L’évolution humaine, un long parcours parfois semé d’embuches

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Le génome humain, comme d’ailleurs celui des autres êtres vivants possédant un noyau, on dit les eucaryotes, se caractérise par deux processus essentiels entrainant une variabilité génétique qui fait que nous avons évolué et sommes devenus différents du lointain ancêtre que nous partageons avec les grands singes et aussi que nous sommes tous différents les uns des autres : les SNPs ou polymorphismes apparaissant à la suite de la modification d’une seule base de l’ADN (Single Nucleotide Polymorphism) et les CNVs (Copy Number Variant) qui concernent le nombre de copies d’un gène. Un gène peut en effet être dupliqué ou éventuellement disparaître. Il s’agit alors d’une délétion qui peut être létale et ne sera donc pas transmise à la descendance. Avec l’apparition des machines de séquençage de l’ADN ultrarapide et de moins en moins coûteux et l’utilisation d’ordinateurs puissants pour analyser ces séquences on s’est rendu compte que les CNVs jouaient un rôle certainement plus important que les SNPs dans la variabilité des populations humaines. Les récents travaux qui ont permis de séquencer des génomes entiers de nos ancêtres éloignés ont permis de mettre en évidence cette importance des CNVs pour trouver une explication dans cette variabilité des populations humaines qu’on appelle d’ailleurs à tort des races.

Je profite de cette occasion pour préciser qu’il n’existe pas de races humaines mais seulement une espèce humaine avec des caractères phénotypiques différents selon les régions du globe. Utiliser le mot race est donc purement politique voire idéologique quand on parle des Bantous, des Peuls ou des Iroquois. Nous sommes tous des Homo sapiens sapiens … et nous devrions tous être frères et nous respecter les uns les autres.

Une étude récente pilotée par le Docteur Evan Eichler du Howard Hugues Medical Center de l’Université de Washington à Seattle a réuni les données relatives à l’ADN de 236 individus représentant 125 populations humaines différentes et 5 anciens ADNs, Neandertal, Denisovan et trois autres spécimens anciens. L’étude minutieuse des fréquences de duplication de gènes indique que 7 % de la totalité du génome est concernée par des CNVs alors que la variabilité induite par les SNPs ne représente que 1,1 % du génome. Les délétions non létales représentent 2,2 % et les duplications 4,4 % des CNVs. Pour affiner l’étude, seules les CNVs bis-alléliques ont été prises en compte. Je sens venir chez mes lecteurs un découragement devant la technicité de cette prose mais il faut rappeler que nous possédons deux fois 23 chromosomes et donc il existe deux copies de tous les gènes présents qu’on appelle allèles.

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Cette étude a mis en évidence la présence de CNVs provenant des Denisovan chez les Papous de Bornéo et de l’archipel de Bougainville qui se situe au sud-est de Bornéo et au nord des îles Salomon. Cette introduction d’une CNV caractéristique est apparue il y a 170000 ans chez les Denisovan et elle n’a été retrouvée par la suite que chez les Papous sur le chromosome 16 et non chez les aborigènes d’Australie, par exemple. De plus elle constitue la plus importante présence de gènes archaïques dans une population humaine moderne et elle a été incorporée (on dit introgression) chez les Papous il y aurait environ 40000 ans. Il faut noter qu’aucune duplication d’origine néanderthalienne n’a pu être identifiée et qu’enfin les CNVs des populations africaines ne diffèrent pas des autres populations en termes de duplication de gènes.

Quant aux CNVs relatives à des délétions, ce sont toujours des évènements ponctuels provenant probablement d’un seul individu et transmis à la descendance quand celles-ci sont non létales. Les populations non africaines montrent une plus grande fréquence de SNVs de délétion car ces populations ont été soumises à des évènements successifs de pression de sélection génétique au cours du temps. Sur cette base il a pu être mis en évidence un isolement génétique des populations océaniennes Papous-Bougainville mais également des populations amérindiennes. La grande variabilité génétique des populations africaines réside dans le fait qu’elles sont toujours restées en contact durant l’évolution. Enfin les CNVs introduisant des duplications favorisent l’adaptabilité des personnes lorsque celles-ci sont soumises à une pression de sélection constante. Ce fut le cas des Denisovan qui divergèrent des autres non-africains il y a 440000 ans. Les Denisovan et les Néanderthaliens divergèrent il y a environ 700000 ans. Il est intéressant de rappeler ici que la deuxième vague « out of Africa » se situe justement aux alentours de 450000 ans avant notre ère et que la divergence entre humains et grands singes remonte avant 3 millions d’années.

