L’influence du climat sur la stratégie de reproduction des oiseaux

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Depuis que l’homme existe sur la Terre, bien avant les progrès très récents de la médecine dans le domaine des antibiotiques et des vaccins, sa stratégie de survie était de procréer le plus possible afin que la génération suivante soit assurée. La mortalité infantile était incroyablement élevée et il était donc vital qu’une femme mette au monde un nombre important d’enfants dans l’espoir d’en voir au moins deux ou au mieux trois survivre à la famine et aux maladies contre lesquelles il n’existait aucune parade. Cette stratégie de survie était donc une activité reproductive prolifique. Cette situation perdure dans de nombreux pays du tiers-monde car le capital humain participe à la survie des communautés, en particulier en Afrique sub-tropicale malgré les progrès de la médecine. On peut dire ici qu’il faut un certain nombre de générations pour que les comportements instinctifs de survie s’émoussent pour aboutir à des taux de natalité strictement nécessaires voire inférieurs au maintien de la population comme c’est le cas dans les pays dits développés.

En est-il de même chez les animaux en ce qui concerne leur stratégie de survie ? On pourrait avoir tendance à le penser et pourtant une étude très sérieuse qui a demandé des années d’observation vient de démentir la validité de cette stratégie de survie de l’espèce de par la multitude des naissances, au moins chez certains oiseaux chanteurs. D’une manière générale les oiseaux chanteurs des contrées dites tempérées pondent beaucoup d’oeufs et les couvées conduisent vers quatre voire six petits. Le couple s’affaire alors pour nourrir tous ces oisillons dans l’espoir qu’au moins deux survivront, la limite fatidique pour la perpétuation de l’espèce. Un certain nombre de facteurs entrent en effet dans la survie : la prédation des nids, la mortalité naturelle des poussins et enfin la mortalité des parents et des juvéniles en particulier en hiver. Et quand les jeunes vont prendre leur envol pour enfin se nourrir par eux-mêmes le risque de mortalité est accru au cours de la période d’apprentissage du vol. On comprend aisément que la stratégie adoptée par beaucoup d’oiseaux comme par exemple les mésanges soit d’assurer des couvées nombreuses.

Mais ce n’est pas la stratégie adoptée par les oiseaux chanteurs des contrées tropicales et cette observation a intrigué le Docteur Tom Martin de l’Université du Montana à Missoula. Le Docteur Martin a passé des années à observer les oiseaux chanteurs et leurs choix de reproduction dans le nord de l’Arizona, une région tempérée, et au Vénézuela et en Malaisie. Dans les régions tropicales et d’une manière générale les couvées comprennent seulement deux œufs. Pour des espèces très proches existant tant dans les zones tempérées que dans les pays tropicaux, par exemple les roitelets de la famille des troglodytidés, la durée de présence au nid est sensiblement la même mais l’investissement des parents pour nourrir une couvée limitée aboutit à une plus grande robustesse des poussins, bien que le poids de ces derniers ne diffère pas significativement. La différence réside dans la plus grande solidité du plumage des ailes.

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On pourrait croire que cette observation soit anecdotique, or il n’en est rien car lorsque l’oisillon prend son envol, des ailes robustes participent à l’amélioration de ses chances de survie. Et pourtant ce résultat semblerait inattendu dans la mesure où toutes les observations effectués par le Docteur Martin indiquent que les jeunes des zones tempérées grossissent plus vite alors qu’ils sont plus nombreux dans le nid. On pourrait donc en conclure que l’hypothèse d’un nombre plus important d’oisillons dans le nid est la stratégie choisie pour assurer la descendance en tenant compte de l’effort des parents pour nourrir les petits. Le Docteur Martin a conclu que l’équilibre entre les risques de prédation du nid par des serpents, des rongeurs, des carnassiers ou d’autres oiseaux n’était finalement pas le facteur le plus critique mais que la croissance et la robustesse des plumes des ailes constituait la différence la plus important pour limiter la mortalité des juvéniles dès leur essor. Il s’agit d’un résultat tout à fait inattendu car il résulte de plusieurs facteurs : la disponibilité en nourriture, la durée de la présence des oisillons dans le nid (risque de prédation), la disponibilité des parents pour nourrir les petits et enfin les chances de survie de ces derniers après leur essor. Il s’agit d’une balance subtile et les espèces tropicales de roitelets ont opté pour un nombre limité d’oeufs, stratégie que s’avère bénéfique car les chances de survie des oisillons est améliorée uniquement parce que leur plumage est plus robuste.

Peut-on en déduire, devant de tels résultats, que le climat puisse avoir une influence directe sur la reproduction des espèces – il ne s’agit ici que de roitelets – mais on peut spéculer dans un sens ou dans l’autre si on en revient, pour terminer ce billet, à l’espèce humaine … Cette question nécessite d’être posée en ces temps d’incertitude climatique.

Illustration(Tom Martin) Moucherolle bleue Eumyias indigo

Source : Science doi:10.1126/science.aad1173

Voir aussi : https://www.youtube.com/user/BirdNestingBehavior

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