiculteurs ?

        Certes dans le monde, seuls 2 endroits ne suivent pas la norme de ce déclin fantastique. Il s’agit de l’Afrique et du bassin australien.
        Mais ne pas suivre, ne signifie pas absence de ce déclin.

        « (…)vu qu’a vous entendre(…)’
        C’est sur que d’associer 2 sens qui ne traitent pas les mêmes signaux, empêche toute conclusion logique et réfléchie par la suite. 😉
        Figure toi que les ruches s’achètent. Ce commerce est devenu tellement lucratif, qu’une multitude ‘d’artisans industrialisés apicoles’ (c’est moi qui les nomment ainsi) se spécialisent uniquement dans l’élevage de reines.
        En ce qui concerne mon beauf, les 150 ruches placées en Auvergne, proviennent toutes du Mans. Je t’explique pas les A/R que l’on s’est farcis.

        Ensuite, pour la fameuse hécatombe, je parle d’une progression assez constante d’environ 2% chaque année.
        Il faudrait surement que tu me définisses hécatombe, pour que je puisse voir si l’emploi que j’en ai fait, est ou pas , exagéré !

        Quoiqu’il se passe, et à notre simple échelle familiale, nous avons pu constater que:
        En 3 ans d’essais, nous avons eu une mortalité largement moins soutenue en Auvergne qu’en Beauce. Et lorsque je compare ces 2 endroits avec le nombre de produits phytosanitaires déversés chaque année dans ces régions, la corrélation est plus que vite faite.
        Et tu peux vérifier ces faits avec la très belle carte d’Élise Lucet, mis en avant dans cash investigation sur le thème des pesticides en France.
        En tous les cas, chaque année il est censé de penser que la mortalité due à la nature (parasite, climat et autres inconvénient…), se répartie entre 20 à 30%.
        Cette mortalité est appelé normal pour un apiculteur.

        Mes chiffres te montrent que l’on a une mortalité de plus de 60% !
        C’est à dire 30% de plus que le normal !
        Je prétends pas non plus que partout dans le monde les chiffres collent aux nôtres.
        Ce serait stupide, de part le fait de la diversité, du climat, des cultures, des fleurs, et des gens dit civilisés qui font les cons autour.

        Amicalement
        Gus

      • Rebonjour Gus,

        Quand je parlais de monoculture, ce n’était bien évidement pas pour insinuer que l’abeille avait attendu l’homme pour se nourrir, mais plutôt que l’abeille est maintenant confrontée a un mono régime dans certains endroits. Si elle ne peuvent plus se nourrir que d’une sorte de fleur, elle doivent vraisemblablement avoir des carences pour ses systèmes de défense contre les parasites.

        Après le gaucho et le regent, les néonicotinoïdes.sont interdits en Europe depuis 2013. Mais tout le monde continue de crier que les abeilles meurent anormalement.

        Le cas de votre beauf est très intéressant, néanmoins comme je ne regarde pas le thermomètre de mon jardin pour connaitre la T° mondiale:

        http://ec.europa.eu/food/animals/live_animals/bees/study_on_mortality/index_en.htm

        La mortalité des abeilles reste donc dans les clous, la documentation a leur sujet remonte a plusieurs siècles !

        Il y a certainement localement des effondrements de colonies, mais les pesticides n’en sont pas la réelle cause.

        Concernant le lien que vous avez mis traitant du varroa, je me demande si vous l’avez lu….

        Cordialement

      • La seule différence existante entre nous reste donc la différence qu’il y a entre la foi et la croyance.

        Tes résultats 2012-2014 sont une moyenne nationale.
        Sais-tu comment ils s’obtiennent?
        Les collectes d’informations sont exclusivement attribuées pour les apiculteurs déclarant 200 ruches. Aucune collecte en ce qui concerne les bergers d’abeilles, ni les petits producteurs.
        C’est un peu comme si dans l’alimentation mondiale, seule Nestlé et Danone seraient référencés.
        J’appelle cela du bull shit.

        « Il y a certainement localement des effondrements de colonies, mais les pesticides n’en sont pas la réelle cause. »
        Voila ta croyance, voila ma foi.
        La différence?
        Toi tu espères, moi je sais.

        Pour le varroa, j’ai pas bien compris ce que j’ai du mal lire.

        Amicalement
        Gus

      • « lol, ok j’ai compris. »
        =>Ah enfin !

        « Associer la foi au savoir, tout s’explique »
        => tu associes la foi à quoi donc ?
        Ce qui apparemment permettrait de tout expliquer…

        Dénigrer, ne te fera qu’intéresser à la forme, je suis sur le fond …désolé

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