Le Shinkansen … 50 ans après !

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Le Japon est le pays des trains par excellence. Les agglomérations de Tokyo et Osaka ne pourraient pas être telles qu’elles sont sans trains et sans métros. Un Parisien ou un Londonien ne fait pas la confusion entre train et métro. En réalité toutes les lignes de métro japonaises se transforment en trains quand elles sont sorties de terre et vont parfois se perdre dans la nature à des dizaines de kilomètres du centre-ville. Les trains sont toujours parfaitement à l’heure, on peut dire à la seconde près. Depuis que je séjourne régulièrement à Tokyo, il m’est arrivé une seule fois de faire l’expérience d’un retard, à quelques centaines de mètres de la gare d’Ofuna au sud de Yokohama parce qu’un dépressif avait décidé de mettre fin à ses jours. Il n’a pas fallu plus de 30 minutes pour ramasser les restes humains et nettoyer un peu le ballast pour éviter de faire peur aux usagers. Seuls les tremblements de terre affectent la précision à la suisse des trains japonais. Par exemple le Shinkansen dont on célèbre cette année le cinquantenaire assure un liaison entre Tokyo et Osaka à la cadence incroyable d’un train toutes les trois minutes ! En quelque sorte Osaka et Tokyo, deux immenses métropoles, sont reliées entre elles par un trafic intense de super-métros roulant jusqu’à des vitesses atteignant 320 km/h sans que qui que ce soit ressente une quelconque perturbation. Les trains (je ne suis allé qu’à Kyoto en Shinkansen) sont d’une propreté irréprochable, le service à la place est assuré par de charmantes jeunes filles souriantes (c’est rare dans la voiture bar d’un TGV français), les toilettes ne sentent pas le remugle difficile à adjectiver comme dans les mêmes TGVs français, tous les sièges sont orientés dans le sens de la progression du train. En effet, à l’arrivée en gare de Tokyo Station, les sièges pivotent sur eux-mêmes, une armada d’employés impeccables s’active pour traquer le moindre grain de poussière afin que le train puisse repartir dans les 15 minutes qui suivent. La culture de la propreté des Japonais réduit en fait leur travail à quelques minutes.

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La culture du rail, nerf du développement du Japon d’après-guerre, constitue une exception mondiale. L’obsession de l’exactitude fait que les usagers considèrent qu’il en va de soi. Il n’y a jamais de mouvements sociaux du genre de ceux qui perturbent les voyageurs français et parisiens en particulier, tout simplement parce que les employés de JR (Japan Rail) sont tellement soucieux de leurs responsabilités professionnelles qui concernent des dizaines de millions de personnes chaque jour qu’il est hors de question d’envisager un quelconque mouvement social. Et pourtant, aussi incroyable que cela puisse sembler à un Belge ou à un Français, le parti communiste japonais est tout puissant ! Mais la démagogie à l’européenne telle que la pratiquent les syndicats de travailleurs gauchisants européens est surannée et non advenue au Japon. En effet, le respect du travail bien accompli et procurant une satisfaction simple à celui qui l’a effectué fait aussi partie de la culture japonaise. Allez expliquer ça aux gauchistes de Sud-Rail !!!

Toute cette entrée en matière pour rappeler le cinquantième anniversaire du Shinkansen Tokyo-Osaka qui fut inauguré en grande pompe par l’Empereur lui-même qui sortit exceptionnellement de son Palais Impérial pour l’occasion :

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Pour relier Tokyo à Osaka, les deux plus grandes métropoles japonaises, il ne fallut pas moins 108 kilomètres de tunnels divers, plus de 3000 ponts et viaducs et la construction de la nouvelle ligne dont l’écartement des rails est semblable à celui du standard européen (1400 mm) et plus large que celui utilisé pour les autres trains. Cette ligne était réservée aux Tokaido Shinkansen. Ce train fut l’occasion d’innovations techniques reprises par la suite dans des pays comme la France, l’Espagne ou l’Allemagne. Le train entier était en fait une motrice car les moteurs étaient répartis sur toute la longueur de la rame. Après la série 0 on en est maintenant à la série E6 qui atteint la vitesse de 270 km/h en trois minutes avec des pointes autorisées jusqu’à 320 km/h. Depuis l’inauguration du Shinkansen, quelques jours avant l’ouverture des JO de 1964, deux évènements célébrés par l’Empereur et dont le bref discours fut retransmis à la radio à la surprise générale de tous les Japonais qui n’avaient jamais entendu le son de sa voix, ce train a transporté 5,5 milliards de passagers sans aucun incident technique notoire à l’exception de deux déraillements, l’un provoqué par un tremblement de terre et l’autre par une tempête de neige d’intensité non prévue sans aucun blessé. Les rames de la série 0 sont restées en service de 1964 à 2008, un record dans le genre longévité alors que simultanément les trains étaient toujours améliorés :

