L’autisme : une petite malformation du cortex cérébral

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L’autisme dont la fréquence est d’environ une personne sur 100 atteint 5 fois plus les garçons que les filles et cette pathologie d’origine encore largement inconnue aurait tendance à augmenter mais cette observation peut être contestée en raison des progrès réalisés dans sa détection. Il n’existe aucun traitement pour améliorer ce trouble psychiatrique plus ou moins handicapant. Très brièvement l’autisme est un trouble apparaissant dès l’âge de six mois et bien établi à l’âge de deux ans dont le principal symptôme est un déficit communicationnel de l’enfant entrainant de ce fait un repli sur lui-même. Sur le plan génétique les tentatives d’explication de l’autisme se sont révélées décevantes. Quant aux facteurs environnementaux, y compris l’administration de vaccins, ayant pu interférer avec le développement cérébral avant ou après la naissance, il n’y a pas de conclusions claires qui puissent étayer une origine de l’autisme liée à ces derniers. Enfin, de nombreuses études ont fait état de discrètes modifications des replis du cortex chez les enfants autistes sans qu’une quelconque relation de cause à effet ait pu être avancée.

Une récente étude réalisée à l’Université Aix-Marseille en liaison avec l’Hôpital de la Timone à Marseille sous la direction du Docteur Christine Deruelle vient de lever un coin du voile mystérieux de l’autisme qui tendrait à prouver que l’origine de cette maladie psychiatrique est liée à un défaut du repli des circonvolutions du cortex cérébral au niveau des aires du langage en particulier l’aire de Broca. De nombreux travaux réalisés en imagerie du cerveau par résonance magnétique nucléaire ont montré que les enfants autistes présentaient des modifications sans que jamais il ait pu être mis en évidence de manière décisive une origine anatomique. C’est ce que vient de réaliser l’équipe du docteur Deruelle en cartographiant par IRM les cerveaux de 59 enfants diagnostiqués autistes, 21 enfants souffrant de troubles psychologiques autres que l’autisme et 22 enfants normaux, tous âgés de 18 à 110 mois. Comme l’occurence de l’autisme est plus fréquente chez les garçons, tous les sujets ayant participé à cette étude étaient donc des garçons.

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Pour comprendre la signification des résultats obtenus il faut faire un bref rappel de la structure du cortex cérébral. Le volume du cerveau est limité par la boite crânienne, la surface du cortex n’a donc pu se développer qu’en s’organisant en replis formant des fissures (sulcus en latin) de profondeurs variées que les anatomistes appellent des pits, un mot d’origine anglo-saxonne pouvant se traduire par puits. Ces fissures se forment au cours du troisième trimestre de la gestation mais le développement du cortex continue au cours des deux premières années après la naissance et ces fissures évoluent encore contribuant à la bonne mise en place de l’organisation neuronale finale du cortex.

Un traitement informatique des données IRM permet de quantifier la profondeur des fissures du cortex cérébral dont, il faut le rappeler, l’épaisseur n’est que de quelques millimètres, la partie du cerveau où se trouvent les fameuses « petites cellules grises » si souvent vantées par Hercule Poirot au cours de ses enquêtes policières.

La profondeur de ces replis discrets du cortex est donc directement liée à l’activité cérébrale sensorielle ou cognitive. L’ étude par imagerie par résonance magnétique réalisée à Marseille a montré que la profondeur de ces replis était significativement altérée chez les enfants autistes. Les « puits » (sulcal pits) au niveau de l’aire de Broca ou aire de Brodmann 45 sont moins profonds chez les enfants autistes. Il n’est pas difficile de comprendre que les enfants souffrant d’autisme disposent dans cette aire particulière du cerveau d’un déficit en neurones puisque la surface du cortex y est géométriquement réduite (voir la note explicative de la figure tirée de l’article cité en référence).

Quelles sont les causes de cette malformation discrète mais évidente du cortex conduisant à l’autisme ? Cette étude n’aborde pas le sujet car il est extrêmement complexe et multifactoriel. Finalement l’autisme ne serait qu’un petit incident apparaissant au cours du développement du cerveau depuis le troisième tiers de la vie foetale jusqu’à l’âge de deux ans dont on ne connaîtra peut-être jamais les causes …

Source et illustration : Biological Psychiatry, http://dx.doi.org/10.1016/j.bpsc.2015.11.003 Article aimablement communiqué par le Docteur Deruelle qui est chaleureusement remerciée ici. Autre illustration du cerveau (aire de Broca) Wikipedia.

Note. Graphique : différence de profondeur des fissures (sulcal pits) en centimètres entre les contrôles (CTR), les enfants autistes (AD, autism disease) et les enfants souffrant d’autres troubles du développement PDD-NOS), deep : profond, shallow : peu profond . Partie droite, représentations des parties gauche et droite du cortex. En jaune les différences non significatives entre les trois groupes, en rouge, différence significative. Partie inférieure : zoom de la fissure de l’aire de Broca symbolisée par un point noir jouxtant la grande fissure de Sylvius, échelle colorée de -1 à +1 centimètre.

2 réflexions au sujet de « L’autisme : une petite malformation du cortex cérébral »

  1. Quand il est marqué ‘un déficit de neurones’, cela me rappelle le rôle de Scarlett Johanson dans le ‘Lucy’ de Besson où il est parlé que « le cerveau a 100 milliards de neurones et, que l’humain n’en utilise que 15 % ». Ainsi, ce n’est pas un déficit de neurones mais c’est d’un taux de remplissage de ces dernières qu’il faudrait dire.
    Dans votre article, il est parlé seulement du cortex où il y aurait un déficit, mais, ces neurones existantes, sont-elles vides ou pleines ?

  2. L’aire de Broca est considérée comme le « processeur » du langage pour reprendre un terme informatique tout à fait approprié. Pour continuer dans cette comparaison, le processeur de mon iMac fonctionne à une vitesse de 3,3 GHz et la mémoire vive est de 8 Giga octets. Supposons que la vitesse du processeur ne soit que de 1,6 GHz et la mémoire vive 4 Giga, il est évident que (sans connaître grand-chose à l’informatique) mon ordinateur fonctionnera plus lentement …

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