Flibanserine, le « Viagra pour femmes » : un flop à 1 milliard de dollars

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Mesdames, soyez désirables, vous n’aurez pas de pannes de libido

La flibanserine, c’est son nom, est supposée activer la libido chez la femme car cette molécule mime l’action de la sérotonine, le neurotransmetteur qui contribue selon la croyance populaire (et scientifique) à la sensation de bien-être et de bonheur. Quand cette molécule fut découverte par les Laboratoires Boehringer Ingelheim de par son affinité particulière pour les récepteurs de la sérotonine chez la souris, ce fut tout de suite l’excitation car l’une des applications potentiellement juteuse financièrement pouvait être la stimulation de l’appétit sexuel des femmes. Les essais cliniques en phase 3 furent plutôt décevants mais néanmoins Boehringer Ingelheim finit par vendre les droits d’exploitation de ce produit à une société cryptique du nom charmant de Sprout Pharmaceuticals qui renomma la molécule « Addyi » et réussit à réaliser de nouveaux essais cliniques un peu plus concluants que les précédents, toutes proportions gardées car l’appétit sexuel n’est pas chose facile à mesurer avec précision. Chères lectrices, imaginez que vous êtes sous traitement avec de l’Addyi parce que vous souffrez d’un presque total désintérêt pour la chose et que vous ayez à remplir un questionnaire pour classer votre libido du moment avec une note allant de zéro à cinq ! On comprend aisément que la différence entre la matière active et un placebo puisse être infime.

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Néanmoins la FDA a approuvé ce produit en août 2015 et attirée par l’appât du gain la société Valeant a mis 500 millions de dollars sur la table pour acquérir les droits d’exploitation de l’Addyi avec une promesse de 500 autres millions au printemps 2016. Hélas, cette molécule n’agit pas comme le Viagra qui active la circulation sanguine dans les corps caverneux de la verge chez l’homme en prolongeant les performances érectiles du membre viril. Au contraire l’Addyi est supposé agir sur les récepteurs de la sérotonine au niveau du cortex préfrontal et hypothétiquement stimuler la libido, c’est comme on dit un peu tiré par les cheveux. On comprend l’appétit de Valeant pour ce produit car le Viagra rapporte chaque année à Pfizer la modeste somme de 1,7 milliard de dollars, alors pourquoi ne pas amortir en une seule année l’investissement pour la pilule rose, cela va de soi, du supposé viagra pour les femmes … En octobre 2015, aux USA, seulement 5000 femmes demandèrent à leur médecin traitant, persuadées qu’elles souffraient du syndrome d’hypoactivité du désir sexuel, d’obtenir une prescription pour l’Addyi.

Il faut tout de même noter que les fondateurs de la société Sprout n’en sont pas à leur première arnaque. Les dénommés Cindy et Robert Whitehead ont déjà tenté de s’implanter dans le juteux marché de la libido féminine en commercialisant des patchs de testostérone pour les femmes, évoquant le fait que cette hormone sexuelle masculine devait, selon leur campagne de marketing, libérer les femmes de leurs inhibitions. Tout un programme ! Cette histoire est significative de l’attitude glauquissime de l’industrie pharmaceutique en général qui falsifie les tests cliniques pour transformer des fractions de pour-cent en résultats spectaculaires et ne résistent pas à l’attrait du profit quelles que puissent être les conséquences sur la santé physique et psychologique des patients qui, crédules, s’administrent des produits dénués de toute efficacité et de surcroît potentiellement dangereux.

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Mais ce n’est pas tout, cette histoire de « viagra pour femmes » est révélatrice de la bulle spéculative qui est en train de se former dans l’industrie pharmaceutique avec des cessions-acquisitions en cascade délirantes. La dernière en date, selon le magazine Forbes est la main-mise d’Actavis sur Allergan (botox) qui est finalement tombé dans l’escarcelle de Pfizer pour la très modique somme de 160 milliards de dollars, vous avez bien lu. Il faut dire que l’horizon est profitable car Allergan s’est aussi spécialisé dans les médicaments dits de nouvelle génération qui coûtent une véritable petite fortune pour potentiellement sauver quelques centaines de milliers de malades, le botox ce n’était que, comme qui dirait, une amuse-gueule. Les propriétaires d’hedge funds sont tous à l’affut car il y a très gros à gagner et très rapidement. Georges Soros et ses complices comme John Paulson ou encore Daniel Och ont bien compris que c’était leur dernière chance de réaliser des profits avant l’éclatement de la bulle pharmaceutique, selon ce que l’on peut comprendre de la prose de Forbes …

Source et illustrations : Forbes.com

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