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Le dernier né des Shinkansen, le Hayabusa :

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peut atteindre la vitesse de 330 km/h et pour faire encore mieux la firme Chuo a entrepris la construction d’une nouvelle ligne reliant Tokyo à Osaka par l’intérieur des terres afin de réduire les sections à vitesse réduite en attendant le Maglev … :

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Il faut enfin signaler que le train à grande vitesse s’exporte très bien, en particulier en Chine (CRH) :

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Sources : BBC (illustrations) et JR Transport Review ( jrtr.net )

Les cyclones, ouragans et autres typhons ne sont plus ce qu’ils étaient, en cause le changement climatique !

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Je suis déçu, le premier vrai de vrai typhon ou ouragan de la saison cyclonique de l’hémisphère nord, le seul répertorié sur la planète en ce moment, est en train de couler en eau de boudin. Il y a pourtant quelques jours, il était annoncé force 4 sur une échelle qui compte 5 degrés, mais changement climatique oblige, il n’a pas eu la force de s’affirmer ni de s’affermir. Il y a deux jours à peine « Dolphin », c’est son nom, devait encore montrer ses petites dents à l’approche de l’archipel des Ogasawara, justement là où j’habite maintenant, et encore une déception : Dolphin n’a pas vraiment l’intention de faire des pirouettes dans l’air. Et pourtant cet archipel est le centre de l’immense réserve marine faisant partie du patrimoine mondial. À l’heure où j’écris ces premières lignes : 19h05 JST (Japan Standard Time soit UTC + 8) Dolphin était supposé nous assourdir de ses cris vers 18 heures, rien, toujours rien, pas une goutte de pluie, le manguier devant la maison est toujours debout et le pylône de béton qui supporte deux petits transformateurs, des câbles électriques et les fibres optiques pour la télévision, le téléphone et internet est toujours droit dans ses bottes, réchauffement climatique oblige. Ou plutôt changement car les prédictions de la NOAA (agence américaine de météo) sont affligeantes d’inexactitude en ce sens qu’elles sont faites pour alarmer la population plutôt deux fois qu’une. Les Japonais, très prévoyants, ont commencé à visser les panneaux de bois de protection anti-typhons hier matin lundi, 36 heures avant l’arrivée supposée et prévue par la NOAA. Autant s’habituer à l’air confiné … Ils attendront bien sagement l’annonce par haut-parleur des autorités locales pour dévisser leurs volets.

Le réchauffement n’étant pas au rendez-vous, on l’attend depuis 18 ans, El Nino n’étant pas non plus au rendez-vous, on l’attend depuis 8 ans, ça ne tourne plus rond du tout. Les 2500 scientifiques climatologues autoproclamés n’ont pas prévu que les évènements ne pouvaient pas se conformer à leurs prévisions modélistiques douteuses pourtant obtenues après avoir fait chauffer des super-ordinateurs grands consommateurs d’énergie. Il a neigé en Tarentaise il y a quelques jours, imaginer ça au mois de mai, impossible puisque ça se réchauffe, on vous le dit, et les modèles n’ont pas prévu ce genre d’incongruité météorologique ! Cet épisode neigeux était le fait du changement climatique, on vous le dit, il faut le croire puisque 2500 scientifiques, la main dans la main, le disent et le redisent.

L’oeil de Dolphin devrait passer à l’aplomb de l’île de Chichi Jima à partir de 23 heures (JST). Ma femme me racontait hier que lorsqu’elle était à la High School (l’équivalent du lycée) d’Ogasawara Village il y avait au moins deux typhons par an et depuis une vingtaine d’années il n’y a plus que de rares dépressions tropicales mais plus aucun phénomène dévastateur. Le seul petit souci quand on habite tout près de la mer (la maison est à environ 100 mètres de la plage) c’est le sel qui se dépose de partout. Demain nous irons doucher nos vélos électriques à faible empreinte carbonée pour les préserver de la corrosion …