Certaines CNVs ont été associées avec une adaptation positive ou au contraire négative à l’environnement. Par exemple une CNV sur le chromosome 16 concernant une haptoglobine et présente uniquement dans les populations africaines est associée à une résistance à la maladie du sommeil, alors qu’une CNV sur le chromosome 3 concernant une transférine provoque une sensibilité à une fièvre hémorragique provoquée par un arenavirus et est présente uniquement chez les Amérindiens.

L’évolution humaine est loin d’être terminée et Charles Darwin, encore vivant, serait émerveillé par cette étude. L’être humain a mis au point plusieurs stratégies pour s’adapter génétiquement à son environnement et les CNVs semblent compter parmi les plus puissantes.

Source : Science, 6 août 2015, 10.1126/science.aab3761 , illustrations tirées de l’article de Science aimablement communiqué par le Docteur Evan Eichler et AAAS News.

5 réflexions au sujet de « L’évolution humaine, un long parcours parfois semé d’embuches »

  1. Bonjour Jacques sun

    Souvent le terme race est employé pour espèce. Ce n’est pourtant pas la même chose.
    N’entendons pas ces jours où l’histérie verte est au paroxysme, de distingués poseurs parler de la menace du réchauffement anthropique pour la Race Humaine ? De crime contre la Race Humaine fait par ceux qui brûlent du pétrole ? A quand les tribunaux verts?

    Pour un zootechnicien en élevage bovin par ex. le notion de race ne pose aucun problème.
    Les nombreuses races bovines se distinguent les unes des autres par un certain nombre de caractères phénotypiques et physiologiques qui rendent compte de leurs aptitudes laitière, bouchère, ou mixte.
    Il ne confond évidemment pas race et espèce, et ne parlera jamais de la Race Bovine mais des races au sein de l’Espèce Bovine.
    Dans la même espèce toutes les races sont interfécondes. Le terme de race est une convention permettant de distinguer les groupes d’individus regroupant des caractères que le sélectionneur/éleveur cherche à améliorer.

    Dans la nature au sein d’une même espèce des individus peuvent être amenés à être isolés et se reproduire en autarcie (ile par ex.>nanisme), ce qui avec le temps crée un nouveau groupe qu’il sera facile de distinguer par la morphologie dans un premier temps, puis par la physiologie , le tout résultant d’une sélection/adaptation à ce milieu restreint. Une nouvelle race est née sans pour autant (sauf évolution génétique profonde) se distinguer de l’espèce. La réintroductioin de ces individus parmi ceux du groupe d’origine permet de voir reprendre avec les nouvelles générations, les caractères d’origine > augmentation de la taille.
    Tout comme si vous laisser se reproduire librement des bovins de plusieurs races, vous voyez appaître un seul groupe.

    Faudra-t-il supprimer les races bovines, ovines, porcines, caprines, etc. au nom du politiquement correct ?

    Cdt
    E.

    • Je ne suis pas « raciste » et c’est la raison pour laquelle j’ai glissé ce petit entrefilet. Quand la police américaine mentionne la race noire, mon sang ne fait qu’un tour ! À propos de l’espèce humaine il y a un abus de langage regrettable qui nous ramène aux heures les plus sombres de notre histoire récente. Hitler ne parlait-il pas de race juive ? Voilà où peuvent conduire les abus de langage. C’était ce que je voulais préciser dans ce billet. Merci pour vos commentaires que je lis avec plaisir …

  2. Evidemment Hitler n’était pas zootechnicien…Et ce n’est pas sa moindre erreur. La religion n’a rien avoir avec la race ou l’apparence (voir les Betä Esra’el appelés Falachas en Ethiopie).
    De même les sémites désignent ceux qui utilisent l’écriture sémitique (pas ou peu de voyelles) comme les Ethiopiens, les locuteurs arabes, et les locuteurs hébreux .
    Rien à voir avec une race ou espèce.
    Au fait comment désigneriez vous un afroaméricain, dans un rapport de police, et le terme caucasien est-t-il péjoratif ? Si le mot noir est péjoratif et connoté, le mot blanc l’est donc aussi ?
    Comment faut-il appeler un chat ?
    En France il y a maintenant la novlangue (vous connaissez la référence littéraire), qui bannit tous les termes sensibles.
    « Nager « n’est même plus correct, c’est « se déplacer de manière horizontale dans un milieu liquide », ou dans ce genre (pardon, c’est l’habitude, je veux dire que c’est une phrase ressemblant à cela).

    A bientôt Jacques sun.

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