Le mécanisme d’infection de la peste enfin démontré

Capture d’écran 2016-01-11 à 17.08.43.png

Le 5 mars dernier, je relatais une étude permettant de lier les épidémies de peste en Europe avec les variations de la pluviométrie (mousson) en Asie. Le réservoir de la bactérie responsable de cette maladie mortelle si elle n’est pas rapidement traitée avec des antibiotiques appropriés est le rat et les rongeurs en général comme l’écureuil terrestre gris qui peuple les parcs nationaux californiens. Des visiteurs du parc de Yosemite reviennent quelques fois chez eux avec la peste … La bactérie (Yersinia pestis) est un proche parent d’une autre entérobactérie assez communément présente dans l’intestin appelée Yersinia pseudotuberculosis qui peut provoquer des diarrhées bénignes. On sait aujourd’hui que la peste est transmise par les puces et pour comprendre quel est le mécanisme de la virulence de la bactérie de la peste, il a été nécessaire de comparer les génomes de ces deux bactéries et également ceux de proches parents toujours présents dans les steppe asiatiques traversées par la « Route de la Soie » autrefois.

La bactérie « Y.pseudo » a évolué vers ce qu’on appelle des « pestoïdes » moins virulents que Y.pestis en particulier au niveau de l’attaque de la rate – l’organe, pas la femelle du rat. Quelque part, un jour, ces pestoïdes ont conduit à la forme dévastatrice qui décima la moitié de la population méditerranéenne en à peine deux ans (541-543) sous le règne de Justinien après avoir ravagé la Grèce antique à l’époque de Périclès. Selon l’étude réalisée par des microbiologistes de l’Université NorthWestern à Chicago, la divergence entre Y.pseudo et Y.pestis eut lieu il y a une dizaine de milliers d’années mais quelle est la différence entre ces deux bactéries cousines ?

D’abord Y.pseudo est peu virulente car il lui manque une activité enzymatique essentielle comme on va le comprendre. De plus elle est pathogène pour les puces car celles-ci meurent de diarrhée ! À la suite d’une mutation sur un gène (pla) codant pour un enzyme coupant des protéines, on dit une protéase, la virulence de la nouvelle bactérie Y.pestis est apparue au grand jour. Cette mutation et quelques autres impliquées dans le métabolisme général ont fait que les puces ne meurent plus quand elles sont infectées par Y.pestis, mais que se passe-t-il chez l’homme ? Cette protéase d’un nouveau genre va dissoudre le caillot formé au niveau de la piqûre de la puce pour stopper une éventuelle hémorragie mais aussi pour bloquer l’entrée dans le sang de tout germe pathogène. Cette protéase attaque en effet le plasminogène précurseur de la plasmine, un enzyme impliqué justement dans la formation du caillot sanguin. Comme Y.pestis a été injectée par la puce avec sa salive, normalement la bactérie aurait du être bloquée par ce caillot or ce n’est plus le cas. La bactérie va allègrement circuler avec le sang pour provoquer une septicémie ou se retrouver dans les ganglions lymphatiques où elle va se multiplier rapidement des millards de fois puis atteindre les poumons où elle peut alors aisément être transmise de personne à personne et provoquer une mort certaine si le malade n’est pas immédiatement traité.

Capture d’écran 2016-01-12 à 12.03.02.png

De plus le côté diabolique de cette mutation est qu’elle augmente la virulence de la bactérie au niveau des poumons ! Cette étude a été rendue possible en établissant la séquence d’ADNs tant des formes de la bactérie actuelle (souches KIM et CO92, voir ci-dessous) que de celles isolées sur des cadavres exhumés datant de la « Grande Peste » du Moyen-Age. Pour apporter une preuve supplémentaire, le gène muté d’Y.pestis a été réintroduit dans Y.pseudo et cette bactérie anodine est devenue aussi virulente que sa proche cousine, ou plutôt, selon l’arbre phylogénétique, sa descendante. Pour donner une idée de la virulence fantastique de Y.pestis qui semble être une exception dans le vaste domaine de la bactériologie, une seule bactérie Y.pestis injectée à une souris suffit à la tuer en quelques jours.

Pour la bonne compréhension de l’illustration tirée de la revue Nature communications (doi : 10.1038/ncomms8487 ) la souche angola de Y.pseudo est plus récente que les souches dites pestoïdes du même Y.pseudo.

Source : Nature comms

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s