J’avais déjà disserté à propos des cyclones et autres ouragans dans un précédent billet. Le plus impressionnant quand on se ramasse un vrai cyclone, pas un soupir comme « Dolphin », c’est ce moment incroyable de calme quand on se trouve dans l’oeil de la dépression et qui dure environ une vingtaine de minutes. Les oreilles bourdonnent en raison de la combinaison de la très faible pression atmosphérique et aussi parce d’un seul coup le bruit du vent a disparu. Je ne pense pas faire l’expérience d’un tel instant ce soir, mais je reprendrai ma plume à 80 touches si d’ici quelques heures cela arrivait. Il est 20h43 et on devrait se trouver selon les dernières prévisions dans l’oeil du dauphin à 3h du matin. Je dormirai probablement profondément …

23h : il pleut enfin. À suivre.

5h du matin : toujours des rafales de vent et de la pluie, rien à signaler.

11h : le soleil est revenu, tout est calme dans une moiteur agréable. J’irai me baigner cet après-midi. Adios « Dolphin » …

Note : les deux petits points au bout de la ligne orange de prédiction du trajet de la dépression sont Haha Jima et Chichi Jima.

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/03/16/billet-dhumeur-politique-cyclone-sur-le-vanuatu/

La pharmacologie de haute précision, c’est déjà la réalité.

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Regeneron, une société de biotechnologies créée en 1988, s’intéressa initialement aux facteurs de régénération cellulaire, comme son nom l’indique ( http://www.regeneron.com/ ). Puis cette firme se diversifia dans le traitement de certaines formes de tumeurs cancéreuses vascularisées avec des inhibiteurs de l’angiogenèse (Aflibercept, une protéine recombinante) dont j’ai parlé dans un des billets de ce blog qui ont vu une application inattendue dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge. Depuis quelques mois Regeneron a changé de braquet en se lançant dans un programme ambitieux d’identification de gènes dont l’expression est défectueuse dans l’espoir d’intervenir directement sur ces derniers. Pour atteindre ce but, cette société s’est associée avec le système de santé de Pennsylvanie appelé Geisinger qui a accepté le libre accès aux dossiers médicaux de 250000 volontaires qui vont tous avoir, en prime, la totalité de leur ADN exprimé séquencé.
Une telle approche est maintenant permise sur le strict plan financier car séquencer un génome humain complet demande environ 48 heures de fonctionnement d’une machine entièrement automatique et le prix de revient de l’opération est maintenant de l’ordre de 1500 dollars. Il faut rappeler que le premier séquençage du génome humain coûta environ 3 milliards de dollars et dura 13 ans. Il y a encore 5 ans une telle analyse revenait à 20000 dollars. Les machines de séquençage, couplées à des super-ordinateurs, envahissent donc le domaine bio-médical et pharmaceutique et Regeneron a déjà identifié 250 cibles potentielles pour des drogues soit existantes soit à créer afin de traiter des situations cliniques aussi triviales que l’hypercholestérolémie ou encore l’obésité. Il s’agit d’une nouvelle application aux retombées potentielles considérables qu’on peut définir comme un ciblage par des drogues de défauts génétiques mineurs.

Dans un passé encore récent, une telle recherche était longue et extrêmement coûteuse car on partait un peu dans tous les sens et en quelque sorte à l’aventure. Un exemple suffit à illustrer la différence d’approche : on a découvert un peu par hasard que dans un petit village d’Italie beaucoup de personnes avaient presque le privilège d’avoir des taux de cholestérol et de triglycérides très faibles. On a recherché des descendants des familles originaires de ce village du nom de Campodimele et une grande majorité d’entre eux sont porteurs d’une mutation du gène Angptl3 et il a fallu près de 20 années pour comprendre quelle était la cause de ce phénomène et comment on pouvait l’interpréter pour imaginer une drogue pouvant agir sur l’expression de ce gène dont le produit est un facteur régulant le recyclage des lipides au niveau du foie. Les amateurs peuvent lire l’article en libre accès paru en 2010 ( DOI: 10.1056/NEJMoa1002926 ). Regeneron a déjà identifié 100 personnes porteuses de cette mutation sur les premiers 35000 séquençages déjà effectués, sans avoir été contraint d’aller dans un village perdu d’Italie pour retrouver la généalogie de personnes ayant peu de cholestérol et de triglycérides dans leur sang. Regeneron ne cible que les gènes exprimés, soit environ 2 % de la totalité de notre ADN et une analyse, plus rapide que celle de la totalité de l’ADN revient à seulement 700 dollars mais il y a un débat actuel au sujet de cette approche car les zones non codantes de l’ADN comprennent aussi des séquences régulatrices et il est probable que l’approche limitée de Regeneron passe à côté d’aspects intéressants de certains « défauts » génétiques pouvant éventuellement être pris en charge par des thérapeutiques du genre microRNA ou CRISPR.

