Au Japon, la sécurité quotidienne c’est l’affaire de tous.

Dans les trains et les métros de Tokyo, vers deux heures de l’après-midi, il y des multitudes d’enfants qui rentrent par eux-mêmes de l’école, souvent en uniforme, avec des chapeaux de couleurs variées et toujours le même sac à dos calqué sur le modèle qu’utilisaient les fantassins hollandais, ce n’est pas une blague. Beaucoup de ces gamins parfois bruyants quand ils sont en groupe osent regarder les adultes dans les yeux, ce qui ne se fait pas au Japon parce le regard est une extériorisation de l’âme et regarder un inconnu dans les yeux est un manque de respect caractérisé. Certains enfants ont une sorte de beeper à la bretelle de leur sac, mais c’est réservé semble-t-il à certaines écoles privées bon chic bon genre. Tous n’ont pas de téléphone portable mais ils ont tous une carte d’identification en bandoulière au cas où … Au cas où quoi ? Il ne leur arrive jamais rien car ils se sentent en sécurité. Il n’y a pourtant personne ni dans les trains ni dans les gares ni dans la rue dédiés pour assurer leur sécurité. À quoi bon pourrait-on dire puisque Tokyo est la ville la plus sûre du monde. Les parents qui savent qu’ils peuvent compter sur l’esprit communautaire des habitants et conscients de la sécurité dans la ville n’hésitent pas à envoyer leurs enfants faire quelques courses afin, dès l’âge de trois ou quatre ans, de les habituer à une certaine autonomie. Ce film datant d’une vingtaine d’années sous-titré en anglais illustre cette sorte de coutume qui est unique au Japon : https://youtu.be/e5k5XTZy0rA .

Les trains sont toujours à l’heure et quand un enfant sait lire, disons dès l’âge de 5 ans, il peut prendre le train ou le métro tout seul car tout est parfaitement bien indiqué et les annonces sonores sont également explicites, par exemple à quelle station de train il faut changer si on se trouve dans une rame « rapide » ou « rapide spéciale » pour pouvoir se rendre à une station desservie uniquement par des trains « locaux ». De plus dans pratiquement tous les trains et métros il y a des écrans au dessus de chaque porte qui indiquent précisément quel temps il faudra pour arriver à telle station avec les éventuelles correspondances possibles. Un enfant de sept ans ne peut pas se perdre dans l’immense tissu de trains et de métros de Tokyo et de sa mégalopole. Et si par un fait extraordinaire il se perdait, alors immédiatement un adulte prendrait soin de lui ou encore mieux l’un ou l’autre des employés qui se trouvent dans les gares, sur les quais, près des portes d’accès ou dans les couloirs. Un enfant en perdition est également tout de suite repéré à l’aide des multiples caméras de surveillance.

C’est cette impression réelle de sécurité qui fait que les enfants sont très rapidement indépendants à Tokyo comme dans la plupart des grandes villes japonaises. Mais est-ce vraiment ce sentiment de sécurité qui autorise les parents à lâcher dans la nature leur enfant ? Pas vraiment ! Il s’agit en fait d’un fait de société unique au Japon : inculquer aux enfants un degré d’indépendance dès leur plus jeune âge en les impliquant progressivement dans des tâches communautaires dès les premières années du kinder-garten afin qu’ils ressentent eux-mêmes qu’ils font aussi partie de la communauté, qu’ils appartiennent au groupe et qu’ils peuvent compter sur la solidarité de ce groupe. Chaque membre du groupe, en réalité l’ensemble de la population, sait qu’il peut compter sur les autres en cas de besoin. À l’école les enfants s’acquittent de certains devoirs comme par exemple servir les plats à la cantine, s’occuper de la propreté des toilettes ou de l’état de la pelouse dans la cour de l’école. Parfois les enfants sont sollicités pour aller faire du jardinage dans un petit jardin public :

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dans ce même but, s’intégrer à la communauté, en suivant les conseils d’un senior, un bénévole à la retraite, qui leur apprend à éliminer les mauvaises herbes et nettoyer soigneusement une petite parcelle d’un petit parc d’agrément où ces mêmes enfants ont par ailleurs l’habitude de venir jouer, ici Benteike Koen, Suginami-ku (Tokyo). Difficile d’imaginer un tel processus d’intégration dans des villes comme Paris, Londres ou New-York. D’ailleurs quelle mère de famille oserait laisser son enfant de 8 ans prendre le métro tout seul dans ces villes ? C’est en laissant les enfants prendre les transports en commun seuls (au Japon) qu’ils se sentent responsabilisés et qu’ils font partie à part entière de la communauté. Au Japon, la sécurité dans les trains ou dans la rue c’est l’affaire de tous, c’est une question de culture du respect de soi et des autres …

Note : Pour l’anecdote, à Tokyo, dans certains trains provenant de la lointaine banlieue et complètement bondés aux heures de pointe il existe des voitures réservées aux femmes. En effet, beaucoup de femmes (office-ladies) se sont plaintes auprès de la direction de la JR (Japan Rail) ou d’autres compagnies ferroviaires privées de mains par trop baladeuses. Il est vrai qu’aux heures de pointe on ne peut même plus se tenir aux poignées et aux barres et les mains d’hommes même bien intentionnés peuvent être ressenties par les femmes comme baladeuses, j’en ai moi-même fait l’expérience, ne sachant pas comment éviter que l’une de mes mains se retrouve malencontreusement en contact avec le postérieur d’une jeune femme serrée contre moi involontairement.

Billet inspiré d’un article paru dans The Atlantic, illustration : photo personnelle.

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