La sécheresse en Californie (et ailleurs) un phénomène tout à fait normal …

San-miguel-island-caliche

Lorsqu’au cours de pluies abondantes des sédiments s’accumulent dans une vallée ils forment des couches successives qui compressent les sédiments plus profonds. Il se forme alors des strates compactes qui protègent les couches préexistantes appelées caliches, un mot originaire du créole haïtien, qui se forment naturellement quand le climat est aride. Ces couches contiennent des graviers, de l’argile, des restes de plantes et naturellement des grains de pollen fossilisés. Les grains de pollen, dans un environnement salin sec, le plus souvent riche en nitrates, sont relativement bien préservés et il est aisé de les identifier (voir un article de ce blog en lien) car chaque fleur disperse un pollen différent, une sorte d’empreinte digitale non ambigüe. Les couches de caliche se forment durant les périodes de sécheresse persistante et deviennent suffisamment résistantes pour résister à l’arrivée de sédiments provenant d’une montée soudaine des rivières. On peut alors remonter dans le temps et en combinant si possible la datation avec du carbone-14 reconstituer les conditions climatiques et hydrologiques du moment.

Une équipe de géologues et de paléontologues privés, travaillant pour le compte d’entreprises de construction mais entretenant des liens avec des universitaires a eu l’idée d’analyser les caliches du sous-sol de la vallée centrale de Californie lors de fouilles préparatoires aux fondations d’un bâtiment et une partie des travaux a été conduite en collaboration avec la State University de Chico en Californie. Il a été ainsi possible de déterminer quels étaient les conditions climatiques prévalant en Californie durant les période interglaciaires comme celle que nous vivons actuellement depuis 11000 ans. La figure ci-dessous représente la teneur en CO2 dans la glace antarctique, donc dans l’atmosphère, permettant de décrire les périodes glaciaires en bleu et interglaciaires en jaune. L’augmentation de la teneur en CO2 atmosphérique ne provoque pas la fin d’une période glaciaire mais provient du dégazage des eaux océaniques qui se réchauffent.

Co2_glacial_cycles_800k

Il existe en effet une latence entre la fin d’une période glaciaire et l’augmentation de ce CO2 atmosphérique de l’ordre de plusieurs centaines d’années. Notons d’ailleurs l’échelle des temps dans ce graphique dont l’unité est 100000 ans …

Bref, ce n’est pas tout à fait l’objet de ce billet que de parler encore et encore de CO2 mais du climat qui régnait dans la vallée centrale californienne durant les périodes interglaciaires car on incrimine la sécheresse qui sévit depuis plusieurs années dans cet Etat américain au réchauffement climatique actuel qui a débuté, faut-il le rappeler, il y a 11000 ans avec quelques épisodes de « froidure » que l’on a bien identifié.

L’étude dirigée par Lanny Fisk a montré que durant les périodes interglaciaires les conditions climatiques dans la plaine californienne étaient très arides, voire complètement désertiques car il a été impossible de retrouver des pollens de végétaux tels que ceux poussant actuellement dans cet Etat dans les couches de caliches. À chaque période de réchauffement, les glaciers de la Sierra Nevada fondaient, entrainant des alluvions dans la vallée qui emprisonnaient les couches de caliche successives. Entre 500000 ans et l’ère présente il y eut 4 épisodes interglaciaires et le climat californien devenait systématiquement désertique, au moins dans la vallée centrale et le marqueur incontestable de ces épisodes de sécheresses prolongées est justement les pollens emprisonnés dans les couches de caliche. La riche vallée centrale californienne ressemblait plutôt à la vallée de la Mort !

Ces résultats sont à rapprocher de la disparition des grands mammifères tels que le mammouth. On a accusé l’homme comme ayant exterminé ces animaux d’une autre époque appelée mégafaune. Ce n’est pas le cas. Ces animaux en fin d’évolution ne survécurent pas aux petites périodes de réchauffement qui ponctuèrent la dernière grande glaciation, entre cent et dix mille ans avant l’ère présente, dite du Würm, et ils ne survécurent pas au réchauffement qui intervint brutalement il y a 11000 ans.

Finalement le climat a toujours varié entrainant la disparition d’espèces animales et des modifications profondes des conditions de vie végétale. La grande sécheresse qui sévit actuellement en Californie est un phénomène « normal » qui ne peut pas être incriminé à l’activité humaine supposée perturber le climat …

Source : Geological Society of America Newsroom, illustration : caliche dans l’île de San Miguel au large de la Californie ( https://en.wikipedia.org/wiki/Caliche )

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/02/27/la-melissopalynologie-au-secours-des-abeilles-avec-laide-des-douanes/

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