On entre donc dans la médecine de précision au niveau moléculaire et Regeneron, en partenariat avec Sanofi, espère sortir une molécule anti-cholestérol qui bloque le produit du gène PCSK9 impliqué dans l’homéostase du cholestérol et des LDLs. On s’est en effet rendu compte que les personnes présentant une mutation sur ce gène rendant son produit inactif présentaient des taux de cholestérol anormalement bas. Le chiffre d’affaire escompté pour ce produit serait de l’ordre de 4 milliards de dollars annuellement d’ici 4 années.

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Dans la même veine, la société Amgen a acheté le fichier génétique de 2636 Islandais afin de découvrir pour quelle raison les habitants de ce pays avaient un plus gros risque de souffrir de la maladie d’Alzheimer que d’autres populations. Il en est de même pour des fichiers de malades souffrant de la maladie de Parkinson ou de lupus. Reste à contrôler ces travaux car l’approche choisie peut aussi déboucher sur des abus en tous genres : pourquoi pas une drogue pour modifier la couleur des cheveux ou de la peau ? On est donc à un véritable tournant dans l’approche pharmacologique et l’avenir sera passionnant et plein de surprises.

Source et illustrations : Reuters

Brève : Typhon sur les « Bonin » Islands

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Par un fait du hasard le seul cyclone (ou typhon) répertorié sur la planète en ce moment dans le Pacifique Nord-Ouest s’appelle « Dolphin » et se dirige tout droit vers l’archipel des Ogasawara Islands, épicentre de la réserve marine patrimoine mondial du même nom. Ce matin, tout le monde s’affairait pour mettre à l’abri ce qui pourrait être emporté par des vents prévus de 140 km/h en rafales. Ce soir et demain matin au plus tard, les volets protecteurs seront fermement vissés et cloués aux fenêtres et aux portes. L’oeil du typhon qui sera rétrogradé à la catégorie 2 frôlera l’île Chichi dans la nuit de mardi à mercredi. Si l’électricité n’est pas coupée, je serai en mesure de mettre en ligne un billet sur les nouvelles stratégies de recherche de médicaments. Bonne journée …

Lien : http://tropic.ssec.wisc.edu/#

Billet d’information à l’intention de mes lecteurs

La fréquentation de mon blog est en baisse. Il est vrai que je ne disserte plus de climat, ça a eu payé mais ça paie plus. Je ne parle plus ou presque plus de cul ou de sexe, comme vous voudrez, ça a eu payé mais ça paie plus, les bactéries, l’ADN, la biologie, les vaccins, les enzymes, pareil, ça a eu payé mais ça paie plus, mes lecteurs s’en lassent visiblement selon les statistiques que me procure aimablement le site wordpress. Comme je ne suis pas doué en économie et que la politique ne m’inspire que quand je trouve intéressant de reprendre un billet d’un autre blog et que ça paie de moins en moins, alors j’ai décidé de ne publier sur ce blog qu’un billet tous les deux jours, ça ne changera strictement rien à l’état de mon porte-monnaie puisque ce blog a toujours été gratuit, libre d’accès, et que je n’ai jamais sollicité la moindre aide de mes lecteurs de peur de devenir prisonnier de ces derniers, contrairement à de nombreux autres blogs mercantiles que je n’aurai pas l’outrecuidance de nommer.

Mais ce n’est pas la raison la plus importante car en réalité, depuis peu, j’aide ma femme (ma seconde femme, ma nouvelle femme tout à fait adorable) à créer un petit business artisanal et cette aide me prend beaucoup de temps, beaucoup plus que je ne l’aurais imaginé il y a quelques jours seulement. Cette idée d’un petit supplément de retraite m’est venue à l’idée en flânant dans les rues (il n’y en a pas beaucoup) d’Ogasawara Village. Il y a beaucoup de tamanus (ici on les appelle des tamana, Calophyllum Inophyllum) et les noix de cet arbre me sont familières puisque lorsque je séjournais au Vanuatu, j’ai organisé la production d’huile à partir des amandes de ces noix parfaitement sphériques. J’ai réussi après quelques tâtonnements à confectionner des colliers que ma charmante épouse va pouvoir vendre aux touristes quand elle aura fait le nécessaire auprès de l’administration pour créer sa petite entreprise et ainsi améliorer sa maigre retraite.

