Il y a encore de vrais climatologues honnêtes

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La Terre est à peu près sphérique et sur les cartes il y a l’équateur, on va dire géométrique, car il y a un autre équateur fluctuant selon les saisons qu’on appelle l’ « équateur météorologique » et qui ne figure pas sur les cartes. Il se situe dans la zone de convergence intertropicale et les navigateurs la connaissent trop bien pour lui avoir donné le nom de « pot au noir ». Au nord et au sud de cette zone redoutée d’à peine quelques centaines de kilomètres de large il y a les alizés le plus souvent bien établis mais le pot au noir est une zone de turbulences orageuses presque constantes. Entre janvier et juillet il y a d’importantes fluctuations de cet « équateur » qui commande la mousson en Asie, les ouragans dans l’Atlantique Nord, les typhons aux Philippines et au Japon ainsi que les pluies torrentielles en Amazonie et en Amérique Centrale mais aussi les sécheresses en Australie ou en Californie. On peut dire que l’ensemble du climat de la planète est soumis aux fluctuations de cette zone intertropicale particulièrement active et c’est facile à comprendre car c’est là que le Soleil envoie le plus d’énergie.

Cependant très peu d’études ont été réalisées pour tenter de remonter dans le temps, retracer en détail ces fluctuations de l’équateur météorologique et en déterminer les causes. La disparition de la civilisation Maya et de certaines dynasties chinoises a été expliquée par des périodes de sécheresses persistantes associées à une position inhabituelle de cette zone intertropicale. C’est pourquoi une étude de ces fluctuations passées est de toute première importance pour mieux comprendre l’évolution du climat.

Le carottage des sédiments marins apporte de très précieux renseignements sur la pluviométrie et ce n’est pas un hasard si les sites choisis pour cette étude se trouvent au nord de la Mer de Corail et à proximité de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) où la pluviométrie peut atteindre en moyenne 3 mètres par an. Il s’est agi de déterminer la teneur en terres rares dans ces sédiments et de la rapporter au calcium présent dans ces mêmes sédiments, calcium apporté par le plancton marin. En effet, la teneur en terres rares (lanthanides) est beaucoup plus importante dans la croûte terrestre que dans les fleuves ou les rivières, un facteur 1000 de différence. Quant à la teneur dans l’eau de mer de ces mêmes éléments elle est 30 millions de fois plus faible. Déterminer la teneur en lanthanides dans les sédiments marins revient donc à obtenir une appréciation de la pluviométrie conduisant à un lessivage de ces éléments par les pluies.

C’est ce qu’a réalisé une équipe internationale de physiciens en remontant dans le temps jusqu’à 280000 ans en arrière. Il apparaît que les fluctuations de la pluviométrie de la zone intertropicale de convergence dépendent uniquement de la précession des équinoxes, un cycle de 26000 ans, et de l’obliquité de l’axe de rotation de la Terre par rapport au plan de l’écliptique, un cycle de 41000 ans. Lorsque l’obliquité est élevée la pluviométrie en PNG diminue, l’équateur météorologique se déplace vers le sud, poussé par le champ de hautes pressions sibériennes (SH) et inversement quand cette obliquité diminue :

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AL signifie le champ de basses pressions australien et ITCZ la zone intertropicale de convergence.

Il est important de mentionner ici que l’angle d’obliquité de l’axe de rotation de la Terre par rapport au plan de l’écliptique, c’est-à-dire le plan sur lequel se trouve la trajectoire de la Terre autour du Soleil, varie de 24,2 ° à 22,5 ° au cours d’un cycle. Cette très faible variation de 0,013 ° par siècle a conduit certains climatologues à en négliger l’effet sur le climat. Il faut avouer qu’à l’échelle d’une vie humaine cela n’a pas beaucoup d’importance. Il en a été de même pour la précession de l’axe de rotation de la Terre (cycle de 26000 ans). Cette étude récente prouve au contraire qu’il n’en est rien. La figure ci-dessous résume les travaux réalisés :

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De bas en haut : précession de l’axe de rotation de la Terre, obliquité, en bleu précipitations au nord de l’Australie (modélisées), précipitations en PNG, rapport néodyme/calcium dans les foraminifères, variations des basses pressions en Australie, variation des vents du nord et variation des hautes pressions sibériennes. Inutile de dire que tous ces phénomènes sont liés et qu’ils décrivent clairement les fluctuations de l’équateur météorologique au cours des années passées …

Source : Nature, DOI : 10.1038/ncomms10018 en accès libre

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