Vivre au delà de 75 ans ? Pas pour moi.

3be28e23e

Dans quelques jours j’aurai terminé de vivre ma soixante-dixième année et j’entrerai dans ce que l’on appelle communément le « quatrième âge » celui des vieux qui vont consulter un gérontologue parce que la vieillesse est le stade ultime d’une maladie qu’on attrape à la naissance, la vie, selon Pierre Desproges qui fut emporté par un cancer du poumon dans la force de l’âge. Je commencerai bientôt à ressentir des douleurs variées, j’aurai des aigreurs d’estomac, des difficultés pour dormir, les femmes ne regarderont même plus ma gueule qui aura adopté un rictus repoussant faisant ressortir les imperfections d’une peau qui n’arrivera plus à se régénérer correctement. Je deviendrai cachexique, taciturne, ma vue baissera et mes oreilles n’arriveront même plus à percevoir un quatuor de Schubert. Qu’une simple grippe survienne et je deviendrai la proie d’un corps médical et hospitalier toujours avide de réaliser le plus de business possible. Les « vieux » constituent une clientèle captive, ils ne peuvent plus se passer de leur médecin, d’analyses sanguines à répétition le plus souvent inutiles, ils ne peuvent pas vivre sans leur tensiomètre à portée de la main, ils sont devenus de véritables animaux de laboratoire. Le corps médical et l’industrie pharmaceutique se frottent les mains. Un peu de tension, un fifrelin de cholestérol en trop, quelques épisodes de constipation, c’est le jack-pot. On y va dans l’imagerie médicale, la coloscopie, la mammographie, l’échographie de la prostate, on utilise les grands moyens pour nous empêcher de mourir en rond. Business is business.

J’ai donc décidé de ne plus aller voir de médecin (cela fait maintenant 5 ans que je n’ai pas pénétré dans un cabinet médical), d’ignorer sucre, cholestérol, tension, enzymes hépatiques et autres triglycérides, prostate, cathare matinale du fumeur et impuissance croissante, idem ! Je ne vais tout de même pas gaver les pharmaciens pour me bourrer de Viagra, d’antalgiques, de statines, de beta-bloquants et je ne vais pas non plus me rendre la vie qui me reste à vivre triste et insupportable en réduisant tous mes vices. Autant arrêter tout de suite de me nourrir. Restera donc le lent déclin de mes facultés intellectuelles et ça c’est le truc qui m’angoisse le plus, encore que fort heureusement je ne suis pas suffisamment hypochondriaque pour faire une fixation sur Alzheimer et Parkinson. Si ma carcasse continue à pas trop mal se comporter, je partirai donc du cerveau, je deviendrai gâteux, c’était le terme utilisé par nos anciens.

Je suis né dans un milieu rural et dans les fermes quand un vieux n’était plus capable de donner à manger aux poules ou de garder quelques chèvres, on lui donnait quotidiennement un morceau de pain, un bout de lard ou de fromage, un peu de tabac s’il arrivait encore à se rouler quelques clopes et un litre de rouge pour la journée. Ce traitement était assez efficace, il faut le reconnaître, espérance de vie moins de six mois. Beaucoup de « vieux » ayant encore un reste de conscience choisissaient de se pendre et partaient comme les vieux chats sentant la mort arriver pour mourir dans les bois et mettaient fin à leurs jours silencieusement, seuls et confrontés au délabrement de leur santé, de leur corps et de leur coeur.

f7fbb02b5

Pourquoi écrire de telles lignes, tout simplement parce que l’augmentation de l’espérance vie signifie aussi encore plus d’années d’incapacité et à de très rares exceptions près une dégradation des facultés intellectuelles. Le cerveau n’est pas comme on le pensait il y a encore une dizaine d’années un organe fini et statique. Il existe une petite régénération neuronale mais ce processus n’est pas suffisant pour enrayer le vieillissement général de cette machine qui non seulement nous aide à penser, décider, créer, aimer mais contribue aussi au bon fonctionnement de l’ensemble de notre organisme. Et le vieillissement du cerveau, s’accélérant avec l’age, fait que nous ne pouvons échapper à la mort. Le Docteur Ezekiel J. Emanuel de l’Université de Pennsylvanie n’y va pas par 4 chemins, il a décidé comme je l’ai fait il y a quelques années en le devançant de ne plus se soigner au delà de 75 ans : « Je pense que cette obsession désespérée de prolonger indéfiniment la vie est erronée et potentiellement destructrice ». On ne peut pas être plus clair. Les capacité intellectuelles déclinant la vraie question qui se pose est la suivante et le Docteur Emanuel la pose clairement :

quel souvenir de nous-même est-on en droit de laisser à nos enfants et nos petits-enfants ? Celui d’un vieux cacochyme grognon et sentant le pipi ou au contraire celui d’un conteur d’histoires avec toujours quelques bonbons dans sa poche à distribuer à ces jeunes têtes bouclées ? À 75 ans la vie est derrière nous et nous n’avons plus rien à en espérer.