Pour ces deux raisons, la seconde me paraissant essentielle, j’ai donc décidé sans l’avis de mes lecteurs d’espacer la mise en ligne de mes billets. Je ferai en sorte de satisfaire l’impatience de mes lecteurs fidèles habitués à mon billet quotidien en leur réservant des articles un peu plus documentés.

Fidèlement votre.

Le point de vue géopolitique de Paul Craig Roberts : pas réjouissant !

Chers lecteurs, contrairement à ce que vous pourriez croire, mon billet d’humeur politique daté du 13 mai fut rédigé le 12 quand je vis la dépêche d’agence (Reuters si je me souviens bien) relative aux Ospreys que l’armée américaine va installer à Tokyo. Avec les différences d’horaire il m’était alors impossible d’avoir accès à ce billet de Paul Craig Roberts paru le 11 mai selon le calendrier américain. Je n’en ai eu connaissance que le 13, décalage horaire défavorable entre le Japon et les USA aidant. C’est un peu alambiqué comme explication mais toujours est-il que PCR, dans son analyse de la situation européenne, a omis de mentionner De Gaulle comme je l’ai fait dans le billet de mon blog. Cependant, et comme je suis un lecteur assidu du blog de PCR, je vous livre la traduction de mon cru de son dernier article intitulé « War Threat Rises As Economy Declines », en français : les menaces de guerre se précisent avec le déclin de l’économie (lecture inaugurale de la Conférence Annuelle du Groupe Financier de l’Ouest, New-Orleans, 7 mai 2015).

Les évènements notoires contemporains sont la chute de l’Union Soviétique, le 11 septembre 2001, la délocalisation de l’emploi et la dérégulation financière. Dans ces quatre évènements on trouve les problèmes de politique étrangère et les problèmes économiques auxquels sont confrontés les USA.

Les USA ont toujours eu une excellente opinion d’eux-mêmes mais avec la chute de l’Union Soviétique ce sentiment s’est exacerbé. Nous sommes devenus le peuple exceptionnel, le peuple indispensable, le pays choisi par l’histoire pour exercer son hégémonie sur le monde. La doctrine des néoconservateurs libère le gouvernement des USA de toutes les contraintes internationales et autorise Washington à utiliser des moyens coercitifs à l’égard d’Etats souverains afin de refaire le Monde à son image.

Pour protéger le statut d’unique puissance mondiale depuis la chute de l’Union Soviétique, en 1992, Paul Wolfowitz écrivit de qui est maintenant décrit comme la Doctrine Wolfowitz qui est le fondement de la politique étrangère de Washington :

« Notre objectif premier est d’éviter la ré-émergence d’un nouveau rival aussi bien dans l’ancien territoire de l’Union Soviétique que partout ailleurs qui puisse être une menace de l’ordre de celle que constituait l’Union Soviétique. C’est une considération dominante sous-entendant la nouvelle stratégie de défense régionale et nécessite que nous nous efforcions d’éviter l’émergence de toute puissance hostile pouvant contrôler une région de la planète dont les ressources pourraient être suffisantes pour favoriser l’émergence une autre puissance globale ».

En mars de cette année (2015) le Conseil des Relations Extérieures a élargi cette doctrine à la Chine.

Washington est maintenant décidé à freiner l’émergence de deux grandes puissances nucléarisées. Cet objectif est exactement la raison pour laquelle Washington a créé la crise ukrainienne pour l’utiliser dans sa propagande anti-russe. La Chine est maintenant confrontée à la politique asiatique des USA et la mise en place de nouvelles bases militaires pour assurer à Washington le contrôle de la Mer de Chine du Sud qui est maintenant considérée comme un intérêt national américain.

Le 11 septembre initia la guerre pour l’hégémonie des néocons au Moyen-Orient. Le 11 septembre au aussi rendu possible la mise en place de l’Etat policier aux USA. Tandis que les libertés ont été bafouées dans le pays (les USA) celui-ci a toujours été en guerre depuis le début du XXIe siècle, des guerres qui ont coûté aux citoyens américains selon Joseph Stiglitz et Linda Bilmes au moins six mille milliards (trillions) de dollars. Ces guerres ont été catastrophiques. Elles ont déstabilisé des gouvernements dans une zone productrice d’énergie importante et ces guerres ont catalysé l’émergence considérable de « terroristes », l’éradication de ces derniers étant l’objectif premier de ces guerres.

