La controverse du tardigrade

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Avant d’exposer la controverse qui est le sujet de ce billet il faut rappeler brièvement ce qu’est un tardigrade. C’est peut-être la créature à huit pattes, un peu comme les acariens, la plus communément répandue dans le monde, de l’Arctique à l’Antarctique, dans les déserts brûlants et secs, les très hautes montagnes et les profondeurs des abysses, ici Hypsibius dujardini, rien à voir avec l’acteur de cinéma ! Non seulement ces bestioles résistent à la dessiccation quasi totale mais elles peuvent être plongées dans de l’hélium liquide ( -272 °C) ou dans un four à 149 °C, elles résistent toujours (elles se moquent des changements climatiques), ou être soumises à des radiations ionisantes plusieurs centaines de fois plus élevées que les doses létales pour l’homme, elles résistent encore. Ce sont les êtres vivants autres que les bactéries les plus vieux sur Terre puisqu’on en a identifié dans des roches datant de plus de 600 millions d’années. Le tardigrade est opportuniste et se nourrit de plantes, de lichens et de détritus microscopiques d’origine animale pour atteindre une taille d’environ un demi-millimètre. Voilà pour le tardigrade.

La controverse qui a agité le monde scientifique ces dernières semaines a en réalité été provoquée par les machines de séquençage de l’ADN qui lisent ce qu’on veut bien leur donner à lire. En effet l’un des points les plus critiques de cette technologie est la préparation de l’échantillon d’ADN car l’une des premières étapes consiste à amplifier cet ADN et si l’échantillon est contaminé alors ces contaminations sont également amplifiées. Il est donc nécessaire d’être absolument certain que l’échantillon est « propre » avant de tirer des conclusions hâtives depuis les résultats recrachés par la machine de séquençage Illumina.

C’est pourtant ce qui est arrivé, et c’est assez fâcheux, à l’équipe de biologistes de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill qui a clamé dans un article des PNAS que le tardigrade avait emmagasiné des milliers de gènes d’origine bactérienne, une exception dans le règne animal, un transfert horizontal massif, du jamais vu (voir le lien).

Une équipe de l’Université d’Edinburgh en Écosse avait aussi travaillé sur la séquence d’ADN du même tardigrade et a publié ses travaux quelques jours après ceux de l’équipe de Caroline du Nord en leur opposant un démenti cinglant (voir le lien en accès libre sur biorxiv.org). L’équipe écossaise dirigée par le Docteur Mark Blaxter a développé un ensemble d’arguments permettant de prouver sans ambiguité que les travaux des Caroliniens étaient lourdement entachés d’erreur.

Il en est ressorti que le génome du tardigrade utilisé, Hypsibius dujardini, comprend 135 millions de paires de bases et peut coder pour 23021 protéines différentes ( http://www.tardigrades.org ), ce qui n’a pas encore été vérifié. Si on se souvient que le génome humain code pour à peine 25000 protéines différentes, il nous faut rester modestes ! La controverse a donc trouvé une issue très rapidement. Le tardigrade est un animalcule plutôt compliqué, possédant un système nerveux et une sorte de squelette constitué de fibres musculaires avec des pattes munies de crochets, un orifice buccal, un tube digestif et des organes reproducteurs. Inutile de souhaiter une longue vie au tardigrade qui a été promu au rang d’animal de laboratoire pour réaliser des études sur l’évolution du développement car son proche cousin est le « ver velours » qu’on ne trouve par contre que dans les régions tropicales, ici un Onichophora, qui ne lui ressemble pas du tout …

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PNAS : DOI : 10.1073/pnas.1510461112

biorxiv en accès libre : http://dx.doi.org/10.1101/033464

Illustrations Wikipedia

Une réflexion au sujet de « La controverse du tardigrade »

  1. Bonjour, dans le cadre de notre TPE sur les tardigrades, j’aimerais bien citer votre cite mais faute d’identité de l’auteur précisée je ne pourrais pas. Pourriez vous juste me faire parvenir votre nom de famille pour que je puisse citer cet article décemment? Merci d’avance

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