Si on n’est un adepte ni du suicide ni de l’euthanasie, comme le disait Sir William Osler dans son œuvre « The Principles and Practice of Medicine » (voir note), une bonne pneumonie peut être considérée comme une amie des vieux. Etre emporté par une pneumonie est rapide, précis et même pas douloureux et on échappe à cette lente dégradation si détestable pour soi-même mais aussi pour sa famille et ses amis. Après 75 ans, un cancer ? Pas de chimio, une infection ? Pas d’antibiotiques. Des problèmes cardiaques ou de tension ? Rien, aucun traitement. Il est évident que sur le plan de la politique de santé, il est beaucoup plus, disons moral, de se préoccuper de la santé des enfants plutôt que de celle des vieux. Quelques chiffres pour illustrer cette affirmation : Le Japon est le troisième pays du monde en terme d’espérance de vie (84,4 ans) derrière Monaco et Macau alors que les USA arrivent 42èmes à 79,5 années. Si on considère la mortalité infantile les USA arrivent à 6,17 décès pour 1000 naissances alors que le Japon n’est qu’à 2,13 et la Norvège 2,48 ! Il est donc parfaitement clair que les dizaines de milliards dépensées pour maintenir en vie des « vieux » qui veulent à tout prix continuer à souffrir avec leurs infirmités et leurs maladies variées (qui ne pourront que s’aggraver) sont dépensés en dépit du bon sens le plus basique. De toutes les façons, la vie continue et cette recherche de la longévité n’est qu’un leurre, un fait de société contemporaine de pays riches ou prétendument l’être qui fausse tout jugement en chacun de nous …

Inspiré d’un article paru dans The Atlantic, illustrations comprises.

Note : Sir William Osler, médecin canadien (1849-1919) co-fondateur de la faculté de médecine de l’Université Johns Hopkins à Baltimore. Il écrivit son œuvre magistrale à l’usage des étudiants en médecine en s’inspirant en particulier d’Avicenne. Adepte de l’euthanasie, il était lui-même épouvanté par le déclin du corps et de la pensée avec la vieillesse, il ne fut jamais suivi dans ses prises de position. Osler mourut de pneumonie …

5 réflexions au sujet de « Vivre au delà de 75 ans ? Pas pour moi. »

  1. Bonjour,

    Où puis-je trouver un dossier sur la pollution émise par les centrales électrique à charbon, gaz, pétrole ?

    Votre réactivité à l’article de James Corbett ?
    http://huemaurice7.blogspot.fr/2009/12/16-porte-containers-polluent-plus-que.html
    et aussi:
    http://huemaurice5.blogspot.fr/2014/10/a-propos-denergie-gratuite.html
    Quelle serait la force développée avec des roues à aubes pour remplacer ces éoliennes hideuses qui défigurent le paysage et tuent des millions d’oiseaux ?

    Merci beaucoup

  2. bonjour,
    je ne connaissais pas votre blog, je le lis depuis quelque temps et apprecie vos positions.
    vous vivrez encore de longues et heureuses annees, votre esprit est clair, et votre pensee percutante.

    l explosion du nombre de maisons de retraite en france, ou l on parque des vieux completement azimutes rapportent beaucoup d argent, et je suis toujours surpris de voir des gens agés dans ces etablissements alors qu ils pourraient parfaitement vivre chez eux sans avoir besoin d etre pris en charge. et meme chez eux, les mairies et autres conseils regionaux livrent des repas, des aides a domicile, meme pas foutu de se faire a manger.

    de la maternite au cercueil, l etat socialiste veut tout controler.

    merci a vous

  3. Vous m’avez fichu le bourdon, avec cet article, car j’ai dépassé les 75 ans, la mécanique corporelle fonctionne toujours – près de 40 km de marche par semaine – l’intellectuelle : pas trop mal puisque je lis votre blog découvert il y a peu et je partage avec vous la plupart de vos avis. Et j’espère que cet état, avec très peu d’intervention chez les médecins continuera. J’ai vécu plus de 40 ans en Afrique tropicale, piqué par des milliers de moustiques, (y compris le « tigre » qui m’a cloué au lit avec la dingue) mais jamais attrapé de malaria, (test toujours négatif) pourquoi ?
    Et merci pour ce blog

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s