Au moment même où la chute de l’Union Soviétique favorisa l’hégémonie américaine, le phénomène de délocalisation du travail apparut. Cet événement incita la Chine et l’Inde à s’ouvrir aux investissements américains massifs pour créer des emplois pour la tout aussi massive main d’oeuvre disponible de ces pays. Les compagnies américaines, encouragées par Wall Street et les grandes firmes commerciales d’investissement, délocalisèrent leurs activités dans tous les domaines comme par exemple la création de logiciels vers ces pays.

L’immédiate conséquence fut l’appauvrissement de la classe moyenne américaine et la disparition de la promotion sociale de cette dernière. En quelque sorte le produit intérieur brut américain et le revenu des taxes afférentes émigra vers l’Inde et la Chine. Le revenu réel médian des Américains déclina. Sans croissance interne pour stimuler l’économie Alan Greenspan favorisa une expansion de la dette des consommateurs qui aboutit à ce que l’on sait. Actuellement aucun facteur ne stimule l’économie (américaine).

Quand les biens et les services produits par la main-d’oeuvre délocalisée arrivent aux Etats-Unis ils entrent en tant qu’importations ce qui aggrave la balance commerciale. Les étrangers disposant alors d’excédents de dollars achètent des obligations, des actions, des biens immobiliers, des sociétés sur le sol américain et par voie de conséquence les intérêts, les dividendes, les bénéfices financiers quittent les USA pour être redirigés vers ces pays. Et pour protéger la valeur d’échange du dollar devant de tels déséquilibre monétaires et contrecarrer l’effet de l’impression de monnaie pour aider les banques « too big to fail » Washington a incité sinon contraint l’Europe et le Japon à créer de la monnaie, processus qui renchérit la valeur d’échange du dollar.

Le Glass-Steagall Act qui était censé séparer les activités commerciales de celles d’investissement des banques a été vidé de sa substance jusqu’à être complètement ignoré dès la fin du mandat de Clinton. Cette abrogation de fait et l’échec des régulations sur les produits financiers dérivés ainsi que la suppression des limites de position des spéculateurs et la gigantesque concentration du secteur financier dans le mépris total des lois anti-trust a créé non pas l’utopie du marché libre mais une crise financière sérieuse et toujours bien présente. Les liquidités disponibles de par cette politique monétaire n’a eu pour effet que de favoriser l’apparition de bulles financières sur le marché des actions et des obligations.

Implications, conséquences et perspectives :

Quand la Russie s’est opposée à l’invasion planifiée par l’administration Obama de la Syrie et les tentatives de bombardement de l’Iran, les néoconservateurs se sont rendus à l’évidence que tandis que les USA étaient occupés avec leurs guerres au Moyen-Orient et en Afrique Poutine avait restauré la puissance économique et militaire russe. Quand la Russie a dit « niet » aux USA, suivie par le parlement britannique, le premier objectif de la doctrine Wolfowitz a été sérieusement ébranlé. C’est cet événement qui redirigea l’attention des néoconservateurs vers la Russie. Durant la décennie passée, Washington avait investi 5 milliards de dollars pour financer une nouvelle classe politique en Ukraine ainsi que des ONGs susceptibles d’être envoyées dans la rue pour manifester. Quand le Président Ukrainien fit un bilan économique de l’adhésion possible de son pays à l’Union Européenne il s’aperçut que la note était trop élevée et il rejeta cette adhésion. C’est alors que Washington se servit de ces ONGs dans la rue et les néo-nazis y ajoutèrent la violence à laquelle le gouvernement n’était pas du tout préparé. Ces évènements entrainèrent sa chute.

Victoria Nuland (Secrétaire d’Etat US pour les Affaires Européennes) et Geoffrey Pyatt (Ambassadeur US en Ukraine) choisirent leurs politiciens et établirent un régime vassal dans le pays. Washington espérait pouvoir mettre la main sur la base navale russe de Crimée, le seul port toujours libre de glaces de la Russie. Cependant, la Crimée, partie intégrante de la Russie pendant des siècles, choisit démocratiquement de retourner dans le giron de la mère patrie. Washington, dépité, déclara qu’il s’agissait en fait d’une invasion russe suivie d’une annexion. Dès lors les USA organisèrent une propagande en Europe pour casser les liens économiques et commerciaux entre l’Europe et la Russie et en obligeant l’Europe à mettre en oeuvre des sanctions contre la Russie.

Etant donné que ces sanctions ont eu des effets négatifs sur l’économie européenne, les Européens se sentent de plus en plus concernés par la belligérance américaine car cette Europe n’a rien à gagner d’un conflit avec la Russie tout en redoutant d’être poussée à la guerre. De plus en plus de signes indiquent que certains gouvernements européens désirent se désolidariser de la politique étrangère américaine. La virulente propagande anti-russe et la diabolisation de Poutine ont altéré la confiance de l’Ouest envers la Russie. Le Commandant de l’OTAN Breedlove demandant plus d’argent, plus de troupes, plus de bases près des frontières avec la Russie fait que la situation devient dangereuse. Dans une confrontation directe avec la Russie, Washington cherche à incorporer l’Ukraine et la Géorgie dans l’OTAN, pourtant deux anciennes provinces russes.

Sur la scène économique le dollar comme monnaie de réserve constitue un problème pour le monde entier. Les sanctions et d’autres manifestations de l’impérialisme financier américain poussent certains pays y compris de grandes nations à s’affranchir des paiements en dollars. Et tandis que de plus en plus de transactions commerciales se concluent sans avoir recours au dollar, la demande pour cette monnaie chute malgré une disponibilité accrue en billets verts à la suite des QEs successifs. Et compte tenu de la production délocalisée et de la dépendance des USA des importations, une chute de la valeur du dollar résulterait en une inflation domestique dramatique conduisant à une paupérisation des citoyens américains et menaçerait les marchés largement manipulés des actions, des obligations et des métaux précieux.

La vraie raison des Quantitative Easings est d’aider les banques à boucler leurs bilans. Cependant, la raison officielle a toujours été de stimuler l’économie. Le seul résultat positif est l’évolution du produit intérieur brut américain qui paraît embellir car l’indice implicite d’évolution des prix n’a pas été pris en compte ou sous-estimé. Il est évident qu’il n’y a pas eu de reprise économique et avec un premier trimestre sans progression et un deuxième trimestre qui s’annonce tout aussi terne il paraît évident que les USA s’enfoncent dans un autre cycle de récession. Le taux de chômage de 23 % (ce n’est pas moi qui invente ce chiffre c’est PCR qui le tire de sources d’information non truquées) n’a rien à voir avec celui des années d’après-guerre. La réserve fédérale combattait l’inflation en ralentissant l’économie et quand le taux de chômage augmentait à nouveau, la FED lâchait du lest. Mais aujourd’hui il n’y a plus d’emplois, ils ont été délocalisés, il n’y a plus d’usines, elles ont aussi été délocalisées.

Restaurer l’économie demande un rapatriement du tissu industriel et des emplois recréés sur le sol américain. Cela peut être atteint en modifiant la fiscalité qui charge les produits des entreprises délocalisées et importées aux USA : de fortes taxes sur les produits importés et peu de taxes sur les produits Made in USA, une approche qui réduirait l’avantage des délocalisations. Si on se souvient du lobbying intense des compagnies transnationales et de celui de Wall Street, une telle réforme fiscale a peu de chances d’aboutir. En conclusion l’économie américaine continuera à décliner.

Sur le plan de la politique étrangère, l’égocentrisme et l’arrogance dans la manière dont les Américains perçoivent leur image de pays exceptionnel et indispensable avec, donc, des droit hégémoniques sur les autres pays signifie que le monde entier est prêt à faire la guerre. Ni la Chine ni la Russie n’accepteront d’être vassalisés comme le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et le reste des pays européens, le Canada, le Japon et l’Australie. La doctrine Wolfowitz est claire : Le prix de la paix dans le monde est l’acceptation de l’hégémonie de Washington. En conséquence, à moins d’une crise du dollar affaiblissant la puissance américaine ou à moins que l’Europe ait le courage de se désolidariser des USA et poursuive sa propre politique étrangère en supprimant l’OTAN, une guerre nucléaire semble très probable. L’agressivité et la propagande américaines ont suffi à catalyser le rapprochement stratégique entre la Chine et la Russie pour contrer les intentions belliqueuses américaines. La célébration du soixante-dixième anniversaire de la défaite d’Hitler le 9 mai dernier à Moscou est un tournant historique car aucun pays occidental n’était présent mais les officiels chinois dont Xi-Jinping auprès de Poutine dans la tribune officielle et des régiments de l’armée chinoise étaient présents et ont défilé avec les soldats de l’armée russe. Le nombre de soldats russes morts au combat par rapport à celui des Anglais, des Américains ou des Français rend parfaitement clair que ce sont les Russes qui ont vaincu Hitler. Les pays de l’Ouest ont réécrit l’histoire, ce n’est pas nouveau, et Obama n’a mentionné que les troupes américaines dans le déroulement de cette guerre lors des commémorations du 8 mai. Poutine a, au cours de cette célébration, remercié les Anglais, les Français et les USA pour leur contribution à la victoire ( http://thesaker.is/15865/ ). Pourtant depuis de nombreuses années Poutine ne cesse de déclarer aux vassaux de Washington : « Ne nous agressez pas, nous ne sommes pas votre ennemi. Nous voulons être vos partenaires ». Les années ont passé sans que Washington ait écouté un seul instant le message de Moscou et au final la Russie et la Chine ont réalisé que leur choix était limité entre cette vassalisation ou la guerre. S’il y avait au moins une personnalité intelligente au Département d’Etat ou au Pentagone pour alerter de la dangerosité des néoconservateurs, l’avenir de l’espèce humaine pourrait être préservée.

J’ajouterai qu’une telle analyse rend dérisoires les gesticulations vides de sens au sujet du changement climatique. Tout simplement la nature humaine n’a pas changé et ne changera jamais : le seul passe-temps qui intéresse l’homme est de s’entretuer après avoir appris à marcher au pas et manipulé une arme de guerre

Source : Paul Craig Roberts blog. Le prologue et mes commentaires personnels sont en italiques.

Notes : Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, adversaire notamment de la globalisation, activiste anti-néocons, en très résumé. Linda Bilmes, professeur d’économie à l’Université d’Harvard, économiste ancien membre de l’administration Clinton, coauteur avec Stiglitz du livre « The Three Trillion Dollar War » (ISBN : 978-0-393-06701-9 )

Valérie, Ségolène, Julie et les autres : la culpolitique !

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Les hommes d’Etat et autres politiciens français ont toujours apprécié les frasques, les froufrous et les jupons. Il fut un temps où ils allaient aux putes mais c’est vulgaire, c’est trop déèssequesque. Chichi s’offrait des parties fines avec des call-girls à Ginza lors de ses déplacements en tant qu’amateur officiel de sumo. Valéry fantasmait au sujet de Lady Di mais il est plus seyant d’avoir une maîtresse attitrée comme les rois de France en eurent des multitudes, toutes aussi intrigantes les unes que les autres.

Valérie, l’ex bafouée de Tonton Hollande, n’en peut plus de cracher son venin. Je cite les meilleurs passages d’une dépêche de l’agence ATS (13.05.2015 11h11 avec capture d’écran en début de billet) rapportant les propos de Valérie, l’auteur de « Merci pour ce moment » :

Cela dépasse leurs enfants. Tous les deux partagent un goût immodéré pour la politique. Le pouvoir est leur raison de vivre, leur obsession commune. L’enjeu a longtemps été de savoir lequel des deux accéderait à l’Elysée. C’est tranché.

Il n’y avait pas de place pour une autre femme dans cette histoire. Maintenant, ils peuvent se retrouver et s’entraider. Et utiliser à leur profit les médias et le pouvoir dont ils raffolent l’un comme l’autre. Rien de nouveau sous le soleil.

Valérie révèle – peut-être est-ce indiqué dans son livre – qu’elle a servi d’instrument pour la conquête du pouvoir par François quand en 2005 la rivalité entre (les deux concubins) a pris le pas sur leur complicité. Ségolène veut réussir son raout de décembre sur le climat et ainsi donc le « climat » est plutôt détendu au sein de l’ancien couple car chacun en tirera avantage. N’allez pas me traiter de mauvaise langue ou d’oiseau de mauvaise augure, mais pourquoi pas Ségolène présidente en 2017 avec François comme ministre de l’écologie, de l’énergie non carbonée, des moulins à vent et du transport fluvial. Et Julie dans toute cette histoire : pourquoi pas ministre de la culture cinématographique en relief tout en rondeurs.

Triste France … Comme le dit si bien H16, mais pas assez souvent à mon goût, ce pays est foutu et Thévenoud est toujours député !